SFR et Orange vont se retrouver devant les tribunaux. Le premier vient d'attaquer le second pour l'obliger à renégocier un accord signé en 2011 sur la répartition du travail à faire dans les zones moyennement denses pour y apporter la fibre optique.

Il y a de l’eau dans le gaz entre Orange et SFR concernant le déploiement de la fibre optique dans les zones moyennement denses. Alors que les deux opérateurs avaient conclu un accord en 2011 pour se répartir le travail, SFR est bien décidé à se libérer de ce carcan. Or, faute de parvenir à un terrain d’entente avec l’opérateur historique, c’est devant les tribunaux que l’affaire pourrait se dénouer.

Rappel des faits. Il y a cinq ans et demi, Orange et SFR ont annoncé un partenariat pour couvrir les zones moyennement denses. Il s’agissait alors de se répartir la tâche sur les logements pour lesquels les projets de raccordement des deux entreprises se recoupaient. Près de 10 millions de logements étaient concernés : il avait alors été décidé qu’Orange s’occuperait des trois quarts et SFR du reste.

« Sur les 11 millions de logements qui seront couverts en fibre par Orange et SFR en dehors des zones très denses, 9,8 millions correspondent à des agglomérations pour lesquelles les projets de déploiement des deux opérateurs se recoupaient », lisait-on dans un communiqué. À l’issue de cet accord, Orange devait s’occuper de 76,5 % de ces habitations et SFR 23,5 %.

Orange et SFR s’étaient entendus sur les zones moyennement denses en 2011. Et puis le rachat de SFR est arrivé.

Mais ça, c’était avant que SFR ne devienne une filiale de la holding luxembourgeoise Altice, qui possède entre autres Numericable. Dans la foulée de la prise de contrôle de SFR pour 13,5 milliards d’euros, la direction a voulu renégocier avec Orange sa part dans l’accord de 2011. Objectif ? Faire monter sa contribution à 50 % dans les zones moyennement denses, avec la bénédiction d’Orange.

Sauf que, selon Les Échos, l’opérateur historique freinerait des quatre fers : il n’aurait absolument pas envie de discuter d’une redécoupage de ces zones moyennement denses. De ce fait, les tentatives de négociation lancées par SFR n’auraient ainsi rien donné, puisque Orange jouerait la montre en évitant de formuler des propositions concrètes permettant de réorganiser le travail entre les deux opérateurs.

Résultat des courses, SFR a décidé d’assigner en justice son partenaire devant le tribunal de commerce de Paris, ce qu’a confirmé Orange à l’AFP. « SFR a couvert sa partie des zones moyennement denses et a besoin de nouveaux territoires pour investir. Sinon, cela fait courir un risque au plan de déploiement du très haut débit en France », a justifié une source anonyme contactée par Les Échos.

De son côté, Orange explique que SFR devrait d’abord se soucier de remplir sa part avant d’espérer en avant une plus grosse : en effet, l’opérateur historique accuse en filigrane son partenaire de ne pas avoir réussi à couvrir ces 23,5 %. Pire, Orange assure qu’il a dû se substituer à SFR dans certaines zones délaissées par l’opérateur au carré rouge, à tel point que sa couverture effective ne serait que de 10 %.

« Depuis la fusion entre SFR et Numericable, la nouvelle entité a choisi d’adosser sa stratégie très haut débit principalement sur son réseau câblé, allant jusqu’à geler en zone moins dense le déploiement des communes confiées à SFR », explique ainsi Orange aux Échos. En clair, le repartage des zones moyennement denses n’aurait aucun sens en l’état actuel des choses et serait même néfaste à la fibre optique.

L’enjeu est de taille pour les deux opérateurs. Dans le cadre de leur partenariat, Orange et SFR ont convenu qu’ils seront « commercialement présents sur les zones de l’accord » . En clair, la répartition des efforts entre Orange et SFR n’empêchera pas l’abonné de choisir un autre FAI. Mais cela se fera à condition qu’un celui qui n’a pas déployé localement le réseau ait souscrit aux offres de gros de l’autre.

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