Riposte graduée : le SNEP s'impatiente et s'inquiète
Guillaume Champeau - publié le Mercredi 30 Avril 2008 à 09h09 - posté dans Société 2.0
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Le Syndicat National de l'Edition Phonographique (SNEP) commence à prendre peur. Alors que le volontarisme de Nicolas Sarkozy sur ce dossier semblait acquis, et alors que la mission Olivennes s'est déroulée sans accroche, le projet de loi qui doit instaurer la riposte graduée pourrait ne pas être voté avant l'été comme Christine Albanel l'avait promis. Mardi, le SNEP a prévenu qu'il jugerait "inacceptable" un quelconque retard...

Après tout, le SNEP est dans son rôle. Mardi, en marge de la présentation des résultats toujours en baisse de l'industrie du disque (voir encadré), le Syndicat qui défend les intérêts des maisons de disques en France a demandé à nouveau que la loi instaurant la riposte graduée à l'encontre des abonnés à Internet soit examinée rapidement par le Parlement. Son directeur général Hervé Rony a jugé inacceptable que "le texte passe en première lecture à l'automne". Promis pour avant l'été par la ministre de la Culture Christine Albanel, le texte devait être examiné en mai, mais il pourrait finalement être repoussé à la session parlementaire de rentrée... au plus tôt.

Exigeant, Hervé Rony juge qu'une première lecture au Sénat fin juin ou en juillet serait même trop tardive. "Il faut que la loi soit installée avant la fin d'année, ou le début d'année 2009", a insisté le directeur général du SNEP, qui sent bien que le vent ne tourne pas en faveur de la riposte graduée qui, rappelons-le toujours, avait été retoquée une première fois par le Conseil constitutionnel lors de l'examen de la loi DADVSI. C'est par une extraordinaire contorsion juridique que le gouvernement espère cette fois-ci contourner la foudre des sages.

Selon le schéma de la riposte graduée, les titulaires des abonnements à Internet dont l'accès est utilisé pour télécharger et mettre à disposition illégalement des oeuvres seront par pénalement responsables de cette utilisation, y compris par un tiers. A la première infraction constatée, un e-mail sera envoyé par leur fournisseur d'accès. Puis en cas de récidive dans les six mois, c'est un courrier en lettre recommandée qui est envoyé. Et enfin, en cas de nouvelle récidive, l'abonnement à Internet est coupé et l'abonné est placé sur une liste rouge qui l'empêche d'aller souscrire un autre abonnement chez un FAI concurrent. S'il refuse cette mesure, l'abonné sera jugé par un tribunal.

Un contexte politique et économique défavorable

Mais le contexte est défavorable à l'adoption de la loi sur la Haute autorité pour la diffusion et la protection des oeuvres sur Internet (loi Hadopi). Déjà impopulaire, la mesure a été sanctionnée par avance par le Parlement Européen, puisque les eurodéputés ont jugé dans leur majorité que le fait de couper l'accès à Internet d'un abonné était une sanction disproportionnée et contraire aux Droits fondamentaux. Le vote du Parlement n'a aucune valeur juridique, mais politique. La France doit prendre dans quelques semaines la présidence de l'Union Européenne, et il serait mal venu d'entamer la Présidence en déposant chez soi un projet de loi jugé contraire aux Droits de l'Homme par la représentation européenne.

De plus, comme le note La Quadrature du Net dans un communiqué, "les eurodéputés des pays classés dans le top 10 des nations les mieux adaptées à l'économie numérique, selon le World Economic Forum (Danemark, Suède, Finlande, Hollande), l'ont condamné explicitement, les trois premiers à plus de 80%".

"Et le SNEP prétend qu'il est urgent de faire examiner ce texte par le Sénat à quelques semaines de la présidence française de l'Union Européenne, et alors que la France se traîne à la 21ème place du classement World Economic Forum ?", demande le collectif.

