Copie privée : la rupture définitive ?
Guillaume Champeau -
publié le Mardi 19 Février 2008 à 20h34 -
posté dans Société 2.0
![]() Les orages grondent au dessus de la taxe pour copie privée. Les industriels ont claqué la porte de la Commission, les consommateurs ne perçoivent plus de légitimité à cet impôt qu'ils payent au bénéfice d'acteurs privés, et les bénéficiaires se contentent d'en demander toujours plus sans ouvrir de débat sur le fond. Si un conflit avait déjà éclaté avec les industriels en 2005, celui-ci pourrait bien être beaucoup plus profond et durable... jusqu'à l'éclatement total de la taxe ? Sorecop et Copie France, les deux organisations qui collectent la rémunération pour copie privée pour le bénéfice des professionnels de la musique et du cinéma, ont réagi mardi à l'incident diplomatique qui entache la commission d'Albis, chargée de déterminer l'assiette et le montant de la taxe payée par les consommateurs. Pour rappel, le collège des industriels redevables de la taxe ont décidé lundi de claquer la porte pour manifester leur désaccord avec un fonctionnement de la commission qu'ils estiment non équilibré, et peu crédible dans ses décisions. Les deux sociétés rappellent que cette "politique de la chaise vide" a déjà été employée en 2005 par les industriels pour faire pression sur le débat européen qui s'ouvrait alors sur l'avenir de la copie privée. Ils estiment que cette nouvelle crise trois ans plus tard n'est pas indifférente au fait que le Commissaire Européen en charge du Marché Intérieur, Charlie McCreevy, rouvre au même moment le dossier de la rémunération pour copie privée en Europe. Le fondement de la crise serait donc un calcul purement politique. La Sorecop et Copie France indiquent par ailleurs que le point de rupture a porté sur les "baladeurs téléphoniques", dont les caractéristiques techniques, indépendamment des fonctionnalités téléphiques, permettent de les considérer comme des baladeurs MP3 et/ou vidéo. L'iPhone est le principal visé. Ils assurent en revanche que l'assujettissement des smartphones "ne sera éventuellement décidé par la Commission qu'au vu des résultats d'une étude commandée par elle pour déterminer dans quelle mesure ces appareils sont effectivement utilisés à des fins de copie privée". Encore une fois, la Sorecop et Copie France feignent donc d'ignorer le noeud du problème. Le débat n'est pas tant d'étudier dans leur volumétrie les pratiques de copie privée que d'en étudier les sources. Les copies privées que la rémunération entend compenser sont-elles réalisées grâce aux réseaux P2P, newsgroups et autres sites de téléchargements illicites, et dans quelle mesure ? Plus la dose est forte, plus la taxe pour copie est illégitime et doit diminuer, puisqu'on ne peut taxer une pratique jugée illicite qui est condamnable et condamnée. C'est soit l'un, soit l'autre. Taxer ou légaliser, on ne peut choisir. C'est un principe du droit sur lequel la Commission ne peut marcher. Courir tant qu'on peut vers plus de taxation, jusqu'à mourir d'essoufflement On sourit, d'ailleurs, en lisant que "cette Commission a toujours travaillé dans des conditions sérieuses, précises et approfondies, en se servant lorsque nécessaire d'enquêtes et d'études d'usage pour étayer ses décisions dont, jusqu'à présent, la régularité a toujours été confirmée". Pourquoi préciser "lorsque nécessaire" ? C'est un aveu que la pratique n'est pas systématique, alors qu'elle est évidemment toujours nécessaire. Imagine-t-on qu'une décision de la Commission qui touche directement le pouvoir d'achat des concitoyens puisse se prendre sans qu'il soit jugé nécessaire de l'étayer sur des études sérieuses ? Ce serait la preuve d'une commission arbitraire et scandaleuse. En réalité, c'est cette peur d'affronter le paradoxe de la taxation et de la répression qui grève le nombre, la qualité, l'exhaustivité et la publicité des études commandées. C'est ce débat-là de la légitimité de la taxe et de son articulation avec la réalité de la copie privée que le Gouvernement se doit d'ouvrir. Il est essentiel à la survie-même de la taxe pour copie privée. Internet et le numérique ont changé la donne, et l'on feigne de faire comme si les copies privées taxées étaient encore celles que l'on réalise de la main à la main, pour soi-même ou entre amis. On feigne de ne pas voir que la copie privée c'est le piratage, ou plutôt que le piratage qui est réprimé est la copie privée qui est taxée. Pourquoi ? Parce que l'on redoute comme la peste que la boîte de Pandore soit ouverte et qu'éclate enfin ce débat essentiel qu'est celui de la licence globale, seule voie de conciliation possible entre la taxe et les pratiques qu'elle entend compenser. Ils tirent alors de toute leur force sur la corde en espérant la renouer à chaque fois qu'elle cède, comme cette semaine. Mais combien de fois encore ? Plutôt que de calmer les esprits, Sorecop et Copie France espèrent bien faire passer en force l'extension de la taxe aux iPhone et autres "baladeurs téléphoniques" qui a fait exploser leurs interlocuteurs. Elles rappellent ainsi qu'à défaut de quorum lors de la prochaine réunion du 19 février, le vote pourra cette fois être entériné sans la présence des fabricants de téléphones. Une telle décision ne serait pas innocente et ne serait pas, sous le regard passif du Président de Commission Tristan d'Albis, le signe d'un grand calme et d'une volonté d'apaisement et de diplomatie. Il arrivera forcément un jour où la corde ne pourra plus être renouée. En attendant, les consommateurs ont déjà conquis le marché gris, au plus grand bonheur des revendeurs Allemands, britanniques ou luxembourgeois. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Copie privée : la rupture définitive ?»
