Riposte graduée : où seront les preuves ?
Guillaume Champeau -
publié le Lundi 09 Juin 2008 à 12h26 -
posté dans Société 2.0
![]() Nous avons déjà épinglé vendredi la loi "Création et Internet" en listant ce qui sont selon nous 10 bonnes raisons de rejeter la loi Hadopi. Nous pouvons en ajouter aujourd'hui une onzième : la grande faiblesse des preuves qui seront utilisées par la Haute Autorité pour prononcer les sanctions à l'encontre des P2Pistes. L'Université de Washington prouve en effet qu'il est simple de faire accuser un internaute innocent. Sur le principe, le projet de loi Hadopi prévoit que la Haute Autorité instruit ses dossiers de riposte graduée à partir des relevés d'infraction réalisés par les ayants droit. Ceux-là font appel à des sociétés spécialisées dans la chasse aux adresses IP sur les réseaux P2P, qui constatent la mise en partage illicite d'une oeuvre et notent la date et l'heure de l'infraction, en face de l'adresse IP du délinquant présumé. Or une étude (.pdf) réalisée par l'Université de Washington arrive à point nommé pour rappeler l'extrême fragilité des procédés employés pour relever l'identité des internautes coupables de téléchargement illégal sur Internet. Les chercheurs Michael Piatek, Tadayoshi Kohno et Arvind Krishnamurthy ont démontré qu'il était très facile de tromper les systèmes de surveillance pour accuser volontairement ou non des internautes totalement innocents. Ils ont ainsi manipulé des trackers BitTorrent comme n'importe quel internaute peut le faire, pour pointer vers des adresses IP internes à l'Université, qui ne servent à aucun ordinateur. L'effet est probant. L'Université a reçu des plaintes de la part d'ayants droit pour des uploads qui auraient eu lieu à partir... d'imprimantes ou de routeurs WiFi. Malaise. Le principe de la manipulation est assez simple. Pour télécharger un fichier sur BitTorrent, il faut d'abord télécharger un fichier .torrent qui pointe vers un ou plusieurs trackers. Ces trackers enregistrent la liste des adresses IP de tous les utilisateurs qui partagent le fichier, soit parce qu'ils l'ont déjà téléchargé en entier (les "seeds"), soit parce qu'ils ont commencé à le télécharger et qu'ils peuvent en redistribuer des morceaux (les "peers"). Dès qu'un utilisateur souhaite télécharger le fichier, le tracker lui communique sa liste d'adresses IP. Or certains trackers, pour des raisons parfaitement légitimes (l'utilisation d'un proxy par exemple), permettent aux clients BitTorrent de déclarer en tant que peer une autre adresse IP que celle utilisée pour contacter le tracker. Il est alors possible de glisser celle d'une imprimante en réseau... ou celle d'une victime parfaitement innocente. Or à la grande stupeur des chercheurs, une majorité des chiens de garde de l'industrie culturelle se contentent d'initier une communication avec le tracker pour récupérer la liste des adresses IP, et prennent ce listing pour argent comptant. Sans vérifier que le contenu est effectivement mis à disposition par l'internaute qui se cache derrière l'IP. La manipulation peut être effectuée de la même manière avec eMule et l'ensemble des réseaux P2P décentralisés. Il suffit à des internautes malicieux de déclarer de fausses IP d'internautes partageant soit-disant le fichier piraté. En faisant une recherche de sources de téléchargements, les ordinateurs des sociétés anti-piratage obtiennent une liste d'adresses IP qui peut contenir celles d'internaute parfaitement innocents. Mais ces derniers ne pourront jamais le prouver. Tout irait bien si, en France, les sociétés anti-piratage ne se contentaient pas d'obtenir les listes d'adresses IP à partir de trackers BitTorrent ou de recherches sur les réseaux P2P, mais initiaient systématiquement un téléchargement pour vérifier que le contenu recherché est bien partagé illégalement. Dans ce cas, et à condition de prouver que le fichier partagé est bien un fichier piraté, la preuve serait solide. Sauf que la CNIL, pressée par le Conseil d'Etat de donner son autorisation à la chasse aux pirates, a validé un processus qui repose uniquement sur la recherche des adresses IP sources, et qui n'impose pas qu'un téléchargement soit initié sur chacune des adresses IP relevées. La loi Création et Internet, si elle voyait le jour, institutionnaliserait un procédé de sanction automatisé qui non seulement comporte un haut risque d'injustice, mais qui en plus ne donne aucune chance aux internautes accusés à tort de prouver leur innocence. Il faudrait quand même que le gouvernement réponde à cette simple question : comment un internaute peut-il prouver qu'un jour donné à une heure donnée, il n'a pas partagé l'oeuvre qu'on le suspecte d'avoir partagée. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Riposte graduée : où seront les preuves ?»
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Butterfly
le 09/06/2008 à 13:05
Ils essayent avec entêtement inégalé de pondre une loi ridicule, donc on va pas en plus leur demander de réfléchir ou de comprendre que devant un juge les sanctions sauteront pour manque de preuves...
Voilà donc même si je ne télécharge pas de produits Majorés, je risque quand même des poursuites. Et sans aucune possibilité de défense.
