Une étude publiée dans le magazine Science montre que les populations exclues politiquement dans leurs pays sont aussi celles qui sont privées de l'accès à internet, sans corrélation possible avec des facteurs économiques ou géographiques.

Donner ou pas l’accès à Internet est une arme politique courante lorsque l’on veut contrôler les populations et éviter qu’elles organisent une rébellion. Nous l’avons vu souvent depuis plusieurs années avec les coupures du réseau qui interviennent fréquemment dans des pays à la démocratie des plus fragiles (encore récemment au Gabon après la ré-élection contestée d’Ali Bongo). Mais ce que l’on savait moins, c’est que des populations minoritaires ne subissent pas de coupure de l’accès à Internet, pour la bonne raison qu’elles n’ont tout simplement jamais eu Internet.

Une équipe de chercheurs allemands, espagnols, suisse et grecs vient ainsi de publier dans le magazine Science les résultats d’une étude qu’ils ont mené sur la « discrimination numérique » à l’encontre des « groupes ethniques » dans le monde. L’étude réalisée à la fois par des spécialistes des sciences politiques et des technologies de l’information a confirmé que les populations qui souffraient d’exclusion dans leur pays étaient aussi exclues de l’accès à Internet.

Cartographie des sous-réseaux actifs à travers le monde en 2012.
Cartographie des sous-réseaux actifs à travers le monde en 2012.

« Nous documentons un parti pris important et persistent dans l’allocation de la couverture d’Internet à travers les groupes ethniques dans le monde », écrivent les chercheurs. « Les groupes exclus politiquement souffrent de taux de pénétration d’Internet significativement plus faibles comparés à ceux qui ont le pouvoir », et ceci « ne peut pas être expliqué par des facteurs économiques ou géographiques », concluent-ils.

La nécessité d’un droit à l’accès à Internet

La revue MIT Technology Review précise que l’étude a été réalisée en géolocalisant les blocs d’adresses IP liés au trafic Internet, en utilisant les données fournies par un opérateur suisse, et les tables de routage IP. La méthode, validée par peer-review, a ainsi permis de réaliser une carte des sous-réseaux actifs dans le monde en 2012, et de voir région par région les zones géographiques où le trafic est le plus important. Or en croisant ces informations avec une base de données sur « les relations de pouvoirs ethniques  » qui comprend actuellement 800 groupes référencés, les chercheurs ont vu une corrélation entre l’absence de pouvoir politique et l’absence d’accès à internet.

Pour les spécialistes des sciences politiques et des relations internationales, il s’agirait de la démonstration de ce que les ethnies au pouvoir privent d’accès à internet celles qui sont exclues des décisions, pour les empêcher de faire connaître leur point de vue ou de s’organiser.

Ces conclusions seront sans nulle doute à prendre en compte dans la défense d’un véritable droit à l’accès à Internet, à reconnaître comme un droit fondamental universel dans la société moderne, en tant que droit économique et social nécessaire au développement des populations autochtones ou d’autres minorités. Plus Internet progresse, plus la démocratie peut elle-même progresser.

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