La commission Nouvelle Télé Publique nage dans le flou
- publié le Jeudi 22 Mai 2008 à 12h31 - posté dans TV Numérique
Pirater cet article !
Imprimer

Jean-François Copé a apporté hier quelques précisions sur les modèles envisagés par la commission Nouvelle Télé Publique ; ces modèles censés compenser le manque à gagner des chaînes publiques après suppression de la publicité. Trois scénarios sont envisagés : l'augmentation de la redevance, la taxation des chaînes privées, opérateurs et FAI, ou la taxation de l'électronique grand public.

Alors que nous évoquions hier la main tendue par les opérateurs télécom concernant le financement des chaînes publiques après suppression de la publicité, Jean-François Copé a tenté d'être plus clair quant aux options envisagées par la commission Nouvelle Télé Publique, en charge du dossier.

"Il y a plusieurs scénarios possibles" a-t-il déclaré à la presse. Premier choix : augmenter la redevance TV, aujourd'hui établie à 116 euros. Christine Albanel s'est déjà montrée favorable à cette option ; Nicolas Sarkozy nettement moins car cela irait à l'encontre de ses engagements électoraux. C'est vers cette solution que va aussi la préférence de sociétés d'auteurs comme la SACD ou la Sacem.

Notons au passage que cette redevance serait étendue aux appareils équipés d'un tuner TV. Cette extension risque de ne pas être accueillie avec enthousiasme par les consommateurs. Mais, d'un autre côté, et en dehors de toute polémique concernant la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, elle paraît inéluctable. Est-il logique, en effet, que ceux qui possèdent un téléviseur soient assujettis à cette taxe et pas ceux qui profitent d'un même contenu sur un ordinateur ? Avec la diversification des supports pour recevoir la télévision, il semble nécessaire que tout le monde soit mis sur un pied d'égalité.

La deuxième option, à laquelle se montre favorable Jean-François Copé, ce serait la taxation des opérateurs Internet, des téléphones mobiles sur leur chiffre d'affaire, la taxation des chaînes privées sur leurs recettes publicitaires, ainsi qu'une plus large part de la redevance accordé à France Télévision. "L'idée, elle est simple" explique Patrice Martin-Lalande, membre de la commission. "Quel que soit celui qui produit et qui diffuse à la télévision, [il doit être] traité de la même manière". Simple ? On ne peut s'empêcher pourtant de constater la complexité de sa mise en oeuvre.

Pendant que les chaînes privées se font taxées sur leurs recettes publicitaires, les opérateurs et FAI, eux, le sont sur leur chiffre d'affaire (on parle de 0,5 %). C'est ce qui fait monter Frank Esser au créneau, lorsqu'il exige que tout le monde soit traité également, et que les opérateurs et FAI soient taxés sur leurs recettes publicitaires plutôt que sur leur chiffre d'affaire. On le comprend ; il va falloir trouver une mesure juste pour tout le monde. Quant aux chaînes privées, elles semblent déjà s'être préparées à protester dans l'hypothèse d'une extension de la taxe à leur chiffre d'affaire puisqu'elles viennent de monter l'Association des Chaînes privées pour défendre d'une même voix leurs intérêts.

Pour ce qui concerne la part plus grande de la redevance mangée par France Télévisions, cela ne serait pas non plus dénué de conséquences. Ce que l'on prend d'un côté est retiré aux autres. La commission aurait donc prévu dans ce cas de figure de gratter sur la part de RFI et de l'INA pour un total de 140 millions d'euros. Au lieu d'avoir moins de moyens pour France Télévision, on préférerait en donner moins pour la radio publique et l'institut ? Non, car la commission a tout prévu. Le manque à gagner de ces deux structures serait compensé par l'Etat, et une partie des taxes évoquées ci-dessus. Une compensation de manque à gagner sur une somme retirée pour compenser un autre manque à gagner.

Effectivement, "L'idée, elle est simple" comme nous disait Patrice Martin-Lalande. En fait, ce que l'on voit surtout ici, c'est la volonté de piquer un peu partout en promettant toujours de minimiser ou de compenser le manque à gagner pour que personne ne se fâche trop rouge, quitte à ce que la manoeuvre politique soit à ce point alambiquée.

