![]() ![]() Les labels communautaires dont vous êtes producteurs
Analyse globale Après avoir vu les différents sites existants, abordons maintenant les problématiques relatives au concept des sites communautaires que nos venons de traiter. Quelques unes ont déjà été survolées pour certains d'entre eux mais cette dernière partie nous permettra de les rassembler toute sous un même angle d'attaque. Le principe de label communautaire est une évolution logique que se devait d'essayer l'industrie du disque sur le Net. En effet, les maisons de disques commençaient déjà à faire de plus en plus confiance aux sites communautaires pour baser leurs choix de production. Si un artiste est plébiscité sur le Web, produisons-le car cela prouve son potentiel à fédérer les masses. Cette tendance a d'abord consacré MySpace en tant que référence pour assurer la signature d'un groupe. Le nombre de visites sur le profil devenait un critère valable de choix, et certaines directions artistiques allaient même jusqu'à laisser les artistes émerger seuls de sites communautaires, pour se servir ensuite en piochant au dessus du tas. Le label communautaire, c'est la logique poussée un peu plus loin. Le fan devient, à différents degrés selon les portails, celui qui choisit qui signer, mais aussi le financeur. Si l'idée est tout à fait convaincante, l'application est plus sujette à débat. En effet, les portails doivent imposer un mode de fonctionnement qui découle d'un choix et d'une vision de la production de musique. D'abord, sur le budget de production. La majorité des portails que nous avons vu requiert un financement de 50.000 Première chose, les budgets sont toujours au dessus de la moyenne pratiquée. Or, comme nous l'évoquions pour NoMajorMusik, Internet (et l'accès plus facile au home studio) accélère cette tendance qui veut que de plus en plus d'artistes émergent alors que les moyens financiers de les produire s'amenuisent. Les labels communautaires ont souvent tendance à penser que si ces moyens de produire diminuent, c'est parce que les maisons de disque n'arrivent plus à soutirer de l'argent des fans de musique et qu'il suffit de y arriver par un autre chemin. Or, cette idée est fausse. D'une part parce que la multiplication des artistes éparpille leurs précieux deniers, mais aussi parce qu'au fil du temps, l'acquisition de matériel électronique, dans les budgets loisirs, a pris de la place par rapport à l'achat de musique. Entre acheter un disque dur externe multimédia et vingt CDs, le choix est vite fait. Deuxième chose, beaucoup de gaspillage, trop de gaspillage. SellaBand consacre 40 % du budget de ses artistes à l'envoi de CDs aux investisseurs. C'est son modèle qui veut ça mais cela gonfle considérablement l'investissement nécessaire d'une manière qui aurait pu être évitée. Puis il paie un réalisateur artistique défini d'avance qui ne correspondra peut-être pas du tout à votre projet. Encore de l'argent jeté par les fenêtres. On vante systématiquement les mérites de la production "professionnelle". Or, la musique passe actuellement d'un mode industriel à une macro-économie sans que cela n'en ait jamais altéré la qualité. On se doit de faire dans l'économie de moyens, et quelle est vraiment la justification de la production "professionnelle" ? Faire vivre les ingénieurs du son ? Faire miroiter aux artistes le sésame de la grosse production ? Hadouk Trio a enregistré son premier album dans son salon, Carla Bruni dans sa cuisine et CocoRosie dans sa salle de bain. Cela les ont-ils empêché de cartonner ? Non. Bien sûr, un grand studio aura toujours de quoi vous faire "le gros son qui dépote" mais force est de constater que même avec les plus petits moyens, on arrive à des résultats extrêmement probants. Bien sûr, la mentalité des artistes est tout autre et promettre un enregistrement dans une cave aménagée pour l'occasion n'a rien de très alléchant. On peut essayer de changer les façons de penser, mais toujours dans un sens qui rassure le consommateur. L'inverse serait plus risqué. Enfin, le problème des sommes concédées. De nombreuses personnes ont souligné le risque de voir ces sites se faire de l'argent sur le dos des investisseurs grâce aux intérêts. Sur SellaBand, le plus ancien des sites communautaires, certains artistes sont présents depuis plus de deux ans sans jamais avoir soulevé les fonds nécessaire. Et pendant ce temps, l'argent investi fait fructifier le compte de la plateforme et pas celui de l'investisseur. Cela induit deux problèmes. D'abord, la désillusion du public, qui risquera tôt ou tard d'avoir de la désaffection pour ce type de système. Il leur sera en effet offert deux choix. Soit ils finissent par privilégier les artistes qui marchent, au détriment de ceux qu'ils supportaient par défaut. Ca implique éventuellement d'accepter une certaine consensualité. Soit ils abandonnent complètement, et récupèrent leur mise. La deuxième option sera vraisemblablement la moins choisie, ce qui amène à leur aspect "capteurs d'investissement". Certains, comme NoMajorMusik, s'arrangent même pour mettre en place un système où récupérer son argent devient presque dissuasif parce qu'on y perd au change. Les sommes investies profiteront donc naturellement aux sites qui les pourvoiront