Prêts à souffler à quelques jours de la fin de la campagne présidentielle, les agents de la sécurité informatique française ont dû essuyer une défaite de dernière minute. La France n'a pas pu échapper à une campagne de déstabilisation politique menée par des hackers. La République cherche désormais des réponses.

« Rien ne sera laissé sans réponse  » concluait, dès ce weekend, François Hollande. Le septième président français a en effet exprimé sa détermination à livrer à son successeur des pistes pour remonter à l’origine de ce que l’on nomme aujourd’hui le Macron Leaks. Si M. Hollande ne disposera certainement pas du temps nécessaire à l’enquête, le Président a ouvert une brèche qui pourrait mener à des changements diplomatiques importants.

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CC European Council

La recherche de preuves : la priorité de l’État

En effet, dès vendredi soir, la saisine par M. Macron de la commission nationale de contrôle de la campagne (CNCCEP) a abouti à une intervention d’urgence d’une ANSSI en état d’alerte. L’agence de sécurité de Matignon aurait ainsi dépêché ses experts pour intervenir rapidement chez En Marche !.

En 2017, pour la première fois, l’ANSSI était directement responsable de la bonne tenue de l’élection, et pouvait de facto intervenir auprès des candidats et leurs équipes. Selon Le Monde, l’agence gouvernementale serait intervenue rapidement auprès du parti de M. Macron, afin de rassembler le maximum d’éléments sur l’attaque, sécuriser les systèmes et isoler les éventuelles preuves trouvées.

Toujours dans la soirée de vendredi, le parquet de Paris a, de son côté, ouvert une enquête pour atteinte au secret des correspondances, selon l’AFP. Le dossier sera transmis à la Brigade d’enquête sur les fraudes aux technologies de l’information (Befti).

Le dossier Russe ne pourra pas être évité

L’objet de cette réaction institutionnelle est aussi technique que politique. Face à une perturbation de la campagne électorale organisée manifestement par des forces non-Françaises, l’État entend montrer une réponse ferme qui devra résonner autour du monde, à la manière d’un avertissement.

La séquence qui s’ouvre rappelle fortement celle qui a suivie l’élection de Donald Trump et qui s’était conclue par une éviction des diplomates russes du sol américain sur ordre de Barack Obama.

Le Quai d’Orsay devra trouver une réponse ferme sur la scène internationale après avoir connu les vertiges d’une influence technologique étrangère sur une élection majeure. Le comportement de la France face à la Russie est très certainement en jeu — tout comme la responsabilité de l’extrême droite américaine pro-Trump pourrait être considérée.

Symboliquement, ce seront peut-être les organes de Moscou installés en France qui seront sanctionnés les premiers. À défaut de responsable, l’État français pourrait trouver en eux des alliés objectifs de la déstabilisation politique.

Enfin, M. Macron tranchera également, par sa réaction, la question de la reconnaissance d’une cyberguerre — même partielle. Il rejoindrait ainsi sur cette ligne l’OTAN et une partie des parlementaires américains qui avaient instrumentalisé les commissions ouvertes au sujet du piratage des Démocrates pour clarifier leur ligne face à la Fédération de Russie.

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