Selon The Information, Uber aurait développé depuis plusieurs années un programme de surveillance des chauffeurs Lyft, son principal concurrent américain. Le programme bien nommé Hell surveille et traque les chauffeurs concurrents afin de les ramener dans le giron de la sulfureuse société.

Le média d’investigation économique The Information jette un nouveau pavé dans la mare déjà bien remplie d’Uber.

La startup de Travis Kalanick n’a pas fini avec les justifications sur ses pratiques toxiques, après les multiples scandales concernant la misogynie et le machisme au sein de la société, mais également sur le procès de Google sur sa propriété intellectuelle ou encore sur le respect des lois californienne. La firme va désormais devoir expliquer ce qu’est Hell.

Qu’est-ce que l’enfer ?

Ce programme très secret aux allures de programme de la NSA, semble ni plus ni moins être une tentative illégale de surveillance et d’espionnage du concurrent américain d’Uber, Lyft. Selon une source, évidemment anonyme, de The Information, il existerait en effet depuis 2014 un programme permettant à la startup de surveiller les chauffeurs Lyft et identifier ceux qui travaillent pour les deux compagnies.

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CC Janitors

L’existence de ce programme aux contours encore flous est restée secrète grâce à la prudence de ses créateurs qui n’ont mis dans la confession qu’une poignée de dirigeants de la société et les ingénieurs travaillant sur le projet. C’est aujourd’hui un de ces insiders qui témoigne auprès du média d’investigation.

Le projet Hell est encore difficilement compréhensible dans son ensemble, mais il apparaît que la surveillance des chauffeurs concurrents permettrait à la société d’optimiser son offre en temps réel par rapport à Lyft mais également de ramener les chauffeurs dans son giron.

Bien que l’idée d’une surveillance généralisée de la concurrence peut sembler difficile à mettre en œuvre, la startup n’a guère eu besoin de mobiliser les moyens de la NSA : en effet, seuls quelques faux chauffeurs Lyft créés pour le programme suffisent à récolter différentes données sur leurs collègues — non virtuels.

Mais grâce à cette combine tout à fait triviale, la société de Travis Kalanick peut avoir une vue d’ensemble de son marché ainsi que celui de son concurrent en temps réel. On peut donc bien parler d’espionnage économique.

Espionnage économique et illégalité

Enfin Hell porte particulièrement bien son surnom puisqu’au delà d’une surveillance des courses des concurrents, le programme est également en mesure d’identifier les chauffeurs de Lyft en leur attribuant une signature unique. Ensuite, il devient alors aisé pour Uber de cerner lesquels de ses propres chauffeurs travaillent pour les deux sociétés. Bien sûr cette information serait utilisée afin d’encourager les chauffeurs participants aux deux plateformes à se recentrer sur Uber grâce à des primes dédiées.

L’ensemble de ces informations reste bien sûr à confirmer : toutefois ni la réputation de The Information, ni celle d’Uber ne permettent de remettre radicalement en doute ce témoignage anonyme. Une enquête qui vient plutôt corroborer d’autres découvertes récentes sur les différents programmes de surveillance et d’anticipation de la startup. Le mois dernier, le New York Times mettait en lumière un outil assez proche de Hell mais qui, cette fois, tentait d’éviter les contrôles et investigations de la part d’agences gouvernementales.

La réaction de Lyft est encore attendue, mais si la société s’engage en justice contre Uber et que l’existence de Hell est prouvée, la startup de Kalanick risque bien plus qu’une nouvelle éclaboussure sur son drapeau déjà lourdement sali. La justice américaine devra alors déterminer les contours de ce fameux Hell afin de mesurer le degré d’illégalité de la pratique.

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