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Gamble
le 19/02/2008 à 23:46
Il a peut-être le regard passif, mais probablement pas le porte-monnaie passif
personnellement je préfère que la taxe sur les cd et dvd reste comme elle est
si il n y a plus de taxe il va falloir trouver l argent autre par : des amendes pour les utilisateurs du p2p, taxe sur les connection internet, .... etc Il serait bon d'arrêter de crier à la violation d'un soit-disant "principe juridique" dès qu'un truc vous parait un peu injuste ou illogique.
Le droit fiscal français est régi par le principe du "réalisme fiscal" en vertu duquel l'administration fiscale peut percevoir les taxes en vigueur sur tout les produits qui ne sont pas prohibés, quand bien même ils seraient contrefaits. Ce principe est très critiqué puisque dans un sens au regard du droit fiscal il vaut mieux faire du trafic de drogue que de la contrefaçon de produits autorisés à la vente. En effet, si vous vous faites choper pour trafic de drogue, ce sera amende+prison par contre si vous vous faites choper pour contrefaçon de maroquinerie de luxe, ce sera amende+prison+TVA. En aucun cas a taxe pour la copie privée sur les médias vierges ne donne le droit d'enfreindre le droit de la propriété intellectuelle, l'administration fiscale en revanche est tout à fait en droit de taxer une activité ou un produit illégal. (Ce petit rappel ne représente en rien ma position sur le sujet, j'expose seulement le droit positif.) shibany69, le 01/01/1970 - 01:00 Il serait bon d'arrêter de crier à la violation d'un soit-disant "principe juridique" dès qu'un truc vous parait un peu injuste ou illogique. Le droit fiscal français est régi par le principe du "réalisme fiscal" en vertu duquel l'administration fiscale peut percevoir les taxes en vigueur sur tout les produits qui ne sont pas prohibés, quand bien même ils seraient contrefaits. Ce n'est pas une taxe mais une redevance (sur laquelle l'État se sert en TVA au passage). Donc des sociétés privées qui bénéficient d'une source de rémunération octroyée par l'État et dont l'assiette est manifestement calculée en incluant des usages illégaux et qui de plus conduit à des aberrations, comme la taxation des services d'imagerie médicale des hôpitaux publics qui doivent payer leur dîme en creusant le trou de la sécurité sociale pour le bénéfice de quelques intérêts privés. On ne parle pas ici de fiscalité mais d'une situation juridique extrêmement bancale et difficilement tenable, d'autant que les études servant à définir l'assiette ne sont pas publiques, ce qui la fout mal dans un régime supposé démocratique ; mais il est vrai qu'une commission est un objet juridique non identifié. Ils estiment cela similaires a la crise de 2005, mais a ma connaissance, rien n'a changé dans la facon dans la commission albis est gérée depuis;
alors que le droit et la jurisprudence on quand même bougé autour d'eux... On ne pouvais de toute facon rien attendre de plus de la sorecop et de copie france, dont le gagne-pain est justement cette taxe injuste, et qui sont de plus intimement lié a la sacem et autres organismes de perception de droit. de toute facon, si cette redevance maintenue grâce a la complaisance du pouvoir législatif n'était pas honteuse, pourquoi ne pas en demander le double affichage sur les étiquettes, au même titre que l'écotaxe? personnellement je préfère que la taxe sur les cd et dvd reste comme elle estsi il n y a plus de taxe il va falloir trouver l argent autre par : des amendes pour les utilisateurs du p2p, taxe sur les connection internet, .... etc
de toute facon si rien n'est fait, elle restera comme elle est. Ou plutôt, elle continuera à toucher de plus en plus d'appareils (d'ailleurs, elle sera peut être même harmonisée vers le haut dans l'europe entière pendant la présidence francaise, tel que c'est parti...) Après tout, si elle sers d'abord a organiser la star'ac et a payer des harleys a Johnny, une partie permet de financer du spectacle et des festivals. Il serait gênant pour un député de retourner dans sa campagne en expliquant que l'animation annuelle de sa cambrousse n'a plus de financement, et qu'il faudra aller quémander auprès du ministère de la culture, qui de toute façon préfère payer des petits fours a pascal nègre que financer des spectacles. En plus, rien ne dit qu'ils trouverons pas moyen de taxer le net de toute facon un jour ou l'autre... la question est: quel droit auras on en échange? les même que pour la copie privée, qui ne donne même pas le droit de copier un cd ou un dvd, alors qu'un dvdr à 30 centimes est taxé 1€? |
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