Deuxième problème politique : "les caisses sont vides". La révision générale des politiques publiques invite chacun des ministères à faire des économies et à rationaliser ses structures pour éliminer toutes les commissions dont l'intérêt est limité au regard de ce qu'ils coûtent. Or la loi Hadopi prévoit spécifiquement de créer une nouvelle Haute autorité simplement pour servir les intérêts des industries culturelles, avec un impact pour le moins incertain sur leur croissance. Ca n'est pas parce qu'ils ne pourraient plus pirater (ce qui reste à prouver) que les Français vont arrêter de s'acheter pain et fromage et de remplir leur voiture en Sans Plomb pour s'offrir des CD. De plus, Hervé Rony a prévenu. "Il ne faut pas envoyer 100 ou 500 messages, mais des dizaines de milliers de messages, et pour cela, il faut que l'autorité indépendante ait des moyens". Or des moyens, l'Etat n'en a plus. Mais peut-être souhaite-t-il piocher dans la manne des très commodes irrépartissables ?

"Les caisses ne peuvent pas être vides pour tous à l'exception de l'industrie du disque, surtout quand elle exige des mesures aussi absurdes", prévient Christophe Espern, porte-parole de la Quadrature du Net.

Le marché du disque en baisse de 17,8 %

Sans surprise, la dégringolade continue pour l'industrie du disque. Le SNEP annonce que le marché en France a baissé encore de 17,8 % en valeur au premier trimestre 2008 par rapport à l'an dernier, avec 141,8 millions d'euros en ventes de gros hors-taxe. Les ventes physiques reculent de 23,2 % sur un an, et le numérique qui part de beaucoup plus bas ne progresse que de 61 %.

Le numérique pèse désormais pour 12,4 % de l'ensemble du chiffre d'affaire du secteur. Mais dans le détail, on s'aperçoit que c'est toujours la musique sur mobile, éphémère sans doute, qui domine plus de la moitié des rentrées numériques (56 %), avec un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros.

Le téléchargement de musique sur Internet rapporte 6,9 millions d'euros aux maisons de disques au premier trimestre 2008 (+ 56 %).

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SNEP, P2P, Loi Hadopi
 
 
19 commentaire(s)
 
Gaffiste
Le 30 Avril 2008 à 09h20
Non mais c'est qu'il se prend pour le chef du gouvernement pour reclamer que l'etat s'execute à ses ordre!? Il se croit où?
maided
Le 30 Avril 2008 à 09h38
 
je sais pas pourquoi mais je sens que le lobbyisme extreme des majors va pas tarder a éclater "sur la place publique" et que le SNEP et ses potes vont se ramasser un gros vent bien comme il faut...enfin, je l'éspère tout du moins
bile666
Le 30 Avril 2008 à 09h46
Qu'il ne se presse pas trop le SNEP, car cette riposte pourrait bien être leur dernière carte à jouer contre le téléchargement sur internet. Si celle-ci foire, la voie royale vers la licence globale sera ouverte et cette fois, il ne pourra plus rien faire hormis de remettre en place la guillotine, chose que le SNEP n'hésitera pas à demander.
tomy13
Le 30 Avril 2008 à 09h52
L’union fait la force dit-on espérons que ce soit vrai pour ce contre pouvoir du fric. En tout cas ça le mérite de bouger, et de faire quelque chose, on ne peut que se réjouir même si cela reste difficile. Si Albanel est pressée(ou sous pression) est que plus "son" projet est décortiqué, plus il est voué a l’échec.
La bour...
Le 30 Avril 2008 à 10h27
Le SNEP ferait mieux de faire profil bas, parce que là, ca fait vraiment manoeuvre de lobbyiste. Et c'est franchement visible.
Et si notre super gouvernement prend la mouche sur le fait qu'on lui force la main sur quelque chose qu'il a déjà promis, il risquerait de faire machine arrière.
Et là le SNEP serait encore plus emm***
bile666
Le 30 Avril 2008 à 10h49
Le SNEP a tellement le soutien de la tête du gouvernement qu'il se croit tout permis, mais là il tire une de ses dernières cartouches.

Quelque part, je me réjouis que la France introduise cette fameuse riposte qui va une fois pour toute démontrer que la baisse des ventes n'est pas due au téléchargement dit illégal mais plus à une crise concurentielle traversée par un secteur qui intéresse de moins en moins les clients potentiels.

