Des documents confidentiels montrent que la NSA et sa partenaire britannique, le GCHQ, ont un programme destiné à pirater les drones militaires israéliens pour suivre de près les activités de leur allié au Proche-Orient.

Lorsque des drones et des avions de chasse survolèrent la bande de Gaza pour dénicher des militants du Hamas, au début de l’année 2008, les Israéliens n’étaient pas les seuls à avoir une vision très clair de ce qui se passait au sol. En effet, les Américains et les Britanniques étaient eux aussi aux premières loges pour assister aux opérations militaires de leur allié au Proche-Orient.

GCHQ
Antennes du GCHQ
CC James Stringer

Et pour cause : toutes les informations captées par vidéo étaient piratées par les services de renseignement des États-Unis et du Royaume-Uni.

C’est ce que révèle une enquête de The Intercept, un site d’information spécialisé dans les activités des services secrets et auquel contribue le journaliste Glenn Greenwald, celui par lequel les informations récupérées par Edward Snowden sur les agissements de la NSA et de ses partenaires occidentaux ont pu connaître un retentissement mondial.

Évidemment classifiée, l’opération était pilotée depuis une installation de l’armée de l’air britannique située à Chypre. Identifiée par le nom de code « Anarchist », elle impliquait la NSA pour les États-Unis et le GCHQ pour le Royaume-Uni. Ce serait un vieux projet : les documents analysés par The Intercept datent à 1998 les premières interceptions de flux vidéo chiffrés.

Paysage de Chypre
Paysage de Chypre
CC SpirosK

Selon le rapport du GCHQ, le piratage des drones était « indispensable pour conserver une compréhension de la préparation et des opérations de l’armée israélienne et donc avoir un aperçu des développements possibles dans la région ». « En temps de crise, cet accès est capital et l’un des seuls moyens de disposer d’une information à la minute et de fournir un soutien aux États-Unis et les opérations alliées dans la région ».

Sur le plan géopolitique, il est vrai que la situation était explosive : la bande de Gaza venait de passer sous le contrôle du Hamas après une bataille sanglante avec le Fatah, et l’Iran, soutien majeur du Hamas, était alors dirigé par le très préoccupant Ahmadinejad. À cette époque, des craintes très importantes étaient exprimées sur les vrais buts poursuivis par le programme nucléaire iranien.

Réagissant aux révélations de The Intercept, le ministre des infrastructures nationales, de l’énergie et des ressources en eau, Yuval Steinitz, auparavant en charge du renseignement, des relations internationales et des affaires stratégiques, a cherché à minimiser la portée du piratage effectué par la NSA et le GCHQ. Cité par le journal Haaretz, il a déclaré à la radio que ce n’était pas vraiment une surprise.

Nous savons que les Américains espionnent le monde entier, nous y compris, et aussi leurs alliés.

« Nous savons que les Américains espionnent le monde entier, nous y compris, et aussi leurs alliés », a-t-il déclaré. Dans le cas de la France, on sait que les services d’espionnage américains ont mis sur écoute téléphonique les trois derniers présidents français (Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande). C’est aussi le cas des dirigeants au Japon, au Brésil ou en Allemagne.

Le manque apparent d’agacement du côté israélien s’explique peut-être aussi par le fait que le pays ne peut guère jouer les victimes effarouchées, au regard des capacités du Mossad en matière d’espionnage, et des capacités militaires d’Israël dans le domaine numérique. C’est avec la mystérieuse unité 8200 qu’Israël aurait participé à l’opération Jeux Olympiques, avec la NSA et la CIA, pour dégrader les centrifugeuses utilisées par l’Iran pour son programme nucléaire.

Une source militaire, contactée par Haaretz, a ajouté que le regard indiscret des Américains et des Britanniques n’était pas si grave. Après tout, cela n’a pas réduit ou affecté les capacités militaires d’Israël. « Il va sans dire que les éléments de renseignement étrangers dans le Moyen-Orient détectent nos opérations, tout comme nous détectons les opérations des autres États de la région ».

Et les drones de la France ?

Drone Harfang
Le Harfang, coopération entre EADS et IAI.
CC Calips

Ces documents internes au GCHQ, qui font partie de la masse de données récupérées par Edward Snowden pendant sa fuite, posent en tout cas la question de savoir si la NSA et le GCHQ font la même chose auprès d’autres alliés. On pense évidemment à la France, qui est en train de se constituer une flotte de drones d’envergure pour pouvoir mieux assurer ses missions de contre-terrorisme dans la bande sahélo-saharienne, qui est aussi vaste que l’Europe.

À l’heure actuelle, l’armée de l’air utilise des drones Harfang, conçus en partenariat par EADS, la filiale militaire d’Airbus, et IAI, une société de construction aéronautique israélienne, et commence à recevoir des drones MQ-9 Reaper, construits par l’entreprise américaine General Atomics. Or au regard de la provenance de ces matériels, la question de leur « francisation » se pose évidemment.

Dans le cas des MQ-9 Reaper, selon le journaliste Jean-Dominique Merchet, spécialisé dans les questions de défense, il était question de les adapter afin de faire appel en partie à du matériel non-américain, notamment pour baisser le prix d’achat. Mais il semble que cet objectif ne soit plus d’actualité. Cela étant, il n’est pas certain que les drones de l’armée de l’air, même francisés, puissent résister aux techniciens de la NSA…

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