Bernard Cazeneuve a annoncé porter plainte contre le rappeur Jo Le Pheno, qui a publié sur Youtube un clip violent contre la police, réalisé en réaction aux « bavures » qu'il dénonce.

Où commence l’art, et où se termine la liberté artistique ? Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé vendredi qu’il déposerait plainte contre le rappeur Jo Le Pheno, accusé d’appeler à la violence dans son clip Bavure publié sur YouTube. L’action judiciaire avait été réclamée jeudi à l’État par plusieurs syndicats de policiers comme SCSI-CFDT (qui a lui-même porté plainte) et Alternative-CFDT.

À travers cette chanson publiée le 17 août 2016, un mois après la mort d’Adama Traoré, l’artiste accuse la police d’être directement responsable de la mort de plusieurs jeunes Noirs (« trop de nos frères sont partis à cause d’une bavure policière »), et accuse les médias de couvrir ces prétendues bavures.

Mais surtout, il appelle ouvertement à se venger sur les policiers, par la violence. « J’pisse sur la justice et sur la mère du commissaire », « sans hésiter faut les fumer », «  c’est pas la police qui fait la loi  », «  où sont les condés ? On va les taper  », « il faut se défouler sur la flicaille »… le titre regorge de paroles qui incitent explicitement à s’en prendre aux forces de l’ordre, et même à leur déclarer « la guerre ».

En plus des paroles, le clip montre des visages de policiers et un crachat sur un fourgon de police. « C’est l’association de l’image aux propos de haine et d’appels à la violence contre des policiers qui nous fait déposer plainte », explique à Franceinfo Jean-Marc Bailleul, le secrétaire-général du syndicat SCSI-CFDT.

Des précédents politiques

Ce n’est pas la première fois qu’un clip de rap diffusé sur Youtube alarme les autorités. En 2014, Christian Estrosi avait exigé, en vain, la suppression d’un clip du rappeur Infinit’ qui le prenait pour cible.

En 2013, Manuel Valls lui-même avait demandé à s’attaquer au « rap aggressif  ». Il faut « lutter contre les paroles agressives à l’encontre des autorités ou insultantes pour les forces de l’ordre et les symboles de notre République », avait-il prévenu.

Sous Nicolas Sarkozy, le rap avait déjà fait l’objet de demandes de censure. L’ancienne secrétaire d’Etat Valérie Létard avait demandé que la chanson « sale pute » d’Orelsan soit supprimée d’Internet (poursuivi, l’artiste fut finalement relaxé en février 2016 à l’issue d’une très longue procédure). Le ministère de la Culture avait aussi invité les maisons de disques à censurer leurs artistes, mais en l’espèce Jo le Pheno se produit lui-même.

Le député UMP Michel Raison, lui, avait provoqué une vive réaction en stigmatisant les « chansons écrites par certains groupes de musique rap issus de l’immigration« .

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