![]() ![]() Les réseaux sociaux : l'avenir du P2P
La rédaction, le 20 Avril 2004
Note : Cet article fut publié pour la première fois le 5 mars 2004 sur OpenP2P.com sous le titre "Next-Generation File Sharing with Social Networks". Nous le traduisons et le publions sur Ratiatum avec l'aimable autorisation de son auteur Robert Kaye. Robert Kaye est le 'Mayhem & Chaos Coordinator' et créateur de MusicBrainz , un commons de metadata de musique.
Note de l'éditeur (OpenP2P,ndlt): A la récente Conférence O'Reilly sur la Technologie Emergente de San Diego en Californie, Robert Kaye a dirigé une discussion sur La Prochaine Génération de Partage de Fichiers avec des Logiciels Sociaux. Pour ceux qui n'ont pas pu y assister, cet essai est bâti sur cette session. Et si vous avez manqué toute la discussion, vous pouvez maintenant vous hâter. Les systèmes de partage de fichiers ouverts comme Kazaa accueillent tout le monde sur le net et jouissent d'une large sélection de contenus. Cette sélection est si vaste que Cory Doctorow l'appelle "La plus vaste bibliothèque jamais créée ." (Personnellement, j'appellerais ça "la bibliothèque la plus large et la plus en désordre jamais créée", mais c'est un nouvel essai entier). Pourtant, à cette vaste sélection s'attache un risque important -- les attaquants extérieurs qui veulent vous faire arrêter de partager des fichiers et qui voudraient vous jeter en prison ou piller les caisses de votre université (référence ici à l'Université de Pennsylvannie qui a abonné tous les étudiants à Napster 2.0, nldt). La réaction naturelle est de courir se cacher des mauvais garçons et de jouer dans son propre bac à sable que les mauvais garçons ne peuvent même pas voir. Suite à la vague récente de poursuites engagées massivement par les mauvais garçons, on parle plus que jamais des Darknets , ces réseaux qui se cachent et cachent leurs membres des yeux du public. Combiner les applications de partage de fichiers avec des réseaux sociaux permet aux gens de créer un réseau de confiance avec leurs amis et de garder à l'écart les mauvais garçons. La définition de mauvais garçons est laissée à la discrétion de l'utilisateur -- dans beaucoup de cas, les mauvais garçons seraient les gens adorables qui lancent des poursuites judiciaires. Mais ces réseaux peuvent très bien être utilisés pour des usages légitimes qui ne violent aucune loi, tels que pour partager des informations personnelles avec un réseau d'amis tout en les gardant hors d'accès des marketers et du vol d'identité. Les réseaux sociaux conçus pour le partage de fichiers devraient se concentrer sur trois objectifs : partager vos fichiers avec les autres sur le réseau, découvrir de nouveaux fichiers chez les autres membres, et protéger le réseau des attaquants extérieurs. Pour parvenir à ces objectifs, le réseau social doit être fondé sur un modèle social bien défini. Modèles SociauxPour trouver des modèles sociaux qui peuvent être employés pour ces réseaux nouvelle génération, nous pouvons regarder du côté de l'évolution de l'homme. Le point de vue de Jared Diamond sur l'évolution de l'homme, tel qu'exprimé dans Guns, Germs and Steel, met en évidence le fait que les hommes ont tout d'abord formé des tribus de chasseurs-cueilleurs pour se partager la charge de la production de nourriture. Au fur et à mesure que les tribus ont grossi, elles se sont rassemblées pour créer des chefferies, et de là ils ont créer des états tels que ceux dans lesquels nous vivons aujourd'hui. Pour appliquer ce concept, le réseau commence avec un groupe de personnes de confiance qui forment une tribu de personnes. Commencer une tribu comme un friendnet , où chaque connexion est soutenue par une connexion dans l'espace physique ("meatspace", ndlt), est un excellent point de départ. Toutefois, partager des fichiers au sein d'une petite tribu n'est intéressant qu'à court terme, parceque ça ne présente qu'un horizon de recherche limité. Si des tribus se connectent avec d'autres tribus pour former des chefferies, l'horizon des recherches s'étend d'autant avec chaque nouvelle connexion de la chefferie. Finallement, connectez des chefferies à d'autres chefferies pour former des états, et l'horizon de recherche pourrait commencer à ressembler aux horizons de recherche dans les systèmes de partage de fichiers ouverts. Chaque tribu devrait soigneusement sélectionner l'âiné tribal qui mettera en place le ton du réseau et déterminera les règles de conduite sociales du réseau. Les aînés devraient écouter les membres tribaux et leurs forces et faiblesses pour mettre en place des règles qui soient efficaces pour le groupe. Les aînés devraient concentrer la tribu sur ses buts premiers et continuellement évaluer l'état de la tribu pour s'assurer que ses membres sont