![]() ![]() Interview : Laurent Petitgirard (SACEM)
![]() Ratiatum.com : Pouvez-vous nous éclairer sur la situation du conflit entre e-Compil et la Sacem ? Votre institution a régulièrement dénoncé le refus d'Universal de signer avec vous, ce qui selon Jean Vincent de l'ADAMI pose la société en situation de contrefacteur. Confirmez-vous ces déclarations ? Laurent Petitgirard : E-compil, tout comme Universal Mobile a refusé de signer les contrats que tous les autres intervenants du secteur avaient accepté. Pascal Nègre est un producteur important mais rien ne justifie qu'il n'acquitte pas les droits d'auteurs. Nous avons donc assigné sur ces deux points Universal et nous l'avons fait sans état d'âme. Ratiatum.com : Si l'on regarde le rapport 2003 de la Sacem, l'ensemble des indicateurs semblent aux vert, à l'exception de la vente de CD. Les auteurs et compositeurs ne semblent pas frappés par la crise qui secoue les producteurs, puisque la Société a connu deux hausses successives de 5,4% dans ses montants perçus, qui elles-mêmes faisaient suite à une hausse de 6,9%. Comment dans ce contexte favorable justifier les plaintes qui visent les mêmes personnes que celles qui indirectement, en allant aux concerts, en allant dans les bars ou en achetant des CD vierges, participe à la montée du revenu global des auteurs-compositeurs ? Laurent Petitgirard : D'abord n'oubliez jamais qu'il y a de plus en plus d'ayant droits et que la répartition concerne de plus en plus de sociétaires (une progression de 5 à 6.000 nouveaux adhérents chaque année). Il n'y a pas de progression individuelle significative. Ensuite l'augmentation du nombre de manifestations musicales aurait dû servir à mieux rémunérer les auteurs, pas à compenser les pertes. Enfin ce ne sont pas forcément les mêmes qui récupèrent ce qui a été perdu. Les plaintes sont conformes à la loi, mais reconnaissez que nous en avons déposé très peu. Ratiatum.com : Quelle est la position de la Sacem en matière de copie privée ? Considérez-vous que l'enregistrement de musique à partir de la radio sur une cassette audio magnétique est légale ? Qu'en est-il des enregistrements numériques réalisés à partir d'une radio diffusée sur Internet ? Qu'en est-il du simple téléchargement de fichiers MP3 ? Laurent Petitgirard : La copie privée est un droit reconnu par la loi avec en compensation une redevance sur les supports vierges et certaines mémoires du type iPod (il a fallu se battre contre Apple pour cela). Aussi longtemps qu'il est appliqué dans le cadre du cercle familial, c'est-à-dire qu'il ne dépasse pas un nombre limité de copies, qu'il n'en est pas fait commerce et que la source de la copie est licite, il n'y a aucun problème à son application. Ratiatum.com : Vous refusez en bloc l'idée d'une licence légale pour Internet. Il coûte plus de 10.000 euros à un internaute de remplir son iPod avec de la musique téléchargée légalement sur les plateformes type iTunes. Certains systèmes aux Etats-Unis, qui arrivent en France, préfèrent à la méthode du paiement à l'unité un abonnement illimité, pour une somme d'environ 15 euros par mois, mais dans ces cas là les clients ne possèdent pas la musique qu'ils louent et la perdent totalement lorsqu'ils quittent le service. Si ça n'est par une licence légale, comment concilier la nécessaire rémunération des auteurs avec la demande du public de pouvoir écouter ce qu'ils veulent, quand ils veulent, et sans limitation ? Laurent Petitgirard : Le droit exclusif permet seul l'identification des oeuvres utilisées à l'unité près et donc la répartition juste et précise des sommes perçues. L'abonnement qui donne droit à tout n'importe comment dévalorise complètement la notion d'oeuvre. Que des formules ouvrant droit à un certain nombre de téléchargements soient trouvées, tant mieux. Mais le robinet à musique contre une somme mensuelle, ce à quoi reviendrait la Licence Légale, aurait un certain nombre d'effets pervers : non seulement les sommes reçues seraient en baisse très importante, mais on ne pourrait les répartir que par sondage, c'est-à-dire que tous les petits en seraient exclus. Désolé mais si le public veut tout en ne payant que très peu, ce n'est pas possible et ce dans aucun domaine de notre vie courante. Pourquoi demander à la musique ce qu'il ne viendrait pas à l'idée de demander à son boulanger ? Ratiatum.com : Le 9 décembre dernier la Sacem invitait la filière musicale à se demander si "la création musicale est encore possible en 2005". Votre réponse a cette question ? Laurent Petitgirard : Nous sommes passés d'une ère où l'on se demandait "Qui va produire mes oeuvres?" à "Qui va distribuer ce que j'ai fini par produire moi-même ?". Le Net offre l'illusion que notre travail est accessible à tous, mais c'est perdu dans l'immensité de la Toile. C'est vrai techniquement, mais se faire connaître pose toujours les mêmes problèmes de promotion et donc d'investissements. Notre société a les défauts de ses qualités. Des multiples moyens d'expression mis à la disposition du public naît l'illusion que tout le monde est artiste et des émissions comme StarAcademy n'arrangent rien. Oui la création musicale est possible en 2005, difficile et complexe certes, mais réalisable à coups de sacrifices et d'efforts, encore faut-il avoir quelque chose à dire d'intéressant et en avoir les moyens artistiques. Ratiatum.com : Merci d'avoir répondu à ces questions que beaucoup de P2Pistes considèrent importantes. Souhaitez-vous ajouter quelque chose ? Laurent Petitgirard : Je vous remercie également mais je voudrais profiter de cet entretien pour répondre, en donnant des informations précises, à certaines réactions aux précédents interviews que j'ai lues sur les différents sites intéressés. D'abord je signale qu'il ne faut pas oublier la part de la TVA de 19,6% sur les 99 euros du téléchargement et que les auteurs-compositeurs-éditeurs ne reçoivent qu'environ 7 centimes d'euros. Si j'ai indiqué que le prix d'un euro pour le téléchargement d'une chanson était raisonnable, c'est en tenant compte de l'impact sur la gestion de l'installation et de la programmation de toutes ces plates formes. J'espère bien, mais je parle ici à titre personnel, que le prix pourra baisser et les quantités de vente augmenter en parallèle ce qui serait profitable à tous. J'ai lu des inepties sur les salaires des dirigeants de la Sacem, soi-disant de plusieurs dizaines de millions d'euros annuels. Vous comprendrez que n'ai pas ici à donner de détails mais bien évidemment ni dizaine ni même un million d'euros, personne n'est à ce niveau, ce serait indécent, je vous le garantie de la façon la plus formelle. Je rappelle également que je préside un Conseil d'Administration d'auteurs, compositeurs, éditeurs, qui ne sont en aucune façon salariés, mais qui reçoivent des indemnités tout à fait raisonnables, votées chaque année par l'Assemblée Générale. Enfin ce Conseil de 19 membres est très démocratique, avec une rotation de ses membres garantie par une année de sommeil obligatoire après chaque mandat de trois ans. Mes fonctions s'arrêteront en juin prochain et c'est très bien comme cela. Propos recueillis par Guillaume Champeau
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