Economie de la culture numérique : la réflexion avance
 
Economie de la cutlure numérique : la réflexion avance

La mutation nécessaire des intermédiaires


Contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord, la création n'est pas en danger. Il y a toujours eu des artistes, bien avant l'apparition des majors, des disques et d'Internet. Certes, si rien n'est fait pour préserver la rémunération des artistes, c'est tout un système qui s'effondrera et toute une génération d'artistes qui en subira les conséquences. Cependant, il ne fait aucun doute que le monde artistique saura à terme s'impliquer dans un nouveau système qui lui permette de survivre, tout simplement car des sociétés comme les nôtres ne sauraient se passer d'eux.


Ceux qui risquent le plus gros dans cette affaire sont clairement les intermédiaires (producteurs/majors, distributeurs...).


En effet, la diffusion massive de contenu sur Internet n'enlève en rien la nécessité de disposer de créateurs pour ces contenus, mais minimise considérablement le rôle des intermédiaires. L'immobilisme intellectuel des majors face au problème des téléchargement sur Internet, bien qu'inacceptable, est compréhensible : elles ont beaucoup à perdre avec ce système, à commencer par la mainmise absolue qu'elles détiennent sur la création.


En effet, en quelques années, cette poignée de sociétés a réussi


d'une part à prendre le contrôle de la création, les artistes étant totalement à leur merci


d'autre part à profiter odieusement du public en pratiquant des prix dissuasifs (expliquant en partie le succès du piratage) avec des marges abominablement élevées.


De plus, la distribution, diffusion et promotion d'une
œuvre via Internet nécessite infiniment moins de moyens que dans les circuits traditionnels. Internet permet de rapprocher les artistes de leur public comme jamais ils ne l'ont été ! En effet, grâce à la démocratisation du numérique et d'Internet, un artiste courageux et un peu au fait des technologies web peut se débrouiller seul, et s'auto-produire à moindres frais. La part revenant de droit aux intermédiaires (producteurs) doit donc pouvoir être réduite en conséquence.


Grâce ou à cause d'Internet, le rôle fonctionnel et économique des intermédiaires est considérablement réduit, car ils ne sont plus indispensables mais seulement 'potentiellement utiles' (pour décharger l'artiste de tâches dont il ne désire pas s'acquitter lui-même).


D'une situation de monopole, les intermédiaires vont devoir revenir au réel service des artistes et, c'est nouveau, devenir également fournisseur de services pour les consommateurs. Les producteurs, et non plus les artistes, sont les demandeurs.



N'étant plus en position de force, les intermédiaires ne seront plus en mesure d'exiger les marges démesurées qu'ils font actuellement, ce qui réduit encore d'autant la valeur commerciale de la musique en ligne.


La musique en ligne a donc une valeur commerciale infiniment moindre que dans nos circuits actuels, sans pour autant remettre en cause les revenus théoriques de ceux qui méritent pleinement de vivre de la création : les artistes.


C'est donc bien aux intermédiaires d'être moins gourmands et de se restructurer en conséquence.



Tentative de bilan économique


Admettons que la baisse des ventes de CD (et DVD... mais occupons nous déjà des CD) soit majoritairement due aux téléchargements sur Internet (c'est probablement faux aujourd'hui mais ce sera sûrement bientôt vrai).


En se référant à la répartition des coûts d'un CD vendu dans le commerce [4], il est possible d'analyser la valeur commerciale correspondant à chaque CD non vendu à cause du téléchargement : il suffit de retirer du prix du CD tous les coûts qui n'ont plus lieu d'être dans le cas d'une migration de la distribution vers le net.


Le but de ce calcul est d'estimer tant bien que mal la somme d'argent globale qui devrait en toute rigueur et justice être payée par les internautes pour compenser la baisse des ventes de CD.


La méthode consistera à rechercher :


la préservation des revenus globaux accordés actuellement aux artistes


la juste valorisation de la part de travail des intermédiaires (producteurs...) qui restera nécessaire, même dans le cadre d'un transfert de la consommation vers le téléchargement sur Internet.


Le prix courant d'un CD est environ 20 euros TTC, soit 16,72 euros HT.


Dans les meilleurs cas, 26% vont aux artistes (auteurs et interprètes), soit 4,35 euros. Il n'est bien sur pas question de toucher' à cette part.


22%, soit 3,68 euros vont au distributeur. Dans le cas d'une diffusion via Internet, les coûts de diffusion sont nuls (si un système P2P est utilisé) ou simplement dérisoires (cas d'un système propriétaire). On doit donc déduire ce coût de la valeur du CD, ce qui nous amène à 13.04 euros HT.


