La Chine a dévoilé les chiffres réels de sa consommation de charbon, qui avaient jusque-là été sous-estimés de 10 % sur la période de 2005 à 2013.

À quelques jours du lancement de la COP21 à Paris, la Chine a dévoilé dans un rapport statistique annuel de nouvelles données sur sa consommation de charbon, de 17 % supérieure à ce qui était prévu en 2015, selon le New York Times. Cela implique que des émissions de plus d’un milliard de tonnes de CO2 par an n’aient pas été comptabilisées, soit autant que toute la production annuelle allemande.

Cela risque de compliquer les négociations sur le climat, dont le principal enjeu est de négocier la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les promesses de la Chine qui avait annoncé vouloir réduire sa pollution, principalement en diminuant l’usage du charbon, n’en deviennent que plus urgentes. « Cela peut expliquer pourquoi la qualité de l’air en Chine est si mauvaise , et cela facilitera la prise de conscience des leaders nationaux », a commenté Yang Fuqiang, consultant au Conseil de Défense des Ressources Naturelles.

Ces changements statistiques affectent de nombreuses agences internationales

Mais cette mise à jour des données officielles va aussi affecter le travail des scientifiques qui luttent contre le dérèglement climatique en Chine, dont les métropoles sont envahies par un dangereux brouillard de pollution et menacées par les pluies acides.

La sous-estimation des données de 2005 à 2013 serait due à plusieurs défauts dans la récolte des données, principalement de la part des petites entreprises et usines. C’est la consommation de charbon dans l’industrie lourde qui a été le plus sous-évaluée, bien plus que son usage pour la production électrique. Les responsables contactés par le New York Times ont refusé de commenter officiellement cette révision des données, qui a un très fort impact politique sur les objectifs énergétiques du pays. Le président Xi Jinping avait en effet promis que les émissions de CO2 chinoises cesseraient de croître dès 2030, sans préciser quel serait leur niveau à ce moment.

 de la chine au monde

Ces changements affectent aussi de nombreuses agences internationales qui vont devoir modifier leurs données pour ajuster leurs analyses et leurs prévisions, dont l’International Energy Agency (IAE), qui venait de publier un rapport sur les émissions de CO2 en 2013. Elle les estimait supérieures de 0,7 gigatonne à celles de 2012, mais se félicitait qu’elles soient inférieures aux 2,5 % d’augmentation moyenne depuis 2000.

L’IAE a annoncé réviser ses données, elle publiera prochainement un rapport mis à jour pour les émissions mondiales de CO2 en 2011, 2012 et 2013. Elle estime déjà à 5 % l’augmentation de la pollution chinoise sur ces années, induite par les nouvelles statistiques. Jan Ivar Korsbakken, chercheur au Centre de Recherche International sur le Climat et l’Environnement à Oslo, l’évalue plutôt à 11 %.

Shanghaï dans la brume Tauno Tõhk
Shanghaï dans la brume
Tauno Tõhk

Des doutes avaient déjà été soulevés à l’égard des données officielles, d’autant que la Chine avait manipulé ses données d’émissions de gaz à effet de serre dans les années 1990, en faisant croire à la fermeture de nombreuses usines à charbon. Mais jusque-là, les scientifiques avaient attribué les incohérences de chiffres à la qualité du charbon utilisé, qui brûlerait moins bien et donc produirait moins de dioxyde de carbone.

Des données plus précises permettront de mieux comprendre les mécanismes d’émission et d’absorption du CO2, et de mieux évaluer les objectifs de réduction énergétique à atteindre. Des questions qui devraient être beaucoup discutées à la COP21.

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