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Enquête : les blogs et le piratage

Cédric L. - publié le Mercredi 27 Février 2008 à 08h24 - posté dans Musique Numérique

A l'heure où l'industrie culturelle se mobilise contre le Peer-to-Peer, il existe tout un pan du piratage largement épargné des assauts de leurs lobbys : les blogs pirates. Petit tour d'horizon de ce phénomène qui ne cesse de prendre de l'ampleur.

Lorsque l'on parle de piratage, on imagine tout de suite les multiples échauffourées entre The Pirate Bay et l'industrie du disque ; la lutte intestinale contre les réseaux de Peer-to-Peer ; les procès lancés à l'encontre de YouTube et ses consorts. Mais un phénomène échappe plus ou moins à l'objectif des caméras : les blogs pirates. Pourquoi ? Parce qu'individuellement, ils n'ont jamais eu une fréquentation massive digne d'inquiéter les ayants droit. Et pourtant, mis bout à bout, ces blogs constituent un dragon dont la puissance de feu est largement sous-estimée, et dont les flux échappent totalement aux FAI et ayants droit qui ont tendance à les traquer ou bloquer pour le Peer-to-Peer (au Danemark ou aux Etats-Unis notamment). Numerama braque les projecteurs sur cette tendance.

Définissons d'abord de quoi nous parlons, car ces blogs ont de nombreuses caractéristiques communes.

  • La première chose qui les rassemble, c'est qu'ils proposent la plupart du temps des albums complets en libre téléchargement (certains préfèrent se cantonner à un seul morceau, ils mais sont clairement minoritaires). Il reprennent pour cela une structure relativement récurrente : la photo de l'album, la liste des titres, parfois un petit mot ou une chronique dessus, et un lien pour les télécharger sur une plateforme d'hébergement de fichiers type RapidShare, MegaUpload, zShare, Badongo, etc.
  • Ils peuvent être l'oeuvre d'un bloggeur ou de multiples contributeurs, afin de multiplier les sources. Certains blogs se spécialisent dans un style de musique particulier, d'autres sont plus ouverts. Le parcours des différents bulletins variera selon le blog : par date, étiquette musicale, artiste, etc...
  • Une bonne majorité de ces blogs sont hébergés par Blogger (Google) via sa plateforme Blogspot, ce qui explique que la même construction se retrouve souvent d'un blog à l'autre. Généralement, ils offrent des liens vers des blogs amis. Une fois que vous tombez sur l'un d'entre eux, il donc devient facile de sauter de l'un à l'autre, à condition d'avoir le courage de fouiller un peu. Certains blogs se sont même fixé comme mission de les répertorier. "L'absence de catégorisation était frustrante pour moi" explique le responsable de Digital Meltd0wn. "C'est une des principales raisons pour laquelle j'ai crée ce blogroll."
  • Un certain nombre d'entre eux proposent comme seule interface et possibilité d'interaction entre les visiteurs et le(s) créateur(s) du blog la "Comment Box" de Blogger. On y trouve requêtes d'albums, remerciements, liens vers d'autres albums ou d'autres blogs (image ci-contre tirée de IDM Trade).

Les blogs pirates sont tenus par des passionnés qui partagent plus ou moins une idéologie commune : celle de vouloir soutenir, par leur contribution, des artistes ou des courants musicaux qu'ils apprécient. C'est ainsi qu'un plombier australien répondant au pseudo de Skids nous expliquait "je cherchais du rock australien, mais n'ai trouvé aucun blog là dedans spécialisé sur l'ausrock [NDLR : contraction de aussie (australien) et rock]. Tous les albums sont issus de ma collection, des contributions des autres, et des forums."

D'autres sont parfois plus vindicatifs : "Je suis juste un type qui aime la musique et hais la RIAA" explique l'auteur de I Killed The Darkness. "En tant que tel, je pense qu'au plus vous écoutez de la musique, au plus vous en achetez (par opposition à la notion archaïque de la RIAA qui consiste à dire que chaque téléchargement est une vente perdue). [...] Je suppose que vous êtes comme moi et dépensez la plus grande partie de votre argent en CD et vinyles. Qu'on se le dise, si la musique que j'ai dégueulé ne vous pousse pas à l'acheter, qui s'en fout ? C'est qu'elle n'était pas sensée vous toucher."

Il est assez fréquent que les créateurs de ces blogs mettent en tête quelques messages d'avertissement qui servent bien plus à prouver leur bonne foi qu'autre chose : "Ce site offre de la musique pour la pré-écoute et la promotion seulement, effacez les fichiers sous 24 heures. Si vous aimez la musique publiée, allez l'acheter et soutenez l'artiste que vous aimez de la façon dont vous voulez" peut-on lire sur Kharibulu. Sur Alphawellen : "Notre but est de promouvoir des artistes qui méritent plus d'attention, en partageant des albums limités ou durs à trouver, pendant une courte période de temps. Nous ne voulons escroquer personne. Si ce que nous postons vous fait chier, merci de laisser un commentaire et l'objet sera retiré."