52% (8,69 euros) vont ensuite au producteur, dont les rôles sont multiples. N'ayant pas accès aux comptes détaillés des majors, il est bien difficile d'estimer précisément quelle est la part de valeur qui se justifie encore dans un environnement " Internet " et celle qui ne se justifie plus. Cependant, il est possible de réaliser quelques estimations. Les coûts de fabrication interviennent pour 1,82 euros (21% des 52% du producteur). Bien sur, ce coût est à déduire. Sur Internet, le coût de fabrication est nul. Cela nous chiffre la valeur d'un CD à 11.22 euros. Reste dans ce montant la part des frais d'enregistrement (0,52 euros), totalement indépendant du mode de distribution donc intouchable, et


- les frais de promotion (2,69 euros, soit 31% des 52% du producteur)


- les frais généraux de la maison de disques (2,17 euros, soit 25% des 52%)


- sa marge d'exploitation (1,48 euros soit 17% des 52%)


Internet permet de réaliser la promotion d'une
œuvre à moindre coût (via des sites Internet et les réseaux P2P). Il serait inacceptable que les Internautes aient à payer pour des circuits de promotion coûteux qui ne les concernent pas. Même s'il est difficile d'évaluer ce que serait le coût de la promotion sur Internet, on peut l'estimer largement inférieure à 1 euro, ce qui fait une économie d'au moins 1,69 euros supplémentaire. La valeur de chaque CD non vendu tombe donc à 9,53 euros. Les frais généraux des producteurs représentent 25% de leurs 52%, donc de leur chiffre d'affaire ce qui est assez habituel dans les grandes entreprises.


Cependant :


- si l'on met de coté la marge brute (démesurément élevée pour cause de position dominante), les frais généraux représentent 30% des coûts totaux. Dans la mesure où le rôle de l'intermédiaire est considérablement amoindri (pas de distribution, frais de promotion réduits, pas de fabrication...), ce travail devient accessible à de plus petites structures, mieux organisées et plus productives. Dans cette optique, des frais généraux représentant 25% des coûts globaux (hors marge d'exploitation) me parait être le maximum acceptable. Or nous venons juste d'évaluer les frais directs de l'intermédiaire à seulement 0,52euros (enregistrement)+1euro (promotion)+ 0 euro (fabrication), soit 1,52 euros, ce qui représente des frais généraux de 0,51 euros par CD, soit 1.66 euros de moins que ce que dépensent les intermédiaires dans le système actuel ! Ceci nous ramène le prix du CD à 7,87 euros.


D'autre part, le développement de la musique sur Internet place les intermédiaires plus en situation de demandeurs' que demandés'. La concurrence sera forcément plus forte dans ce milieu étant donné que leur action nécessitera des capitaux bien moindres qu'aujourd'hui. Dans ce contexte, une marge d'exploitation confortable de 1,48 euros n'est absolument plus envisageable. Ajoutons un raisonnable 10% de marge d'exploitation aux 1,52 euros + 0,51 euros consommés' par l'intermédiaire, et nous arrivons à une marge de 20 centimes d'euros (à comparer aux 1,48 euros actuels), et nous baissons ainsi encore la valeur d'un CD à 6,59 euros. Ajoutons 19,6% de TVA, ce qui nous donne une valeur finale du CD invendu à 7.9 euros TTC.


Pour calculer le montant global de la valeur de la musique diffusée via Internet, il suffit donc simplement de multiplier cette somme par le nombre de CD correspondant à la baisse des ventes.


Attention, le coefficient multiplicateur à appliquer est bien le nombre de CD correspondant à la baisse de ce marché, et non le nombre de téléchargement. Qu'une
œuvre soit téléchargée autant de fois qu'elle se vend aujourd'hui en CD ou 100 fois plus, les coûts pour les acteurs de ce marché (artistes et intermédiaires) seront pratiquement les mêmes. Rien ne justifie donc que leurs revenus globaux soient influencés par l'augmentation des acquisitions'. Cette sur-diffusion est rendue possible par la seule technologie et non par le travail des artistes et producteurs. C'est donc à l'utilisateur de cette technologie (l'internaute) de bénéficier de ces avantages : pouvoir accéder à un contenu pratiquement illimité pour le même coût que représentait auparavant l'accès restreint aux
œuvres accordé par son budget.


Toute la question est de savoir comment prélever cet argent auprès des internautes téléchargeurs de créations copyrightées', ce qui permettrait de légaliser leur action sans préjudice pour la création.




Page 1. Introduction
Page 2. Mutation des intermédiaires
Page 3. Les pistes
Page 4. Conclusion
Page 5. Bibliographie
 
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