Selon le site britannique The Register, Facebook aurait menti en prétendant qu'un « problème technique » avait provoqué la mise hors ligne de la vidéo de la mort de Philando Castile, filmée en direct par sa petite amie Diamond Reynolds. En réalité, la police aurait utilisé son compte pour tenter de la supprimer.

La vidéo a énormément circulé sur Internet, parce qu’elle fait office de nouveau témoignage, choquant et diffusé en direct sur Facebook, de la discrimination que subirait des Noirs américains de la part d’une partie raciste de la police, trop prompte à sortir le revolver et à tirer contre un suspect de couleur. Jeudi 6 juillet, l’internaute Diamond Reynolds a retransmis en direct sur Facebook la mort de son petit ami Philando Castile, abattu de plusieurs balles dans sa voiture alors qu’il faisait l’objet d’un banale contrôle routier.

Sur cette vidéo, on voit la femme affirmer au policier très énervé que son petit ami s’apprêtait uniquement à lui donner ses papiers, et qu’il avait prévenu qu’il détenait au même endroit une arme à feu, détenue légalement. L’enquête devra déterminer si l’agent de police a paniqué (ou pire, s’il l’a abattu de sang froid), ou s’il avait des raisons de se sentir en situation de légitime défense, ce qui semble peu probable à ce stade.

Si ces informations sont vraies, elles impliquent que Facebook a menti

En attendant, la police du Minnesota pourrait avoir à rendre des comptes sur une tentative de destruction de preuves. Le site The Register a en effet mené l’enquête après la disparition mystérieuse de la vidéo sur la page Facebook de Lavish Reynolds. Tout son profil avait même disparu dans l’heure suivant la diffusion, mais la vidéo avait déjà pu être copiée et redistribuée sur Twitter ou YouTube. Quand le site britannique a demandé à Facebook ce qu’il s’était passé, le réseau social a répondu qu’il s’agissait d’un « problème technique ».

facebookvideo

« Nous sommes désolés que cette vidéo ait été temporairement inaccessible. Elle a été retirée à cause d’un problème technique et restaurée dès que nous avons pu enquêter » sur le problème, avait expliqué une porte-parole de Facebook.

Or lors d’une conférence de presse, Diamond Reynolds a affirmé dès jeudi que son téléphone avait été saisi par la police, et qu’il avait été utilisé pour accéder à son profil Facebook et supprimer la vidéo. Sur celle-ci, à environ 3″30, on voit un agent prendre possession du téléphone qui avait été déposé par terre au moment de l’arrestation de la petite amie. L’écran devient alors noir. Puis une minute plus tard, on aperçoit l’enfant du couple, et l’on peut entendre un adulte lui demander s’il s’agit de son téléphone. La vidéo coupe alors immédiatement, avant de revoir Diamond Reynolds l’utiliser, pour expliquer qu’elle est à l’arrière d’un véhicule de police, menottée avec sa fille. La vidéo coupe définitivement quelques minutes plus tard.

Or The Register affirme vendredi que « de multiples sources ayant connaissance de l’événement ont confirmé à The Register que quelqu’un — fortement suspecté d’être de la police municipale — a utilisé son téléphone pour supprimer l’enregistrement et empêcher qu’il soit vu par le public quelques temps après les coups de feu ».

Si ces informations sont vraies, elles impliquent que Facebook a menti en parlant d’un « problème technique », qui paraissait de toute façon peu probable vues les infrastructures du réseau social. Mais pourquoi mentir ? La firme sera soupçonnée d’avoir cherché à couvrir la police, ou en tout cas, à ne pas mettre de l’huile sur le feu.

Cette nuit, Mark Zuckerberg a éludé cet aspect en réagissant publiquement à la diffusion de la vidéo dans un message.

« Les images que nous avons vu cette semaine sont choquantes et dévastatrices, et elles font la lumière sur la peur avec laquelle des millions de membres de notre communauté vivent chaque jour. Même si j’espère que nous n’aurons jamais à revoir une autre vidéo comme celle de Diamond, elle nous rappelle pourquoi nous réunir ensemble pour bâtir un monde plus ouvert et connecté est si important — et toute la route qu’il reste à faire », écrit-il.

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