Ce vendredi, Associated Press a réuni différentes preuves et éléments confirmant les cyber-attaques pro-russes dont sont victimes les soldats ukrainiens et les civils. Depuis le début du conflit entre la Russie et l'Ukraine, de nombreuses armes informatiques ont été utilisées par les Russes pour déstabiliser la région frontalière.

La journaliste Julia Kirienko suivait des soldats ukrainiens postés à trois kilomètres du front entre l’armée ukrainienne et les forces pro-russes. Alors qu’elle était réfugiée avec certains d’entre eux et des médecins, elle a assisté à une cyber-attaque digne d’une scène de science fiction. Le refuge trouvé par les combattants et la journaliste a en effet était réveillé par un bombardement de SMS sur les téléphones des Ukrainiens. Autour d’elle, témoigne l’AP, tous les téléphones ont commencé à vibrer en même temps à cause d’étranges messages en cyrillique.

La journaliste a expliqué à l’agence de presse que le SMS reçu par tous les soldats indiquait : « Soldats ukrainiens, ils trouveront vos corps quand la neige fondra. » Ce n’est évidemment pas la première fois que la Russie et ses alliés séparatistes utilisent une menace informatique pour déstabiliser leurs opposants.

Les messages reçus par les habitants de Schastia le 5 juin 2015, reproduits et traduits par l’AP

Durant l’été 2015, c’était toute la région est et frontalière de l’Ukraine qui avait subi ce type de bombardement de messages. À l’époque, les pirates des réseaux téléphoniques s’étaient fait passer pour l’opérateur local Kyivstar pour diffuser de la propagande et des fausses informations. L’agence de presse américaine a réuni différents messages qui avaient été envoyés à la population durant cet été : on trouve par exemple des consignes de sécurité ou encore des messages de crise que les opposants inventent pour déstabiliser la population civile.

Partez ou vous mourrez

Pour Nancy Snow, professeur spécialiste de la diplomatie à l’Université de Kyoto, il s’agit de « pinpoint propaganda », soit de la propagande ciblée. La technique est utilisée en Ukraine depuis 2014 et est depuis rentrée dans les habitudes du Kremlin et de ses alliés de circonstance. Théorisée comme un moyen de perturber le fonctionnement et la stabilité des pays occidentaux développés, la propagande ciblée colporte en effet des nouvelles contradictoires, des fausses consignes gouvernementales et parfois simplement des menaces de mort. On peut ainsi citer : « Partez ou vous mourrez  » ou encore « Personne ne veut voir vos enfants devenir orphelins.  »

Tranchée ukrainienne dans le Donbass, (télévision locale, 2014)

Pour l’AP, ce sont des IMSI Catchers, donc des antennes frauduleuses déployées sur le territoire, qui sont utilisés sur le territoire ukrainien pour diffuser les SMS de propagande sur les réseaux téléphoniques.

Vous voyez des personnes mourir. Et ensuite vous recevez ça…

Depuis l’éclatement du conflit, les journalistes ukrainiens ont réuni de nombreuses preuves qui laissent entendre que le matériel, dont les IMSI Catchers, est fourni par le Kremlin, toujours selon l’AP. La théorie des IMSI Catchers a déjà été défendue par les opérateurs locaux qui avaient engagé une longue traque des fameux messages en 2014.

L’armée et le gouvernement ukrainien ont tendance à minimiser les effets de cette propagande de longue haleine sur les troupes et les civils. Toutefois, pour Sveltana Andreychuk, une bénévole habituée au front de guerre, où elle se rend pour distribuer de la nourriture et des fournitures, la campagne menée par les séparatistes épuise psychologiquement les troupes et surtout les civils. Elle explique : « Certaines personnes sont psychologiquement influencées. C’est devenu si régulier… Les gens sont fatigués. Vous voyez des personnes mourir. Et ensuite vous recevez ça…  »

Guerre du Donbass, 12 juin 2014 (CC. « Свобода »)

Pour rappel, le conflit opposant les loyalistes ukrainiens et les séparatistes pro-russes depuis 2014, également appelée Guerre du Donbass, a fait plus de 9 000 mort selon une estimation de l’ONU de 2015, et plus de 20 000 blessés. Depuis, si les conflits ont perdu en intensité, de nombreuses crises ponctuent l’actualité à l’est de l’Europe. En février dernier, encore 23 personnes étaient emportées. Malgré les multiples accords et interventions européennes, la paix n’a jamais été trouvée et les trêves ne sont pas respectées.

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