


Spidart est le SellaBand dédié à la communauté française, spécificité qu'il ne se cache pas de mettre en avant. "Nos compétences et notre accompagnement ne peuvent se faire que dans ces trois pays (France, Belgique, Suisse), aussi par respect pour les artistes ne faisant pas partie des pays cités, nous ne souhaitons pas nous engager dans une promesse d’accompagnement illusoire" peut-on lire sur le site. Si vous n'avez pas lu la partie consacrée à SellaBand, nous vous invitons à vous y rendre pour plus de précisions, car ici seront avant tout abordées les caractéristiques qui l'en différencient.
Comme pour SellaBand, les artistes créent un profil sur Spidart, et doivent ensuite atteindre 50.000 € pour voir leur album produit. Pour cela, les internautes peuvent investir des parts de 10 €, qu'ils misent ensuite sur leur artiste d'élection. Une fois la barre des 5.000 parts franchie, l'album est enregistré, pressé, commercialisé, et chaque investisseur récupère une somme sur les ventes dépendant de la hauteur de son investissement. Les parts peuvent bien entendu être retirées à tout moment par l'investisseur afin de les transférer sur un autre artiste.
Spidart dipose d'un répertoire de producteurs beaucoup plus restreint que SellaBand. Seulement quatre, mais cela se compense par le fait qu'ils soient tous francophones.
La répartition des gains n'est pas détaillée, mais le modèle semble se rapprocher de celui de SellaBand, à savoir une répartition tripartite : un tiers à l'artiste, un tiers à Spidart, et un tiers à l'investisseur (divisé par le nombre de producteurs). Une fois l'album produit, une édition limitée est envoyée à l'investisseur mais là où le système diffère de SellaBand, c'est que sa version standard sera commercialisée via les plateformes tiers et non pas le site lui même. En plus de cette édition limitée, l'investisseur aura droit à des "bonus" suivant son niveau de participation : goodies, invitations aux concerts, au studio, etc...
Admettons que le CD soit vendu 18 € chez un disquaire type Fnac. Si on enlève la TVA et la marge du détaillant, cela nous ramène à 12 €, moins la marge du distributeur, 9 €, il reste 3 € (un tiers) pour l'ensemble des investisseurs. Pour un MP3 vendu à 0,99 €, une fois retiré la TVA et la marge de la plateforme (entre 20 et 30 %), on tombe à 0,55 €, soit 0,19 € pour les investisseurs. En divisant tout ça par 5.000 parts, on obtient donc ces résultats pour une part achetée :
| SellaBand | Spidart | |
| Pour un album vendu, l'investisseur touche | 0,0004 $, soit 0,0002 € | 0,0006 € |
| Pour un MP3 vendu, l'investisseur touche | 0,00002 $, soit 0,00001 € | 0,000038 € |
Contrairement à ce que l'on aurait pu attendre, cela rapporte plus d'investir dans Spidart, qui vend les albums par des tiers, que chez Sellaband, qui ne passe par aucun intermédiaire. Pourquoi ? La première raison est que SellaBand vend ses disques et MP3 à un prix largement en deçà de ce qui se fait sur le marché, ce qui ne devrait pas être le cas chez Spidart. On part donc d'une base de partage beaucoup plus restreinte. La deuxième est que les frais de pressage sont déduits du partage des revenus chez SellaBand, mais pas chez Spidart où ils bénéficient d'un poste spécial dans le budget de prod. De la même manière, pour le MP3, les frais techniques sont supportés par le distributeur chez Spidart, mais déduits du partage des revenus chez SellaBand.
Pour rentabiliser une part chez Spidart, il faut donc que l'artiste vende 16.600 albums ; ou plutôt, en reprenant le rapport ventes physique / numériques (voir méthodologie), 16.000 albums et 9.000 MP3, un album rapportant l'équivalent de 15 MP3.
Autre différence notable, le suivi de l'artiste. Sur SellaBand, on se contente d'être producteur de disque. Chez Spidart, on promet une gestion beaucoup plus englobante de son projet : organisation de concerts, diffusion webradio, réalisation d'un clip, promotion, tournée, distribution, etc. L'investisseur est aussi impliqué dans une plus grande proportion que sur SellaBand : il est invité au studio, aux concerts, etc.
Le développement promotionnel est ce qui explique qu'être produit chez Spidart coûte plus cher que sur SellaBand (35.000 €). Les 15.000 € de différence correspondent en effet à la part du budget promotionnel prévu. 25.000 € sont consacrés à la production, et 10.000 € au pressage de l'album (édition limitée et standard).
Si l'on résume donc l'idée, Spidart est une copie parfaite de SellaBand, mais qui a choisi de s'en distinguer par ces quatre principales caractéristiques :

Notre avis
Spidart est relativement jeune. Il existe depuis deux mois à peine et reste donc difficilement évaluable. Nous vous invitons à vous rendre à la fin de ce dossier pour ce qui concerne les problématiques propres à ce genre de système, qui sont les mêmes que pour d'autres plateformes traitées dans le dossier.
Pour ce qui relève de ses spécificités propres, nous pouvons d'ores et déjà dire que si Spidart ne fait pas preuve d'une grande originalité par rapport à SellaBand, il a cependant eu la bonne idée de reprendre le concept en palliant ce qui constituait ses défauts essentiels : l'anglophonie exclusive, et le manque de suivi des artistes.
Spidart ne veut pas se cantonner à un simple marchand de disque qui soulagerait sa conscience marketing en se disant que les fans feront tout le boulot pour lui. Spidart promet un véritable travail de promotion en plus du buzz que répandront naturellement les fans. On peut donc espérer que le site, un peu à la manière d'un label traditionnel, chouchoute son poulain, le fasse connaître à la presse, lui organise une tournée, et ne le laisse pas seul avec son album entre les mains. La somme requise est certes parmi les plus importantes de ce type de site, mais le travail fait derrière promet (peut-être ?) de meilleures ventes.
Dressons tout de même un petit blâme à Spidart pour son manque de transparence. On nous promet une FAQ mieux fournie d'ici la fin de l'année mais à la rédaction de ce dossier, les informations fournies se résument à leur plus simple expression. On pose la somme de 50.000 € comme une donnée acquise sans l'expliquer pour autant ; on effectue une préselection d'artistes sans en avertir personne ; autant de manques qui, on l'espère, devraient être assez vite corrigés.
Reste à savoir si le site, fraîchement sorti du moule de ses concepteurs, aura de quoi élever des sommes aussi hautes que celles de SellaBand car là est la grande difficulté. SellaBand, qui possède pourtant une audience internationale, n'arrive à produire que ses artistes les plus grand public. Alors que dire de Spidart, dont le bassin d'investisseurs potentiels se révèle beaucoup plus restreint ? Autant le dire tout de suite, seuls les artistes suffisamment consensuels passeront, ce qui est en parfaite contradiction avec l'image que le site veut donner : la mamie qui produit du death metal. Pour le death meta, il faudra sans doute attendre, longtemps, très longtemps...