Sur Weibo, l'équivalent chinois de Twitter, les internautes ne peuvent pas effectuer de recherches sur l'affaire des Panama Papers.

C’est une affaire qui fait la une de la presse mondiale depuis dimanche. Sous l’égide du consortium international pour le journalisme d’investigation, les rédactions de divers pays sont en train de dévoiler des documents démontrant la création et la possession de sociétés offshores par des anonymes comme par des personnalités en vue dissimuler des capitaux et d’échapper à l’impôt.

Présentée sous le nom des Panama Papers, cette fuite massive de données — les révélations portent sur l’analyse de 11,5 millions de documents confidentiels pour un poids total de 2,6 To — provoque naturellement de nombreuses réactions. En France par exemple, le parquet national financier annonce l’ouverture d’une enquête pour « blanchiment de fraudes fiscales aggravées ».

Sina Weibo
CC Jon Russell

À l’étranger, la publication de ces Panama Papers a de fortes conséquences, mais ce n’est pas toujours celles que l’on croît. Ainsi en Chine, les autorités ont décidé de censurer toute référence aux Panama Papers sur Sina Weibo, un site de micro-blogging. La censure porte à la fois sur la traduction chinoise (巴拿马 (Panama) et 巴拿马文件 (Panama Papers)) que l’expression anglaise, signale Mashable.

La censure de cette actualité n’est pas tout à fait surprenante, puisque des personnalités proches des hautes sphères du pouvoir sont citées :

  • Jasmine Li, la petite-fille de l’ancien président de la conférence consultative politique du peuple chinois Jia Qinglin ;
  • Li Xiaolin, la fille de l’ancien premier ministre Li Peng ;
  • Deng Jiagui, le beau-frère du président actuel, Xi Jinping

Or, il s’avère que Xi Jinping, un an avant son accession au pouvoir, a fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités, en promettant à la fois de s’attaquer aux petits comme aux plus gros. Sauf que la présence de son beau-frère dans l’affaire des Panama Papers, qui était par ailleurs déjà cité dans une autre fuite, celle des Offshore Leaks, envoie un très mauvais signal à la population.

Xi Jinping
Xi Jinping, le président chinois
CC Global Panorama

La fuite des Panama Papers — et avant, celle des Offshore Leaks — a jeté une lumière crue sur ce qu’on appelle les « princes rouges ». Il s’agit des membres des familles les plus puissantes de Chine, en général celles ayant pu accéder aux plus hautes fonctions. Ces princes rouges constituent une caste très riche qui a accès plus facilement à des postes à responsabilité, au détriment du reste de la population.

Ce décalage entre le faste dans lequel vivent les élites du pays et la réalité très difficile de la quasi-totalité des Chinois représente évidemment une poudrière en puissance pour le parti communiste chinois, qui ne tient absolument pas à ce que ces affaires viennent alimenter le ressentiment déjà haut de la population sur un certain nombre de sujets, notamment dans les domaines économiques et environnementaux.

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