Les labels communautaires dont vous êtes producteurs
 

Slicethepie sort des sentiers battus. Son modèle reste le plus "DIY" (do-it-yourself) des labels participatifs car l'artiste, une fois la somme de 15.000
£ (21.000
) levée, est libre d'en faire ce qu'il veut, du moment qu'il produise un album dans les six mois à venir. C'est peut être aussi le portail qui accorde le plus d'importance à la sélection par la communauté. Ici, on ne passe pas des investissements à la production. L'artiste doit traverser plusieurs "salles" avant de pouvoir prétendre au jackpot. Aussi, le fan n'est pas tout de suite impliqué dans la participation financière. On le sollicite au contraire afin qu'il donne son avis sur les les artistes, allant même jusqu'à lui promettre une rémunération pour chaque avis publié !

Tout commence dans la "Scout Room". Chaque Scout Room correspond à un genre de musique et peut contenir jusqu'à 1000 artistes. C'est ici que s'opérera la présélection. Du côtés des auditeurs (les scouts), on leur propose un lecteur avec lequel ils pourront noter et chroniquer les groupes. Chaque artiste ainsi noté rapportera de 0,10
£ à 0,25
£ au scout selon son niveau. Un scout qui se contentera de noter aléatoirement et lâcher deux trois mots par artiste restera toujours à 0,10
£ ; tandis qu'un scout régulier, donnant des avis élaborés, des conseils, et des notes qui correspondent aux moyennes, verra ses gains augmenter. Cela rappelle un peu le système utilisé dans Thesixtyone (voir notre article). Bien sûr, un minimum d'écoute par morceau est exigé afin d'éviter les cliqueurs furieux attirés par l'appât du gain. L'argent cumulé peut ensuite être retiré directement (minimum de 5
£) ou réinvesti dans un artiste en phase de financement.

Toutes les deux ou trois semaines, les 20 artistes les mieux notés dans la Scout Room passent à la salle supérieure, le "Showcases". Chaque membre de Slicethepie a alors droit à un seul et unique vote, qui déterminera le gagnant apte à passer en phase de financement. Il est aussi possible, dès cette étape, d'investir des parts sur un artiste. Si celui-ci obtient 3.000 parts (15.000
£), il sera bien entendu financé, sinon l'argent retourne aux investisseurs.

Quand un artiste est apte au financement, il doit réussir à cumuler 3.000 "Backstage Pass" à 5
£ chacun, soit 15.000
£. Un Backstage Pass est une sorte de pré-commande de l'album avec quelques avantages, un peu à la manière des forfaits de base sur Artistshare. En plus d'avoir l'album moins cher que lorsqu'il est distribué sur iTunes, ce Backstage Pass donne accès aux coulisses de l'enregistrement et tout ce que l'artiste décidera de partager (tickets de concert, etc.). L'achat d'un Backstage Pass accorde aussi un rabais sur l'achat de cinq actions (appelés "Contracts") qui passent de 1,50
£ à 0,50
£.

Une fois que l'artiste a atteint cette barre, il reçoit l'intégralité des 15.000
£ ; une somme que Slicethepie considère comme le minimum pour enregistrer, sortir, et promouvoir un album professionnel. L'artiste aura pour seule obligation de sortir un album dans les 6 mois qui suivent, puis de le distribuer au minimum via le partenaire de Slicethepie, TuneCore (distributeur sur les plateformes iTunes, Connect, Rhapsody, Napster, eMusic, Musicnet, etc.). Slicethepie jouera juste pendant ce temps le rôle de conseiller (quel studio choisir, quelle usine de pressage, etc.).

L'album est distribué exclusivement par Slicethepie pendant deux ans à compter de sa date de sortie. Pendant ces deux ans, des actions (les Contracts) peuvent être achetées et revendues. Un maximum de 15.000 Contracts sont mis en jeu. Au bout des deux ans, chaque Contract rapporte 1
£ par tranche de 10.000 albums numérique vendus, et 0.10
£ par tranche de 10.000 morceaux uniques vendus. A l'investisseur de revendre ses parts si il sent que son artiste va faire un flop, ou au contraire d'en racheter si il estime qu'il y gagnera. Une action (1.50
£) est donc rentabilisée à partir de 10.000 albums et 50.000 morceaux vendus, par exemple, ou 7.500 albums et 75.000 morceaux.

Notons que Slicethepie a pris soin de distinguer la partie "fan / production" de la partie "financeurs / retour sur les ventes". Une personne qui souhaite juste acheter l'album de l'artiste n'est donc pas obligée de prendre part au risque lié à la spéculation musicale. De même, un investisseur peut tout à fait miser par pur intéressement sans avoir quelconque attrait pour la musique de l'artiste promu.

Notre avis

Slicethepie est une sorte de compromis entre SellaBand et Artistshare. Au niveau de la production des albums, il se rapproche d'Artistshare dans la mesure où il se sert des achats en pré-commande pour financer l'enregistrement de l'album. En revanche, la sélection des artistes reste avant tout communautaire et ne dépend pas d'un directeur de catalogue.

L'aspect spéculation, qui le rapproche de SellaBand, est mis en bout de chaîne et n'a aucun aspect obligatoire. C'est l'avantage du système. Les spéculations financières n'influent pas sur la production de l'artiste, elles en sont complètement indépendantes. On ne demande pas aux fans de prendre des risques pour voir leur artiste produit, on leur demande juste de voter et de pré-commander leur album - au pire, ils récupèrent leur argent si celui-ci n'aboutit pas. Après, spécule qui en a envie.

Côté artistes, Slicethepie se contente du strict minimum. Comme on peut le lire sur le site, Slicethepie ne se considère pas comme un label mais comme un intermédiaire. Une fois les 15.000
£ octroyés, ce dernier ne peut profiter que des conseils de Slicethepie, rien de plus, ce qui, après tout, n'est pas forcément un inconvénient. Combien d'artistes, sur SellaBand ou Spidart, verront leur budget dépensé pour des choses dont ils n'ont que faire (envoi d'un CD aux fans, embauche d'un directeur artistique ne correspondant pas forcément à l'esthétique musicale). Ici, l'artiste est seul maître de ce qu'il dépense. D'ailleurs, les labels prennent souvent pour base de production un budget de 15.000
€. Avec un financement de 15.000
£ (21.000
€), on colle donc beaucoup plus à la réalité.

On regrettera en revanche que le site soit quelque peu obscur et difficile à appréhender, que ce soit dans la navigation, ou dans l'obtention des informations. Pourquoi, par exemple, ne pas avoir indiqué le nombre de personnes ayant misé sur un artiste afin de savoir quand il franchira la barre de production ? Par peur des réfractaires ?

Slicethepie ne semble pas fédérer encore assez d'artistes pour qu'il optimise son fonctionnement. Dès leur inscription, ceux-ci passent directement aux Showcases, voire à l'étape de financement. C'est ce qui explique que les inscriptions sont pour l'instant gratuites et que la Scout Room soit fermée (pas de frais d'inscription, pas de moyen de rémunérer le "scouting" comme promis).




Page 1. Introduction
Page 2. SellaBand
Page 3. Artistshare
Page 4. Spidart
Page 5. Slicethepie
Page 6. MyMajorCompany
Page 7. NoMajorMusik
Page 8. Problématiques
Page 9. Comparatif
 
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