Vous l'aurez compris, le propos n'est généralement pas de prôner le piratage ou la mort de l'industrie du disque, mais de partager une passion. Une très grande majorité d'entre eux diffusent illégalement, excepté quelques rares exceptions comme FluoKids dont l'engouement autour a été tel que leurs créateurs ont choisi de négocier les droits des titres qu'ils y diffusent (nous y dédierons plus tard un article). Est-ce que cela leur mérite pour autant d'être condamnés ? Non, bien au contraire, car ils constituent une veine intarissable d'enthousiastes de la musique qui essaient tant qu'ils le peuvent de faire découvrir ce pour quoi ils ont un profond respect.

Le Peer-to-Peer a souvent été défendu contre ses détracteurs en avançant le fait qu'il permettait de partager et découvrir de la musique. Ici, le concept est plus fort encore, puisque les adeptes de ces blogs ne s'y rendent rarement pour y télécharger un disque de façon préméditée, mais plutôt pour découvrir des artistes en suivant le conseils de prescripteurs. C'est le renouveau de la presse musicale alimentée par cette génération qui a baigné dans le Peer-to-Peer et le discours schizophrène de l'industrie du disque.

La position du secteur se borne bien sûr à leur inégalité, mais plutôt que de les attaquer uns à uns, les lobbys essaient de saper ce qui constitue leur base vitale : les sites d'hébèrgement, à l'image de RapidShare condamné par la justice allemande sous l'impulsion de la GEMA. Le combat est pourtant aussi inutile que celui qui consiste à attaquer les éditeurs de logiciels de Peer-to-Peer. Faites-en fermer un et dix autres éclosent.

Ces blogs mettent en exergue le paradoxe même de l'industrie culturelle face à Internet. Les labels n'hésitent pas à envoyer à la pelle des centaines de disques promo aux magazines dans l'espoir d'y voir consacrer deux trois lignes (quand ils ne leur achètent pas des espaces publicitaires pour se les assurer). Ici, des passionnés qui font le même travail sans rien leur demander sont perçus comme des cibles à abattre. Alors, on trouve des compromis ; on autorise, mais seulement un titre. Mais un titre est-il suffisant pour convaincre un auditeur de la qualité du travail d'un artiste ? Il a pu l'être un moment, mais Internet a plus ou moins fait tomber en désuétude l'achat aveugle ou basé sur si peu. L'auditeur essaie l'album complet, avant, éventuellement, de soutenir l'artiste de la façon dont sa conscience s'en sentira la mieux apaisée.

Ce que prouvent ces blogs, c'est encore une fois la nécessité de repenser les modèles économiques d'une autre manière qu'ils ont été conçus jusque là. Simples auditeurs, pirate-journalistes ou collectionneurs passionnés veulent soutenir et partager les artistes dont ils apprécient le travail, mais pas selon les règles que leur impose le secteur.

Publié par Cédric L., le 27 Février 2008 à 08h24
 
 
10
Commentaires à propos de «Enquête : les blogs et le piratage»
 
ce phénomène existe déjà depuis plus de six ans ;)
Il manque des noms et des liens.
Faudrait voir à cesser d'écrire la peur au ventre.
On revient aux pages perso du début d'internet ou les fans proposaient déjà de la musique commentées mais alors hébergée sur leur site ou leur serveur.

Le seul avantage pour les maisons de disque est que cela est censé rendre plus difficile la recherche par rapport à une requête sur la mule. Le deuxième avantage et qu'un disque qui va se trouver référencés sur différents blogs aura plus de chance de voir sa publicité fonctionner car il touchera au final des cercles d'utilisateurs différents. La dessus la sacem fait une connerie en croyant qu'un artiste doit assumer sa publicité tout seul dans son coin avec seulement son site internet alors qu'il faut plutôt qu'il diffuse auprès de ces fans pour avoir une taille critique suffisante lui permettant alors d'être visible sur la toile.

Sinon le système existe toujours en partie sur les liens torrent ou certaines team ne laissent pas leur liens filtrer trop loin de leur site pour ne pas être référencés sur les moteur spécialisés.
Facile de venir dire qu'il faut mettre des noms, ce n'est pas toi par la suite qui va aller plaider ta bonne fois pour avoir permis à des internautes de télécharger illégalement selon le droit francais.

Numerama devrait venir suisse car ici le down est légal ;)

Enfin passons. Pour revenir à l'article, j'ai décrit ce phénomène dans un document que j'ai rédigé à l'intention des tribunaux en 2006. J'avais eu la même conclusion que Numerama et j'ajoutais que c'était d'une imbicilité inquiétante de ne viser que le p2p quand on parlait de piratage.

