Le gouvernement veut impliquer les Français dans le projet présidentiel de supprimer la publicité sur les chaînes de télévision publique. La Commission pour la nouvelle télévision publique présidée par Jean-François Copé a ouvert mercredi son site internet à destination du grand public, avec un développement en deux temps : d'abord l'information, ensuite la consultation. Réelle ouverture démocratique ou faux-semblant ?

« Ce site est une grande première« , se félicite la Commission Copé à propos de MaTelePublique.fr, le site ouvert mercredi pour communiquer et organiser les consultations publiques autour des travaux sur la nouvelle télévision publique. « D’habitude, entre la remise de la Lettre de mission par le Président de la République et la publication du rapport final, peu d’informations circulent. La gestation se fait en milieu fermé au sein de la seule Commission. Les membres de la Commission pour la nouvelle télévision publique ont tenu à changer cela : la plate-forme participative ainsi mise en ligne permettra d’élargir considérablement la base des personnes consultées au cours des auditions. Les synthèses des avis et préoccupations du public enrichiront le processus de consultation et les travaux de la Commission. »

Le site est articulé en deux piliers. Le premier, « Je m’informe », donne accès à des fiches et à des documents présentant la Commission et les grandes lignes du fonctionnement, du modèle économique et des ambitions de la télévision publique dirigée par France Télévisions, ainsi que son cadre réglementaire. Le site précise les méthodes de travail de la commission, et rend compte de ses travaux, notamment à travers des blogs tenus par certains de ses membres (pour l’instant, on ne peut y trouver qu’un billet du président Jean-François Copé), et des vidéos. Cette partie du site détaille également les enjeux et la composition des quatre ateliers qui forment la commission : modèle culturel et de création, modèle économique, modèle de gouvernance et modèle de développement.

Le second pilier du site, « Je participe », ne sera ouvert que le 16 avril, c’est-à-dire après que le rapport d’étape de la commission ait été remis au Président de la République. On peut s’étonner que la consultation du publique n’intervienne qu’après les grands axes et les grandes décisions déjà actés par la commission Copé. La part d’influence du public se réduira donc à la marge, et s’organisera à partir de forums de discussion et de propositions. Chacune des propositions pourra être notée et commentée par les internautes, autour de deux rubriques. L’une sur les programmes souhaités, l’autre sur l’organisation et le financement de la nouvelle télévision publique. De plus, un espace « chat en direct » sera animé régulièrement.

Le site, réalisé avec le moteur open-source Drupal, est conçu et géré par l’agence La Netscouade, dont les fondateurs sont ceux qui ont dirigé en 2007 le site de campagne participatif « Désirs d’avenir » de Ségolène Royal. Les mêmes principes de tri, de synthèse et de remontée des débats devrait donc logiquement être appliqué pour la Commission Copé.

Nouvelle télévision publique : vraiment ?

Parmi les points développés dans les fiches informatives du site, on notera d’abord l’insistance avec laquelle la redevance TV en France est comparée avec celles des voisins européens pour pointer son faible montant. Le montant de la redevance en France se situe au 11ème rang européen sur 12 parmi les pays de l’Union, et la France est le seul pays de l’Union dont le montant de la redevance a connu une évolution négative depuis 2003, rappelle ainsi le site de la commission. Cet effort de pédagogie concorde avec le projet à nouveau évoqué de réhausser le niveau de le redevance en profitant de la suppression des recettes publicitaires, qui comptent pour près de 30 % du chiffre d’affaires de France Télévisions. Outre le montant, l’assiette de la redevance pourrait également être revue. L’atelier qui s’intéresse au « modèle économique » de la télévision publique doit en effet étudier la possibilité d’étendre l’assiette aux différents « supports permettant la réception de la télévision (ordinateurs, disques durs, etc.)« .

Par ailleurs, la nouvelle télévision publique rimera sans doute beaucoup moins avec la gratuité du service public. Parmi les pistes de financement évoquées, la commission souhaite renforcer la « diversification des revenus », entre autres par la vente de programmes, de DVD, et vidéo à la demande. Nous avons déjà eu l’occasion, sur Numerama, de rappeler que la VOD payante est contradictoire avec une vision d’avenir du service public audiovisuel.

Le détail de la « stratégie de développement » de France Télévisions est d’ailleurs assez inquiétant dans le peu de perspective qu’il offre sur la vision à moyen et long terme. Il ne fait aucune place aux services interactifs et à la demande, et s’intéressent exclusivement aux nouvelles techniques de diffusion en continu, à l’ancienne ; façon télévision de papa : TNT, télévision haute-définition et télévision mobile personnelle. Rien sur la VOD gratuite, le podcasting, les programmes interactifs, les contenus générés par les spectateurs, le Peer-to-Peer, les licences libres,…

De même, l’atelier sur le « modèle culturel et de création » de France Télévisions se focalise exclusivement sur la stratégie éditoriale en terme de « place à accorder « ou de « quotas », comme si la nouvelle télévision publique devait rester une télévision linéaire qui ne peut diffuser que 24H de programmes par jour. Comme si la nouvelle télévision publique du 21ème siècle devait toujours opérer des choix d’antenne et d’horaires, qui excluent les programmes hors-antenne au profit des seuls programmes diffusés sur les ondes. Or la vraie nouvelle télévision publique est justement une télévision débarassée des grilles de programmes et qui offre au public une télévision à la carte, où les programmes s’ajoutent et ne s’excluent pas les uns les autres. Elle est beaucoup plus proche de Joost que de la TNT.

La télévision du futur est une télévision de l’abondance et non plus une télévision de la rareté. C’est là le principal défi auquel elle est soumise, et c’est un défi absent du spectre d’étude de la Commission Copé.

Numerama, en tout cas, soumettra à la Commission les 5 propositions que nous avions déjà formulées en janvier dernier.

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