Interrogé sur la manière dont Donald Trump utilise Twitter, le créateur du réseau social, Jack Dorsey, a botté en touche. Il admet toutefois que c'est un bouleversement dans la façon de faire.

C’est une évidence : Donald Trump adore Twitter. Pendant la campagne présidentielle, il s’est servi du réseau social pour prendre position sur tout un tas de sujets, souvent sur un ton polémique. Depuis qu’il a gagné le scrutin, le président-élu a poursuivi sur cette lancée en réglant ses comptes avec la presse américaine (ou le show business), plus particulièrement avec le New York Times.

Sauf que maintenant, Donald Trump n’est plus candidat : il va être amené à diriger la première puissance mondiale. Bien qu’il soit encore dans une période de transition — il ne prendra ses fonctions qu’à partir du 17 janvier 2017 –, il a désormais un statut officiel. Il faut néanmoins croire que cela lui importe peu ou qu’il n’a pas été briefé, au regard de sa récente série de tweets qui a passablement agacé la Chine.

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CC Gage Skidmore

Donald Trump a en effet d’abord annoncé avoir reçu un coup de fil de la présidente de Taïwan, prenant à contre-pied la politique des États-Unis à l’égard de la Chine unique, qui exige qu’aucune relation diplomatique avec l’île ne soit établie, avant de critiquer l’Empire du Milieu sur la dévaluation de sa monnaie pour concurrencer les produits américains et sur sont renforcement militaire dans le Pacifique.

Justement, quel regard porte le fondateur de Twitter sur l’usage qu’a déploie Donald de son service ? Au-delà de savoir s’il est judicieux pour le futur locataire de la Maison Blanche de passer par Twitter pour critiquer Pékin et court-circuiter ainsi la politique et la diplomatie menées par le président actuel, à savoir Barack Obama, Jack Dorsey est-il à l’aise avec la manière dont Trump promeut de fait sa plateforme ?

C’est « compliqué », a-t-il bien voulu admettre au cours d’une conférence organisée par Re/Code à San Francisco. Il y a bien sûr une partie très positive. « Je me sens très fier du rôle qu’a ce service, de ce qu’il représente et de tout ce que nous avons fait et qui continue d »accélérer chaque jour. Surtout parce qu’il a eu un tel éclairage sur lui à travers son utilisation et sur l’élection ».

Et il y a une partie plus négative.

« La partie compliquée, c’est que vous avez comme une ligne directe en temps réel sur la façon dont il pense et vous le voyez ». Mais en l’espèce, ce n’est pas la faute des utilisateurs : c’est celle de Donald Trump, qui ne peut visiblement pas s’empêcher d’avoir un lien direct avec son auditoire, sans passer par le filtre médiatique. Au risque de ne pas avoir pris le temps de soupeser le poids de sa parole.

C’est compliqué

« Avoir le président-élu inscrit sur notre service, l’utilisant comme une ligne directe de communication, permettant à chacun de voir ce qu’il y a dans sa tête à un instant t, je pense que c’est intéressant, je pense que c’est fascinant, je n’ai jamais vu ça auparavant. Nous entrons donc définitivement dans un nouveau monde où tout est à la surface et nous pouvons tous voir ça en temps réel et avoir des discussions à ce sujet », a continué Jack Dorsey.

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CC JD Lasica

Malgré tout, Twitter est dans une position délicate. Il ne peut évidemment pas fermer le compte de Donald Trump, sous peine de provoquer un tollé général et d’être accusé de censure. Le service a fait l’objet de reproches outre-Atlantique, au motif qu’il aurait d’une certaine façon aidée à faire émerger Donald Trump. Ses prises de position polémiques sur Twitter ont alimenté des mois durant les médias en petites phrases.

Mais Jack Dorsey n’ignore évidemment pas que Donald Trump offre, de fait, une visibilité sans commune mesure à Twitter. Les messages du président-élu sont repris en boucle, ce qui ne doit pas déplaire à un Twitter dont les perspectives économiques sont assombries par des mauvais résultats et qui a de grosses difficultés à faire progresser le nombre de ses utilisateurs.

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