La presse indique l'existence de discussions entre la Russie et les USA sur une éventuelle extradition d'Edward Snowden, en guise de geste de bonne volonté de Vladimir Poutine à l'égard de Donald Trump.

Edward Snowden pourrait-il servir de « cadeau » à la Russie pour faire en sorte que les relations russo-américaines avec la jeune administration Trump démarrent sous les meilleurs auspices ? C’est la piste qu’a développé ce week-end la chaîne de télévision américaine NBC News, en s’appuyant sur des indications provenant des services de renseignement des Etats-Unis.

Il existerait en effet des tractations entre les agents américains et leurs homologues russes pour envisager une extradition forcée de l’ex-analyste de la NSA, qui avait révélé au monde entier toute l’étendue de la surveillance électronique mise en place par la NSA. Depuis ce coup d’éclat survenu en 2013, Edward Snowden a d’abord fui à Hong Kong avant de trouver refuge en Russie.

CC Mike Mozart

La Russie n’a objectivement plus beaucoup d’intérêt à protéger davantage le lanceur d’alerte américain : toutes les informations qu’il a (ou avait) en sa possession ont très certainement été récupérées d’une façon ou d’une autre par les services secrets et on peut raisonnablement penser qu’ils n’ont de toute façon pas besoin de lui pour accéder à des informations classifiées.

Le transfert d’Edward Snowden pourrait néanmoins dégrader l’image de marque de la Russie, qui avait réussi le tour de force d’apparaître comme une nation soucieuse de protéger les personnes vulnérables face à des risques de représailles. Mais quel poids cela peut-il avoir face aux intérêts stratégiques d’un pays qui a tout intérêt à bien s’entendre avec un président américain manifestement ouvert au dialogue ?

D’autant que Donald Trump n’aime pas beaucoup Edward Snowden et c’est un euphémisme. En 2014, avec la verve qu’on lui connaît, il avait violemment attaqué son compatriote sur Twitter en le qualifiant de « traître » et de « honte ». « Ne vous y trompez pas, ce n’est pas un héros. En fait, c’est un lâche qui devrait revenir et faire face à la justice ».

Edward Snowden ne cache pas son désir de rentrer au pays et de répondre de ses actes devant la justice. Toutefois, l’Américain craint un procès inéquitable qui ne lui permette pas de faire valoir correctement ses droits. L’idée d’une grâce a aussi été envisagée mais elle n’est jamais venue malgré les appels de plusieurs anciens hauts fonctionnaires, dont l’ex procureur général de l’administration Obama, Eric Holder.

 

Réagissant à ces rumeurs, Edward Snowden a écrit sur Twitter que « c’est la preuve irréfutable que je n’ai jamais coopéré avec les services secrets russes », alors que des accusations apparaissent régulièrement sur la nouvelle loyauté supposée de l’ancien agent américain envers Moscou. L’intéressé a d’ailleurs rappelé qu’il ne se privait pas de critiquer avec vigueur la politique de Vladimir Poutine.

En théorie, Edward Snowden a le droit de rester en Russie jusqu’à la mi-2019 grâce à une extension de la durée de validité de son permis de séjour. Ce permis de séjour fait suite à un droit d’asile d’un an, obtenu après son arrivée en Russie au cours de l’été 2013. L’ex agent de la NSA aurait certainement préféré se rendre dans un autre pays moins clivant dans les esprits, mais ses demandes d’asile ont été rejetées ou ignorées.

La publication de l’article de NBC News a donné lieu à un certain nombre de réactions aux Etats-Unis, mais aussi en France :  ainsi, l’ancienne magistrate et députée européenne Eva Joly a réagi en expliquant que Paris s’honorerait en offrant l’asile à Edward Snowden. Une demande qui risque de rester inaudible : sous la présidence de François Hollande, Manuel Valls s’est opposé à plusieurs reprises à l’idée de l’accueillir.

L’élection présidentielle de 2017 pourrait toutefois changer la donne. Quelques candidats de premier plan comme Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont déclaré être pour son accueil en France, voire même de lui offrir la nationalité française et de le décorer pour ses révélations d’utilité publique, qu’importe les éventuelles représailles des Américains qui pourraient se déclencher peu après.

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