Le nouvel album de Nine Inch Nails fera date dans l'histoire de l'industrie musicale. Après avoir claqué violemment la porte de son ancien label Universal Music et avoir appelé ses fans à voler ses CD dans les magasins, le leader du groupe Trent Reznor diffuse lui-même le nouvel album "Ghosts" sur les sites de liens BitTorrent et sous une licence qui autorise tout le monde à partager l'album ou à le remixer à titre non commercial.

Pour faire la promotion du précédent album de NiN Year Zero, Trent Reznor avait employé une méthode de petit poucet qui avait fortement déplu à la RIAA, l’association américaine des grandes maisons de disques. Le frontman des Nine Inch Nails avait eu l’idée déjà géniale de laisser derrière lui dans ses chambres d’hôtels ou les salles de concert des clés USB contenant chacune un titre du nouvel album. Il voulait que les fans s’échangent le contenu de ces clés sur Internet, pour susciter à la fois de l’attente, de l’excitation et de la publicité pour Year Zero. Une opération de communication sapée par la RIAA. Quelques mois plus tard, après avoir claqué la porte d’Universal Music, Reznor appelait publiquement tous ses fans à voler ses CD en magasins. « Est-ce que quelqu’un a vu le prix [des CDs] baisser ? Bon, ok, vous savez que cela signifie : volez les« , s’exclamait l’artiste dans un concert de musique et d’applaudissements.

Enfin libre ! Après des années pieds et poings liés aux décisions d’Universal, Nine Inch Nails sort cette semaine « Ghosts I – IV », le premier volume d’un méga-album instrumental. Rien que pour ce premier volume, ce sont 36 morceaux pour une durée de près de 2 heures qui ont été enregistrés pendant 10 semaines. Mais surtout Ghosts est unique à plus d’un titre.

Tout d’abord, par son mode de distribution dont nous vous parlions déjà hier. Libéré des intermédiaires, NiN propose trois formules payantes, de 5 $ à 75 $. La moins cher permet d’obtenir l’ensemble des 36 morceaux en téléchargement, sans DRM, dans une qualité au choix qui peut aller jusqu’à des formats sans perdition FLAC ou Apple Lossless, qui assurent une qualité d’écoute identique au CD. Le tout est livré en plus avec un livret en PDF de 40 pages et tout un ensemble de goodies. La deuxième formule à 10 $ permet en plus du téléchargement de recevoir par la poste un double CD sous digipack en carton de 6 volets avec booklet de 16 pages. Enfin, la formule Deluxe (photo ci-après) à 75 $ permet de recevoir le double album dans une belle pochette en tissu, accompagnée d’un DVD Mac/Windows avec l’ensemble des 36 morceaux en multi-pistes, d’un Blu-Ray pour une écoute en haute-définition (24 bit 96 Khz) avec slideshow, et d’un livre d’illustrations de 48 pages. La version ultra-deluxe à 300 $ dont nous parlions hier, qui était limitée à 2.500 exemplaires, a déjà disparu du site.

En plus de ces versions payantes, Nine Inch Nails propose de télécharger gratuitement les neuf premiers morceaux, soit directement à partir du site officiel, soit sur des sites de liens BitTorrent comme The Pirate Bay. Une décision qui n’est pas surprenante pour celui qui s’est manifesté en faveur du défunt Oink, et qui lui permet de reproduire sur Internet le modèle bien connu des singles diffusés gratuitement sur les radios pour encourager l’achat des albums complets.

Pour aller encore plus loin que Radiohead qui a fini par retirer sa version téléchargeable gratuitement et à rentrer dans le rang, Nine Inch Nails a placé tout l’album (même pas seulement les 9 chansons gratuites) sous une licence Creative Commons by-nc-sa. Les 36 morceaux du volume « Ghosts I-IV » peuvent ainsi être partagés librement et gratuitement par les internautes, qui peuvent aussi exploiter les morceaux pour les remixer librement. Seules les utilisations commerciales restent soumises à l’autorisation du groupe. Une liberté qui s’accorde à la volonté de Trent Reznor de favoriser les remixs, et qui constitue une première pour un groupe aussi populaire que NiN, autrefois signé chez une major de l’industrie du disque. C’est une nouvelle démonstration que les Creative Commons s’imposent comme un moyen de favoriser la diffusion culturelle, qui ne se situe pas nécessairement dans une opposition entre le gratuit et le payant, mais dans une complémentarité.

La révolution est en marche, et elle se fait sans les majors du disque.

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