tant qu'elles resteront dessus et pas dans la poche du consommateur. Maintenant, si on veut jouer l'avocat du diable, on peut se demander si ces plateformes ont vraiment le choix. Certains ont proposé de ne payer qu'une fois la barre atteinte par l'artiste, sans avoir à investir avant pour autant. Je pense - peut être à tord ? - qu'un tel système aurait du mal à marcher. Investir des deniers sonnants et trébuchants n'est pas la même chose que de simples promesses de financement. Alors, les sites communautaires, Star Ac' version Web 2.0 ? Oui, dans une certaine mesure, parce que le business de ces sites repose sur la vente de rêve, aussi bien pour les artistes, à qui l'on promet le gros studio, que pour les auditeurs, à qui l'on fait miroiter l'espoir de signer un carton le récompensant pour son flair. Mais tout ça n'est que strass et paillettes. Une grosse production n'a jamais assuré à un artiste le succès, de même que l'histoire a montré à maintes reprises que des albums produits avec des bouts de ficelle ont pu révolutionner la musique. Quant à l'auditeur, ses chances de toucher le pactole sont aussi minces que de gagner au loto. Il se situera toujours dans un espèce d'équilibre, entre petits gains et argent gaspillé. Oui, une deuxième fois, car ces modèles, de par leur nature, rechercheront toujours le consensuel, le truc qui plaît à tout le monde. Honnêtement, qui aurait misé un péco sur les Beastie Boys lorsque les trois larrons commencèrent leur aventure musicale avec un punk assez médiocre ? Et pourtant, Rick Rubin a choisi de les produire. Il les a poussé à changer de registre pour épouser le hip hop, voyez maintenant où ils en sont. D'accord, le mythe du producteur écumant les bars infâmes avec son gros cigare pour dénicher la perle rare est complètement passé. Il n'empêche, ces coups de folie sont ceux qui font le charme de l'industrie du disque. Ils nous rappellent à quel point on aura beau essayer de lui trouver une logique, il restera toujours une part d'irrationnel que même les plus grands économistes seraient incapables de cerner. Avec les labels communautaires, cette part d'irrationnel, celle qui constitue essentiellement le moteur de la musique, disparaît au profit d'une logique plus terre à terre. On produit ce qui plaît au plus grand nombre. Le "moteur de la musique" reste donc toujours confiné aux niches musicales, dans les mains de milliers de petits labels un peu fous, en avance sur leur temps, qui choisissent de produire des choses jamais entendues auparavant, et qui pourtant engendreront les genres populaires de demain. C'est ainsi qu'a toujours fonctionné la musique et qu'elle continuera de fonctionner encore. On a beau nous promettre de travailler la musique dans le temps, on en fait rien. On travaille juste un artiste dans son temps, avec un son qui correspond aux critères de l'époque. Tant que ce goût perdure, tant mieux pour lui, mais dès lors qu'on passera à autre chose, il sera sur la pente descendante, comme si l'on passait de l'âge adulte à la vieillesse. Ceux qui travaillent vraiment la musique sur le temps sont ces petits labels découvreurs. Ceux qui ont le courage d'aller chercher les artistes dans leur berceau pour les amener à maturation et puis peut être passer le relais. C'est tout cet ecosystème qui vivote et dont une bonne partie mourra, pendant que quelques chanceux détiendront le truc qui va cartonner. C'est aussi là que l'on trouve les véritables passionnés. C'est là que des types comme Rick Rubin débutent avant, des dizaines d'années plus tard, d'être projetés à la tête de Columbia Records. Le danger, avec les labels communautaires, ce n'est pas tant qu'ils essoufflent ce cycle naturel de la musique, mais plutôt qu'ils dévient les regards, qu'ils distraient l'attention vers quelque chose se faisant passer pour ce qu'il n'est pas. Entendons-nous bien. Les labels communautaires ne récompenseront jamais le bon "flair" comme vous l'entendez peut-être. Ils vous gratifieront simplement, dans le meilleur des cas, d'avoir des goûts suffisamment consensuels pour qu'ils collent à l'ère du temps. Mais celui (ou celle) qui a du flair se trouve dans les bars ou dans les salles de concert à moitié vides. Il écoute un groupe qui casse les oreilles de sa (son) petit(e) ami(e) alors il a dû y aller encore une fois seul, ou accompagné de son pote aux lunettes rectangles. Il trouve ça génial mais se lasse quelques années après et passe à autre chose. Cinq ans plus tard, il a une pointe de nostalgie, lorsqu'il retrouve ce même groupe sur une scène minable dans un gros festival (ou l'inverse), puis il découvre avec surprise qu'il a donné naissance à toute une série de petits rejetons, et que tout ça porte même maintenant un nom de style bien défini. Enfin, il se la jouera vieux blasé lorsqu'il croisera un jour un type dix ans plus jeune que lui avec un t-shirt de ce même groupe, et sortira des refrains du genre "ils étaient pas comme ça à l'époque." Sur SellaBand ? Il n'aurait pas gagné un rond.
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Introduction
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SellaBand
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Spidart
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