Non, on ne peut pas dire que rien n'a changé depuis la loi DADVSI. Certes, le gouvernement est toujours aux ordres des lobbys culturels. Certes, ces derniers ressortent toujours les mêmes caricatures sur les internautes qui ne voudraient que la gratuité et la liberté. Certes, les députés qui s'opposent sont les mêmes qu'il y a trois ans. Mais il y a une chose qui a changé depuis 2005 : l'accueil que la presse réserve au nouveau projet de loi antipiratage. Et ça n'est pas bon signe pour Christine Albanel.

Il y a trois ans, lorsque Renaud Donnedieu de Vabres avait présenté son projet de loi DADVSI pour protéger les droits d’auteurs contre les méchants pirates, la presse s’était rangée presque unanimement du côté du gouvernement. Il n’y avait guère à l’époque que le Nouvel Obs pour lancer un appel à la licence globale. Dans les rédactions, la méconnaissance du sujet et le sentiment qu’il s’agissait avant tout d’un débat d’experts avait convaincu les journalistes de prêter peu d’attention à la loi DADVSI. Il aura fallu qu’une alliance inattendue de députés socialistes et UMP votent en surprise un amendement favorable à la licence globale pour que les journaux se saisissent du projet de loi, et commencent à réfléchir à l’intérêt intrinsèque de chasser les pirates.

En 2008, au moment où le gouvernement reconnaît l’échec de la loi DADVSI et présente le projet de loi Hadopi (« cette fois, ça va marcher ! »), la presse est plus affutée… et beaucoup plus circonspecte.

« Toute l’énergie et les sommes dépensées ainsi que le temps perdu pour mettre au point un système de répression lourd, et peu efficace, ramènera les ayants droit à la réalité de leur marché : la priorité, depuis 2000, était de trouver une solution économique à la crise prévisible d’un secteur, et ensuite de trouver éventuellement des solutions répressives« , sanctionne Estelle Dumout sur Zdnet. Mais il n’y a pas que la presse spécialisée qui s’étonne de l’opportunité et de la proportionnalité du projet de loi.

Libération et Le Figaro reviennent avec malice sur la communication de Christine Albanel, qui a affirmé que le projet de loi avait été validé en tout point par le Conseil d’Etat, alors qu’il a en fait été critiqué et amendé. « En rajoutant de nouvelles contraintes à un texte déjà très lourd, le conseil d’Etat fait donc un cadeau empoisonné à Christine Albanel. Même si elle s’était (très vite) félicitée de cet avis favorable de la haute juridiction, elle aura bien du mal à défendre sur la longueur un texte qui ressemble de plus en plus à une usine à gaz inapplicable et coûteuse« , jugent Astrid Girardeau et Erwan Cario pour le journal de gauche. « Internet ne réussit décidément pas au gouvernement […] Cette semaine, c’est Christine Albanel, ministre de la Culture, qui est victime d’un effet d’annonce prématuré« , attaque Samuel Laurent dans celui de droite.

Même France Info, la neutralité même, s’en mêle. « Si le consensus paraît impossible en la matière, la loi Hadopi aligne déjà une liste impressionnante d’opposants« , rappelle le site de la radio. « Déjà, le Parlement européen, la Cnil, l’Arcep (le gendarme des télécoms) et le Conseil d’Etat ont émis des avis critiques sur plusieurs points de la loi. Selon le principe de la riposte graduée, une « sanction » pourrait finir par tomber…« 

Dans Le Monde, la journaliste Nicole Vulser qui se contente d’ordinaire de paraphraser la propagande des lobbys de la culture, y va elle aussi de sa petite conclusion assassine (par rapport à la prose habituelle de Mme Vulser) : « Ce projet suscitera sans doute des réactions politiques épidermiques au sein même de la majorité. C’est peu dire que Christine Albanel aura besoin de toute sa diplomatie pour défendre ce projet devant le Parlement.« 

Libération, qui a consacré plusieurs articles au sujet, enfonce encore le clou avec Erwan Cario : « L’industrie musicale a déjà fait preuve d’une passivité rare en refusant de s’adapter aux évolutions technologiques. Le premier logiciel de peer to peer (échange gratuit de fichiers), Napster, date de 1999. A l’échelle d’Internet, une décennie, c’est une éternité. Et les majors du disque s’arc-boutent sur la défense d’un modèle voué à l’extinction. S’il leur faut encore dix ans pour réagir, les évolutions se feront sans elles. En espérant juste qu’elles n’entraînent pas trop de monde dans leur chute. »

Finalement, mis à part L’Humanité qui n’a pas dû recevoir la dépêche de ce matin, il n’y a guère que le Nouvel Obs pour publier un article minimaliste sur la loi Hadopi, qui évite de prendre la moindre position.

Mais que s’est-il donc passé au Nouvel Obs depuis son appel vibrant contre la loi DADVSI ?

Rien…

à part peut-être, à bien y réfléchir… l’arrivée de Denis Olivennes à la direction du journal.

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