Mais je trouve encore plus inquiétant que quand on parle de "piratage", on évoque uniquement la musique ou les films, car ce phénomène est beaucoup plus large, il concerne également : les photos et les écrits (poèmes, paroles de chanson, coupures de presse, etc..). A mon sens, les blog contiennent probablement plus de matérieaux piratés que les réseaux de p2p. Par exemple, Skyblog détient 14 millions de blogs et il suffit d'en parcourir 10 pour ce rendre compte que la majorité reposent sur des contenus piratés, principalement photos et textes.

Le seul avantage pour les maisons de disque est que cela est censé rendre plus difficile la recherche par rapport à une requête sur la mule.
C'est une grossière erreur de leur part, les moteurs de recherches se développent. D'autre part, en quittant le monde du site perso pour tomber dans celui des blogs organisés on a facilité la recherche. Par exemple, le moteur de recherche de Skyblog est à lui tout seul un outil donnant accès à des contenus volés et que penser de http://www.google.fr/blogsearch qui est spécialisé en recherches dans les blogs sans parler de Google qui permet aussi des recherches sur le net très pointue.

Finalement, un blogueur partageant 2-3 titres de musique ne risque pas plus qu'un internaute qui le fait via le p2p, mais 50 millions de blogueurs devraient inquiéter un peu plus. Au final la licence globale aurait aussi couvert ce type d'activité :D
Pourquoi ne peut-on mettre des noms que l'on peut trouver sur n'importe quel moteur de recherche ? Est-il donc interdit de citer ou de nommer ce qui existe ?
'zatik', le 01/01/1970 - 01:00
Pourquoi ne peut-on mettre des noms que l'on peut trouver sur n'importe quel moteur de recherche ? Est-il donc interdit de citer ou de nommer ce qui existe ?
Je pense que oui c'est interdit. Prend l'exemple des sites qui référencaient les séries tv disponibles sur les sites de type dailymotion.
'zatik', le 01/01/1970 - 01:00
Pourquoi ne peut-on mettre des noms que l'on peut trouver sur n'importe quel moteur de recherche ? Est-il donc interdit de citer ou de nommer ce qui existe ?

Effectivement, je pouvais les nommer sans mettre les liens. Je me suis peut être un peu trop auto-censuré, je corrige ça ;)
De toute façon pour les sites de fans, il est compliqué d'exister et d'être légaux.

Pour les images soient ils utilisent le matériel promotionnel du groupe et piratent soient ils utilisent des photos réalisée par leur soins lors de concerts et alors ne disposent pas des licences nécessaire à cette exploitation et peuvent être accusé de piratage.

Pour les textes et les tablatures, ils piratent qu'ils copient du matériel disponible (livret, partition) ou qu'ils les retranscrivent eux même à l'oreille. Et dans le cas où la transcription est erronées, on les accusent en plus de nuire à l'artiste.

Enfin avec le droit à l'image en france tu peux aussi faire interdire des photos d'artistes prisent par des amateurs et je ne suis pas sur que les artistes préfèrent à un matériel promotionnel cadré des photos volées par les fans à tout moment.
Bon c'est vrai que c'est impressionant, pour les jeux psp suffit de taper "megaupload psp nom_du_jeu" et on arrive sur des blogs ou des forum qui eux donnent des liens pour télécharger le jeu directement (sur megaupload le pus souvent ^^)!

pour la musique c'est plus ou moins la meme chose rien qu'avec google c'est super facile de trouver de la musique à condition de taper les bons termes ^^
Ya même des sites qui se sont spécialisés la dedans, skreemr.com par exemple a rend le tout plus simple é utiliser car il y a pour chaque résultat un petit player et un bouton "download" sans avoir besoin d'aller sur le site !

C'est un phénomène qui existe depuis longtmeps, mais qui prend de l'ampleur, surtout depuis l'avènement des megaupload, rapidshare, dl.free.fr etc...
Oui, je me rappelle d'avant Napster et la déferlante P2P qui a suivi, il y avait plein de sites dans le genre, avec les services de disque dur virtuel (genre XDrive et le reste j'ai oublié le nom). Et puis ils étaient vites fermés, là ce qui me fait halluciner c'est qu'il y en a vraiment plein et qu'ils durent (même les liens qui fournissent, alors que c'était souvent des trucs qui restaient maximum une semaine avant). Les hébergeurs ferment les yeux tant qu'ils peuvent (et c'est très bien pour tout le monde à part la RIAA), mais quand même ! C'est peut-être du à leur nombre bien plus important, un peu comme les sites BitTorrent, où en faire fermer un ne fait que donner naissance à de nouveaux.
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