Super ! Tel la justice, la pédagogie sera aveugle et va frapper un bon paquet de newbie complètement innocent..
Donc si on trouve des IP des machines de l'Elysée, on peut arriver à faire couper la connection du président ?
J'imagine bien le coup, faire passer pour pirates les IP d'Univers Sale si en effet le procédé est automatisé, ce serait intéressant que les plages d'adresses ip des ayants droits et autre politiques impliqués commencent à circuler
"Donc si on trouve des IP des machines de l'Elysée, on peut arriver à faire couper la connection du président ?
J'imagine bien le coup, faire passer pour pirates les IP d'Univers Sale et autres. Les loups s'entredéchireront lol" Lol le président de la république est intouchable pendant toute la durée de son mandat ... Ensuite faudrait que l'info soit divulguée dans les médias que l'ip de pascal negre et pas étouffée ... La justice ?
Ou l’on voit comment se profile l’horizon avec la réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) au sein duquel les magistrats deviendront minoritaires. la suite sur le monde Lorsque la CNIL a autorisé la SACEM à relever les adresses IP, elle n'a pas pour autant attesté de la qualité du procédé. Et dire que les IP relevées sont bien en lien avec une infraction, cela reste encore de la compétence d'un juge. Il faut donc espérer que les juges ne sont pas dupes de la qualité des informations qui leur sont transmises.
Maintenant pour en revenir à cette autorisation de la CNIL, qu i n'avait d'autre choix que de se conformer à la décision du Conseil d'Etat, elle peut légitimement être remise en cause par l'Europe qui considère qu'une adresse IP est une donnée personnelle... L’Europe considère que la coupure d’internet est une atteinte au droit de l’homme, pour l’ip pas encore de texte précis et ça se bagarre sec avec les sociétés qui stockent les ip pour la pub. En France c’est le flou le plus total
pcinpact.com En France, sur le rôle de l’adresse IP, l'article 2 de la loi du 6 janvier 1978 expose clairement que « toute information relative à une personne physique qui peut être identifiée, directement ou indirectement par référence à un numéro d'identification ou à un ou plusieurs éléments qui lui sont propres constitue une donnée à caractère personnel ». Mais la justice française n’a pas toujours eu cette analyse. Dans des affaires de contrefaçon sur les réseaux P2P, la Cour d’Appel de Paris a estimé au contraire que « cette série de chiffres ne constitue en rien une donnée indirectement nominative relative à la personne dans la mesure où elle ne se rapporte qu’à une machine, et non à l’individu qui utilise l’ordinateur pour se livrer à la contrefaçon ». Mais plus tard, dans l’affaire Techland Call of Juarez, la justice a estimé au contraire que l’adresse IP est bien une donnée nominative dont le traitement sans autorisation conduisait à l’annulation des procédures subséquentes. Il faudrait qu'un pirate s'occupe de PC personnel de notre chère ministre de la culture, comme ca on pourrait connaitre sont adresse ip 24h/24 et un logiciel mod-bittorrent se mettrait automatiquement à jour en fonction grâce au tracker et n'importe quel relevé pointerait chez elle... Donc après 500 milliard de plainte automatisées envoyé en une semaine, sont abonnement internet devrait être fermé pour 100 ans au moins ^^
Après il ne resterait plus qu'a changer de personne au fil des jours... "ou seront les preuves ?" j'ai bien envie d'un commentaire peu constructif en trois lettres, qui reflettera bien la réalité
j'vous donne un indice: ca commecne par D ca fini par C Donc si j'ai bien compris il faudra qu'on manipule certains tracker pour leur donner des IP d'administrations, de ministères ou autres commissariats et on devrait bien rigoler , non ?
'Darklite', le 01/01/1970 - 01:00 Il faudrait qu'un pirate s'occupe de PC personnel de notre chère ministre de la culture, comme ca on pourrait connaitre sont adresse ip 24h/24 et un logiciel mod-bittorrent se mettrait automatiquement à jour en fonction grâce au tracker et n'importe quel relevé pointerait chez elle... Donc après 500 milliard de plainte automatisées envoyé en une semaine, sont abonnement internet devrait être fermé pour 100 ans au moins ^^ Après il ne resterait plus qu'a changer de personne au fil des jours... Essaye avec celle la 143.126.211.220 ou celle la 213.41.120.195 Le seul problème, c'est qu'aujourd'hui, les jugements rendus par les juges de proximités qui régleront ces affaires sont sans appel. Les plaignants pourront faire valoir leurs droits mais les juges de proximité les écoutent rarement vu qu'ils n'ont pas d'avocat. Le représentant du procureur demandera une amende que le pauvre type devra payer puisqu'il aura tort. Seule solution pour gagner, la cassation mais alors là, il faut avocat et gagner n'en vaut plus le coup. C'est le principe des amendes minorées si on paye sur le champ.Tout le monde paye même ceux qui sont pas en infraction car devant le juge on à toujours tort.
Vive la France, pays des droits de l'homme, magnifique pays où on est présumé coupable jusqu'à que votre innocence soit prouvé ! tiens c'était pas l'inverse avant ?
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