Une rencontre au sommet a eu lieu lundi entre le gouvernement israélien et Facebook. Objectif : étouffer aussi vite que possible les appels à la violence qui peuvent naître sur le réseau social, en particulier dans le camp palestinien.

Deux mois après que le gouvernement israélien a employé des mots très durs contre Facebook, accusé de « sabote[r] le travail de la police israélienne » en Cisjordanie, les relations se réchauffent entre les deux diplomaties, l’une étatique, l’autre privée.

Ainsi le Guardian écrit qu’une « délégation de Facebook » (sic) a rencontré lundi deux des principaux cadres du gouvernement d’Israël, le ministre de l’Intérieur Gilad Erdan et la ministre de la justice Ayelet Shaked, pour s’accorder sur une intensification de la censure des contenus pouvant provoquer à la violence, en particulier dans le camp palestinien. Ces derniers mois, face à une recrudescence des attentats commis contre des Israéliens, les autorités avaient haussé le ton contre le réseau social, accusé de laisser se propager des appels à la violence. Une plainte a même été déposée aux États-Unis par une ONG israélienne qui reproche à Facebook de ne pas censurer le Hamas.

Ayelet Shaked, ministre de la Justice d'Israël (CC Mark Nayman)
Ayelet Shaked, ministre de la Justice d’Israël (CC Mark Nayman)

Souhaitant que Facebook fasse de lui-même la chasse aux messages menant vers le chemin de l’Intifada, le gouvernement a menacé le réseau social d’édicter un texte législatif qui inscrirait dans la loi l’obligation pour les plateformes de rechercher et de supprimer les contenus incitant à la violence, sous peine d’engager leur propre responsabilité.

Nous sommes venu écouter et voir ce que nous pouvions faire de mieux

« Tout comme les vidéos de l’État islamique sont traquées et supprimées du réseau, nous voulons qu’ils entreprennent les mêmes actions contre les contenus palestiniens qui incitent au terrorisme », a déclaré la ministre Shaked lors d’une conférence sur le contre-terrorisme à Tel Aviv. Elle note déjà un gros progrès puisque Facebook aurait accepté de supprimer ces quatre derniers mois 95 % des 158 contenus notifiés par les autorités israéliennes, alors que le taux d’acceptation n’était que de 50 % il y a un an.

« Nous sommes venus écouter et voir ce que nous pouvions faire de mieux », a commenté pour sa part une porte-parole de Facebook citée par l’agence Reuters.

Une réunion « constructive »

La réunion au sommet qui s’est tenue lundi avait pour but d’éviter d’en arriver à la solution législative que redoute toute entreprise, qui privilégie naturellement l’autorégulation à la contrainte. Selon le Guardian, le cabinet du ministre Gilad Erdan et l’entreprise de Mark Zuckerberg se seraient mis d’accord pour « créer des équipes qui trouveront comment mieux surveiller et supprimer les contenus incendiaires ». Facebook, de son côté, a parlé d’une réunion « constructive ».

« L’extrémisme en ligne ne peut être abordé qu’avec un partenariat fort entre les législateurs, la société civile, les universitaires et les entreprises, et c’est vrai en Israël comme partout dans le monde », a toutefois prévenu Facebook, soucieux de ne pas donner l’impression d’accorder un régime spécifique à l’état d’Israël, et de prendre partie dans le conflit israélo-palestinien.

Tout en subtilité, le Guardian rappelle néanmoins que «  les Palestiniens rejettent les allégations israéliennes selon lesquelles la violence serait causée par incitation [sur les réseaux sociaux] » et qu’ils « disent que c’est le résultat de près de 50 ans d’occupation militaire israélienne et d’un manque d’espoir de gagner une indépendance ».

En d’autres termes, la censure ne mettra pas fin aux violences palestiniennes, et seul un dialogue fait de concessions permettra de conduire à la paix.

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