L'accès aux principaux réseaux sociaux est fortement perturbé en Turquie depuis le terrible attentat qui a eu lieu dimanche dans Ankara.

Les temps sont durs pour les Turcs. Depuis le début de l’année, le pays est confronté à une vague d’attentats qui a déjà causé la mort de plusieurs dizaines de personnes, surtout dans les deux plus grandes villes, Ankara et Istanbul. Encore ce week-end, un véhicule piégé a explosé dans la capitale, tuant une trentaine de passants.

C’est dans ce contexte très difficile que les autorités turques ont décidé de bloquer sans délai certains réseaux sociaux — Facebook et Twitter — pour essayer de garder la maîtrise de l’information. C’est ce que rapportent plusieurs journalistes, ainsi que des habitants qui ont pu passer par un VPN pour contourner le filtrage.

Il est en effet très simple de trouver sur Twitter des photos et des vidéos montrant l’explosion elle-même ainsi que les dégâts qu’elle a provoquée aux alentours, en tapant les bons mots-clés. Des scènes que le pouvoir en place ne veut visiblement pas voir circuler sur l’Internet turc.

Ce n’est évidemment pas la première fois que le gouvernement intervient au niveau de la diffusion de l’information pour l’empêcher de circuler sans passer au préalable par le filtre de la censure. On se souvient par exemple que Twitter a été inaccessible pendant quelques heures l’été dernier suite à l’attentat à Suruç, dans le sud du pays.

Citant les informations de NTV et CNN Turquie, Russia Today précise la décision de blocage a été ordonnée aux fournisseurs d’accès à Internet par l’autorité en charge des télécommunications dans le pays, à la suite à une décision de justice rendue par un tribunal. Des médias turcs ont aussi reçu l’interdiction de couvrir l’évènement, ajoute le site web, ou à tout le moins certains de ses aspects.

La Turquie et sa censure trop large

La décision prise en Turquie d’entraver significativement l’accès à certains sites de médias et aux principaux réseaux sociaux survient toutefois dans un contexte juridique particulier pour le pays, puisque celui-ci a été condamné à la fin de l’année dernière par la cour européenne des droits de l’homme (CEDH), justement pour sa tendance à censurer de façon bien trop large certains sites web.

Ainsi, dans une affaire concernant YouTube, les magistrats ont jugé que le blocage de l’ensemble d’un site web sur une période de temps particulièrement longue (de 2008 à 2012) était excessif et constituait une violation de l’article 10 de la convention européenne, qui garantit le droit à la liberté d’expression et à la liberté de recevoir des informations. Dès lors, l’on peut légitimement se demander si cette nouvelle mesure de censure prise par Ankara est compatible avec la lecture juridique de la CEDH.

En effet, « les restrictions licites devraient d’une manière générale viser un contenu spécifique ; les interdictions générales de fonctionnement frappant certains sites et systèmes ne sont pas compatibles » avec le cadre européen, peut-on lire dans l’arrêt, qui ajoute que  « les informations politiques ignorées par les médias traditionnels ont souvent été divulguées par le biais de YouTube, ce qui a permis l’émergence d’un journalisme citoyen ».

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