Si en France, les sujets numériques qui s'invitent dans les campagnes dévoilent la déconnexion au sens littéral d'une partie de la classe politique, ce n'est pas forcément mieux aux États-Unis. Les deux primaires des Démocrates et Républicains ne peuvent éviter le sujet brûlant des backdoors, quitte à raconter n'importe quoi.

C’est l’affaire technologique du moment qui marque un tournant pour la défense des libertés fondamentales : Apple devra-t-il céder au FBI et donner aux autorités le moyen de faire sauter un verrou qu’il a lui-même fourni aux utilisateurs pour protéger la confidentialité des données stockées sur leurs iPhone ?

Le débat divise les Américains et s’invite logiquement dans les Primaires, où les candidats sont sommés de prendre position. Qui est pour le FBI, qui est pour Apple ? Récapitulatif.

LEs républicains suivent la ligne trump

Source : NewYorker

Si les deux primaires s’avèrent déstabilisantes et inattendues, la plus contrariée est certainement celle du parti Républicain. Subissant le raz de marée Donald Trump, les candidats naviguent à l’œil dans un mélange populiste et conservateur, pour rester dans la course malgré le phénomène Trump.

Jeudi soir, tous les candidats du camp Républicain étaient d’accord pour dire qu’Apple doit obéir aux demandes du FBI :

  • Marco Rubio : il est le seul espoir modéré de cette primaire depuis le départ de Rand Paul. Le jeune latino tient à sa démarcation dans une primaire très à droite. Il se présentait encore récemment comme le sauveur de l’industrie de la tech. Pourtant pendant le débat, le candidat a voulu faire dans la nuance : « Ils (le FBI) ne demandent pas à Apple de créer une backdoor au chiffrement ». Certes, Apple ne doit pas fournir de clé, mais il doit supprimer la serrure. La différence est ténue. « Apple ne veut pas le faire, simplement parce que ça porte atteinte à leur image de marque », a-t-il aussi affirmé. Or il y a peut-être davantage de risques à donner l’impression de prendre le parti des terroristes…
  • Ted Cruz : celui qu’on croit être le seul à pouvoir battre Trump, en s’aventurant dangereusement sur son terrain, a lui aussi pris une position claire contre Apple. Avec le même type d’argument, plus étayé : « L’ordre n’est pas : mettez une backdoor sur le téléphone de tout le monde. Si c’était cet ordre, ce serait problématique, car ça compromettrait la sécurité et la confidentialité pour tout le monde  ». Il surenchérit : « Mais sur la question d’ouvrir le téléphone d’un terroriste, nous devons faire respecter l’ordre de la cour ».

Il faut convoquer Apple et le FBI, fermer la porte à clé et dire : vous ne sortirez pas tant que vous n’avez pas trouvé un accord

Les deux candidats quasi-inconnus du GOP Carson et Kasich ne se distinguent pas non plus par leur attachement aux libertés individuelles. Pour Carson la résistance de Cupertino pourrait créer « le chaos dans le système » (sic). Quant à John Kasich, il est allé encore plus loin dans la théâtralité en s’en prenant au Président Obama qui, selon lui, devrait « convoquer Apple et le FBI, fermer la porte à clé et dire : vous ne sortirez pas tant que vous n’avez pas trouvé un accord offrant à la fois la sécurité dont les gens ont besoin et la protection des droits des américains. »

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Le seul à qui la question n’a pas été posée est l’iconoclaste et inquiétant Donald Trump. Mais heureusement pour nous, l’homme-au-brushing-ridicule a bien sûr tweeter son avis. « J’utilise à la fois des iPhone et des Samsung. Si Apple ne donne pas d’informations aux autorités sur les terroristes, je n’utiliserai plus que des Samsung jusqu’à ce qu’ils donnent les informations » », a-t-il tweeté avant d’inviter au boycott.

LEs démocrates : timides et flous, le malaise Terroriste

Ni l’un, ni l’autre : c’est grossièrement la position sur laquelle Hillary Clinton et Bernie Sanders sont tombés d’accord. Plus nuancé et documenté que les Républicains, le débat démocrate de jeudi laisse encore des doutes sur les intentions de chacun mais les positions ont le mérite de la prudence.

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  • Bernie Sanders : quand un électeur lui a posé la question, le néo-socialiste a répondu simplement : « Des deux côtés ». Avant d’ajouter : « Je suis vraiment terrifié à propos d’un BigBrother en Amérique. Et cela ne signifie pas seulement que le gouvernement fédéral puisse rentrer dans vos emails et qu’il sache quels livres vous prenez à la libraire, ou des entreprises privées sachant tout ce qu’il y a à savoir de vous en terme de données de santé, votre compte bancaire et vos pratiques de consommateur. Et d’un autre côté, ce qui m’inquiète c’est qu’un autre terroriste puisse attaquer notre pays. Et franchement, je pense qu’il y a un juste milieu qui peut être trouvé ». Fin de la discussion. Nous n’en saurons pas plus sur ce juste milieu que personne ne semble être capable de définir. Dommage.
  • Hillary Clinton : pour la favorite des primaires, mise en difficulté par la vague Sanders, c’est « un dilemme difficile ». Tiens donc. Elle a rappelé les principaux arguments d’Apple « à propos d’ouvrir la porte, en créant ce qu’ils appellent une backdoor dans le chiffrement ». Elle remarque que « cette porte ouverte pouvait très bien être un motif d’abus pour des gouvernements autoritaires tels que les gouvernements chinois, russe ou iranien qui veulent le même type d’accès aux donnés ». Mais elle a tout de même conclu qu’un renforcement de la loi était possible car « les personnes concernées en Amérique peuvent sûrement résoudre le problème et trouver un moyen d’aider le FBI avec un petit brainstorming et un travail d’équipe ». « Aussi brillant que nous sommes, il doit y avoir des moyens d’avoir des informations sur les crimes et le terrorisme sur une base spécifique », ajoute-t-elle. La solution est donc dans la nature et il suffit de la découvrir, en somme.

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