Ca va surement leur permettre de revoir plus profondément leur politique et peut-être qu'ils remercieront les internautes pour avoir voulu mettre en place une licence cadeau bonus.
maided
Le 30 Avril 2008 à 11h29
 


Je pense pas qu'ils iront jusqu'a remercier les internaute, faut pas rêver hein
kraftonZ
Le 30 Avril 2008 à 13h11
Je me permet de citer "Bile666"


Au passage, le pouvoir d'achat des français s'enfoncent réellement:
et entre se nourrir, mettre de l'essence (dont le prix augmente de jour en jour) dans sa voiture et acheter un cd,
Je pense réellement que l'on est a un tournant de notre société avec l'enterrement en petite pompe de la société de loisir des années 70.
Les consommateurs n'ont plus d'argent pour le superflu, ils n'achêtent plus que l'essentiel.
bile666
Le 30 Avril 2008 à 13h45
Effectivement la crise économique que traverse la France y est surement pour quelque chose.

Mais cela n'explique pas tout, car si je regarde la situation suisse ce n'est pas la crise qui peut justifier les baisses successives des ventes. La situation économique est au beau fixe depuis au moins 3 ans et les baisses continuent.

D'ailleurs je serai curieux de comparer les baisses des ventes entre plusieurs pays.

Comme je le dis depuis plusieurs années, les années folles de la consommation musicale sont finies. Les gens achètent moins de cd pour des tas de raisons, comme celle que tu évoques, mais aussi car ils accordent leur priorité à d'autres dépenses ludiques, comme les jeux vidéos qui eux ne cessent de progresser.

Pour terminer, les jeux vidéos se dirigent aussi vers une situation économique plus difficile. Avec l'apparition des jeux en ligne, les gens consommeront de moins en moins de jeux neufs, car la durée de vie des jeux jouables en ligne est très supérieure à celle des jeux traditionnels. Par contre, cette industrie pourra facturer ces services online ce qui pourrait compenser un peu les baisses des ventes. Les premiers perdants seront les magasins comem la Fnac.
Gaffiste
Le 30 Avril 2008 à 14h36


Les caisses de l'etat sont vides, les poches des consommateurs prennent le méme chemin, quand les majors auront compris que rien + rien = rien et non pas plein de brouzoufs...
manbu
Le 30 Avril 2008 à 14h40
HADOPI====> R.I.P

Comme prévu, ça sent fortement le sapin pour cette loi et sans enterrement de 1ère classe mais directement à la fosse commune (si on pouvait y mettre l'industrie du disque et consort par la même occasion...)
kraus
Le 30 Avril 2008 à 14h45
 
Tant que vous n'aurez pas compris cela:

Les Maîtres du monde

Vous ne comprendrez pas le reste.
manbu
Le 30 Avril 2008 à 14h48



Je ne sais pas ou tu a été chercher cette affirmation, l'industrie des jeux vidéo ne s'est jamais aussi bien portée, que ce soit dans la vente de consoles ou dans la vente de jeux sur support numérique.....
Hybrid ...
Le 30 Avril 2008 à 15h24

C'est déjà fait. Le premier jeu auquel on pense quand tu dis "la durée de vie des jeux jouables en ligne est très supérieure à celle des jeux traditionnels.", c'est quand même WOW ! Et au contraire, même s'il est théoriquement possible de jouer gratos sur des serveurs pirates, ça reste un jeu pour lequel il faut payer si on veut vraiment pouvoir en profiter :·D.
Personnellement, je pense plutôt que les jeux se dirigent vers une situation extrêmement favorable :·D.
tomy13
Le 30 Avril 2008 à 16h03


étrange absence de la franche-maçonnerie ?
kraus
Le 30 Avril 2008 à 16h14
 
franc-maçonnerie ? Pions sous contrôle des illuminatis.
bile666
Le 30 Avril 2008 à 18h02

Les fabricants peut-être que oui, mais pas les revendeurs.
superadmin
Le 30 Avril 2008 à 22h09


et les ummites ?
paskeu chépa si vous savez, mais c'est vraiment eux qui controlent le monde.
en collaboration avec Dieu, bien sur. et aussi les scientologues. (qui sont en fait des ummites humains, si on regarde bien.)

p'tain.


admin20cent
++
Hybrid ...
Le 01 Mai 2008 à 13h09
@bile666 : oui.

Qui ne sont eux-même qu'une petite partie du complot judéo-soviéto-maconico-islamo-communiste, piloté par la CIA, eux-même dirigé à leur insu par les extra-terrrestres, infiltré par les adorateurs de Cthulhu :·D.
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