bien éduqués sur les règles tribales. Les aînés tribaux doivent être conscients que les attaquants exterieurs peuvent utiliser des attaques sociales sur le réseau. Par exemple, si un certain nombre de membres d'une tribu de partage de films se rencontrent régulièrement au café du coin, ils devraient être conscients que des attaquants pourraient se présenter avec un discours lissé rempli de connaissances cinématographiques, et prétendre avoir une grande collection de films qui pourraient les intéresser. Si un seul membre tribal se fait avoir par l'attaque et invite l'attaquant sur le réseau, le réseau entier est en danger. Nous aborderons plus en détail les risques liés aux attaques par la suite, mais les aînés tribaux ont besoin de comprendre ces risques et de former leur tribu à agir en conséquence. Les aînés tribaux sont les gardiens du réseau qui devraient utiliser leur conscience du réseau et de ses membres pour continuellement réévaluer les relations entre les membres et les autres tribus. Ces aînés devraient sélectionner ou concevoir les politiques sociales appropriées et contrôler les privilèges de leurs membres au fur et à mesure que les membres établissent (ou détruissent) leurs réputations. Les Politiques SocialesLes politiques sociales dictent qui peut être invité sur le réseau; comment la réputation d'un membre potentiel peut-elle être vérifiée, à supposer qu'elle puisse l'être ? Avec quelles autres tribus cette tribu peut-elle se lier et échanger ? Est-ce OK pour la tribu de limiter ses questions à des prépositions ? Quelle structure est appropriée pour la tribu ? Une collaboration vague ou une hierarchie façon simples soldats ? Toutes ces questions vont influencer les politiques sociales du réseau, et contrairement aux systèmes de partages de fichiers ouverts, une attention particulière doit être exercée lorsque l'on crée et étend des réseaux conçus pour tenir à l'écart des attaquants. Les politiques sociales de ces réseaux ont un impact direct sur la sécurisé du réseau. Un réseau mal défini avec peu de règles et une vérification laxiste de la réputation est davantage susceptible d'être compromis. Un réseau serré avec beaucoup de contrôles d'accès sera plus sûr, mais il aura des horizons de recherche plus restreints. La clé pour les chefs de tribus est de choisir un ensemble de politiques qui balancent la sécurité avec l'utilité du réseau. Les politiques sociales déterminent également quelle sorte de réseau social sera créé. Une politique de connexion vague produira des systèmes plus chaotiques qui ressemblent à Friendster (une sorte de réseau P2P matrimonial, ndlt), et des politiques plus raffinées produiront des systèmes qui ressemblent à LinkedIn (un réseau de contacts professionnels, ndlt). Les politiques sociales devront répondre aux problèmes sociaux les plus pressants avant qu'ils ne se manifestent. Par exemple, Friendster aurait du anticiper les comptes de Fakesters (de faux comptes pour Friendster, ndlt) et mettre en place une politique pour ces comptes avant même qu'il n'ouvre ses portes. Changer radicalement les termes du service et les politiques sociales après que le réseau ait été formé ne sert qu'à alinéner ses utilisateurs. Horizons de RechercheL'un des inconvénients au fait d'utiliser un réseau social pour autoriser le partage de fichiers est que l'horizon de recherche sera plus limité en comparaison de Kazaa/Napster/et autres. Il y aura moins de personnes sur le réseau et vous n'aurez pas téra-octets après téra-octets de données. Est-ce qu'avoir la bibliothèque la plus grande, la plus désordonnée et la plus dupliquée du monde va vous aider à découvrir de nouvelles choses intéressantes ? Probablement pas -- je pense que partager des fichiers à travers des réseaux sociaux permet aux utilisateurs d'explorer leurs liens forts et faibles. Les connexions au hasard dans les réseaux P2P ne sont même pas des liens faibles -- ce sont des liens au hasard. Explorer les liens faibles dans votre réseau vous donnera probablement accès à plus d'informations/contenus pertinents qu'un lien au hasard. Les gens tendent à se lier à des amis avec qui ils ont une certaine attache en commun, et cette attache commune va probablement donner lieu à quelques goûts en commun. Peut-être que ces réseaux sociaux peuvent influencer quelques changements et déplacer les utilisateurs d'un état d'esprit "je recherche ce morceau !" vers un état d'esprit "qu'est-ce que mes amis écoutent ?". Napster a exemplifié cette focalisation sur la quantité; il est temps de considérer la qualité avant la quantité et d'utiliser le réseau pour découvrir autant que partager.
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Réseaux sociaux (première partie)
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