Reste toujours une troisième option ; une taxe sur l'électronique grand public. Et Jean-François Copé de préciser que chacun des scénarios n'est "ni exclusif, ni définitif". Rappelons que la suppression de la publicité se fera en deux étapes. D'abord, celle des publicités après 20 heures à partir du premier septembre 2009 ; ensuite, la totale à partir du 1er janvier 2012.

"Je ne crois pas qu'il y ait urgence" disait Christine Albanel à ce sujet. Il n'empêche que pour l'instant, c'est vers un joyeux bordel que semble se diriger la commission. On cultive le flou, on essaie de minimiser et on privilégie la solution la plus complexe pour que personne n'y comprenne plus rien. On n'a que trop l'habitude de voir se manifester chez nos politiques cette preuve de courage, en particulier lorsqu'il s'agit de s'attaquer à un problème qu'ils semblent avoir eux-même crée.

Vous avez aimé cet article ?
Pirater cet article !
Diffuser sur
Publier sur mon Facebook
Jean-François Copé, Nouvelle Télé Publique, Publicité, France Télévisions
 
 
4 commentaire(s)
 
SIDI
Le 22 Mai 2008 à 12h34
oué bon finalement si c'est pour mettre des taxes partout, autant qu'ils la laissent leur pub, au moins seuls ceux qui regardent en paient les conséquences....
acrosomia
Le 22 Mai 2008 à 13h15



Tout à fait d'accord ! On est encore dans la réformette / effet d'annonce ! Facile à dire, beaucoup moins à faire.

Comme toujours, tout le monde est d'accord (enfin presque) pour supprimer la pub sur le service public, par contre personne ne veut payer pour remplacer le manque à gagner, ni le consommateur (on le comprend) ni les chaines privées et autres FAI et encore moins l'Etat (les caisses sont vides nous rabâche-t-on).

Et quand il faut trouver un payeur, le consommateur est le bon pigeon: hausse de la redevance ou taxes à la con, ça sera pour sa pomme d'une façon ou d'une autre !

Dans ce sens la SACEM et autres défenseurs aveugles du droit d'auteur s'empressent de défendre la solution de la hausse de la redevance puisque ceux-ci se battent déjà pour instaurer leurs taxes sur les supports numériques (Albi). Ils ne sont pas fous, au risque de voir leurs taxes "en compétition" avec d'autres prélèvements du même genre (monopole quand tu nous tiens...).

Bien entendu du côté du PAF, ceux qui veulent la suppression sont par contre prêts à encaisser les royalties supplémentaires, comme nos amis de TF1 ou M6, plus faux-derches que jamais. Et les FAI vont bien se garder de ramener leur fraise et éviter des mises à niveau de taxation qui pourraient amputer un peu plus leur recette pub ou leur CA.

In fine, on se tournera vers le consommateur... pour assurer le financement de cette réforme !
Bien entendu, sans garanties de qualité, de pluralité ou d'attractivité sur les futurs programmes du service public.
shamankick
Le 22 Mai 2008 à 21h31
et ces mecs viennent nous parler d'efficacité, de france qui se léve tot et autres conneries sur le travail.
a nous, travailleurs français, les plus productifs du monde, même avec nos 35heures.
TotoRhino
Le 22 Mai 2008 à 21h56
Ben voyons... Alors quoi, non content de payer la redevance, le téléspectateur va la payer une 2ème fois en règlant sont accès internet, une troisième fois en achetant son matos électronique... Car il ne faut pas se leurrer, les FAI et autres fabricants électroniques, vont forcément répercuter ce manque à gagner sur le prix de leurs produits.
Comme le dit Sidi, qu'ils la laisse leur pub, rien à battre, déjà que je paie une redevance pour une TV que je ne regarde pas.
Et depuis quand un secteur d'activité devrait être la vache à lait d'un autre en perdition ?
Non, franchement, je n'aime pas le principe
Votre avis nous intéresse ! Vous pouvez ajouter un commentaire en vous connectant ou en vous inscrivant facilement sur Numerama
Top Numerama
 
 
399,00 €
 
1.353,70 €
 
1.531,56 €
 
1.172,09 €
 
79,99 €
 
 
399,00 €
 
630,00 €
 
949,00 €
 
 
Partenaires

Candy-flower
Numerama est un site du réseau PressTIC