Le projet Tor est dans le tourmente. L'activiste Jacob Appelbaum n'ayant pas bénéficié d'un « procès » respectueux des droits de la défense, des bénévoles soupçonneux appellent à une grève symbolique le 1er septembre prochain.

L’affaire Jacob Appelbaum n’est pas terminée, et pourrait même prendre un tournant nouveau après l’appel lancé par un groupe interne à boycotter Tor pendant 24 heures, le 1er septembre prochain. Le groupe baptisé #TorStrike reproche à la direction du logiciel d’anonymisation des connexions d’avoir manqué d’éthique dans sa gestion des accusations portées contre l’activiste, et demande à toutes les personnes concernées (administrateurs, utilisateurs, développeurs…) de ne pas utiliser Tor pendant toute cette journée.

Le groupe impliqué dans le développement de Tor, dont l’ampleur est toutefois inconnue, demande la démission de la directrice Shari Steele, qui a organisé l’enquête interne (à défaut de procédure judiciaire) et communiqué sur ses conclusions accablantes à l’encontre du hacker. Il demande aussi la démission de Roger Dingledine, président et co-fondateur de Tor Project.

Jacob Appelbaum
Jacob Appelbaum

Sans jamais affirmer que les accusations portées contre Appelbaum sont infondées, le groupe s’étonne et s’indigne que l’une des accusatrices a fait partie de celles qui étaient chargées de mener l’enquête et de livrer des conclusions. Il suspecte que plusieurs autres personnes impliquées dans la procédure aient ensuite fait partie de celles nommées au conseil d’administration le 13 juillet dernier.

Ces derniers jours, plusieurs opérateurs de nodes Tor et autres bénévoles ont quitté le projet à cause de cette absence d’indépendance dans la procédure, dont la journaliste Marie Gutbub, qui a publié un long billet pour expliquer sa décision. Elle qui a eu une liaison avec Appelbaum affirme que certains témoignages étaient faux en tout ou partie (ce qu’avait aussi dit Jill Bähring, une prétendue victime qui a nié le témoignage qui avait fait en son nom), même si elle « croit que Jake a blessé des gens ». Elle s’insurge, aussi, de ce que Shari Steele a laissé se monter un site anonyme, JacobAppelbaum.net, pour publier des accusations sans même permettre à l’accusé de répondre.

« Je n’ai jamais entendu parler d’un tribunal respecté dans un pays démocratique, où l’accusateur fait partie du jury ou est juge », dénonce Marie Gutbub, qui se demande pourquoi certains ont menti.

Marie Gutbub est toutefois opposée au boycott. Si elle se dit en harmonie avec les objectifs affichés, elle estime qu’une « grève » telle que #TorStrike aurait des conséquences fâcheuses pour ceux qui ont besoin d’utiliser Tor pour protéger leur anonymat :

Des liens avec la CIA ?

Plus grave peut-être pour la réputation de Tor, le groupe soupçonne les administrateurs du projet Tor de s’être laissé infiltrés par le Renseignement américain, et demande que les liens actuels ou passés de tous les membres du projet avec l’armée, le gouvernement ou les services de renseignement soient clarifiés. « Nous savons d’après des logs IRC que l’équipe de Tor Project savait qu’elle recrutait à la CIA dans au moins un cas, et a choisi de le garder secret. Certains ont défendu le recrutement, en longueur », dénonce le communiqué de #TorStrike.

Parmi une série d’exigences, le groupe exige que les personnes impliquées dans le recrutement de personnes liées à l’administration américaine ou à ses alliés soient exclues du projet.

Implicitement, mais sans jamais le dire, le groupe semble faire un lien entre le procès à charge mené contre Appelbaum, et la possible « infiltration » du projet. Jacob Appelbaum, lui, reste toujours muet depuis le 6 juin 2016, date à laquelle il a nié les accusations qui étaient portées contre lui :

Article mis à jour pour ajouter l’appel de Maria Gutbub à ne pas boycotter Tor.

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