Si tu veux soutenir l'artiste, n'achète pas son disque...
Cédric L. -
publié le Jeudi 07 Février 2008 à 09h17 -
posté dans Peer-to-Peer
Benn Jordan, à la tête du label Alphabasic, a joint à sa dernière sortie un petit texte à destination des téléchargeurs que l'on peut trouver dans le .NFO de l'album. Dedans, il y remet en cause l'idée selon laquelle les artistes peuvent être soutenus grâce à l'achat de leur CD. La crise du disque frappe en premier les plus précaires de la chaîne. Depuis quelques années, la scène electronique expérimentale est mise à mal. Ceux qui ont constitué les fleurons de ce que l'on appelle l'IDM (Intelligent Dance Music) peinent à trouver leur place. Certains ont changé de voie (Warp vers le rock, Planet Mu vers le dubstep) ; d'autres n'ont plus sorti de disques depuis un bout de temps (Schematic) ; et les derniers ferment simplement (Sublight Records en juin 2007). Il n'est pas rare de les voir tenus par des passionnés qui y investissent des fonds sans en récupérer l'investissement, à l'image de Sublight Records ou d'In Vitro Records en France (dont la survie est dûe à l'activité commerciale de l'entreprise qui le gère). Certains tentent alors le tout pour le tout. Pour la dernière sortie de The Flashbulb, voici ce que son producteur Benn Jordan laisse comme message à l'intention de l'auditeur. "Salut l'auditeur... le téléchargeur... le pirate... le pseudo-criminel... Si tu peux lire ça, c'est sûrement que tu as téléchargé cet album d'un réseau Peer-to-Peer ou d'un Torrent. Tu t'attends sûrement à ce que le reste de ce message te dise que tu nuis aux musiciens et que tu enfreins toutes les lois sur la propriété intellectuelle. Et bien non. Ce que je voudrais te dire, c'est que ma maison de disque comprend qu'une grande partie des gens piratent la musique parce que c'est plus facile que de l'acheter. Les CDs se rayent facilement, la plupart des sites de téléchargement payant proposent des titres de basse qualité et protégés par ces foutus DRM, et les vinyles sont presque impossibles à trouver et se faire livrer sans soucis. Dans la plupart des cas, je me demande pourquoi les gens continuent finalement d'acheter des CDs. Quelques uns pour l'artwork palpable, d'autres parce qu'ils ne se sont pas encore adaptés au MP3, mais la plupart le font parce qu'ils ont un profond amour dans la musique et veulent soutenir les artistes qui la font. Un façon de se redonner, l'espace d'un instant, foi en l'humanité, hein ? Bon, et puis maintenant ? Tu aimes l'album ? Tu t'apprêtes à aller "supporter l'artiste" sur iTunes ? Bien, ne le fais pas. Alphabasic est actuellement en procès contre Apple parcequ'AUCUN titre de notre catalogue, y compris Sublight Records [NLDR : Depuis sa fermeture, Alphabasic en a récupéré une partie du catalogue], ne reçoit une once de royalties de l'énorme quantité de titres vendus sur iTunes. Tu veux acheter un CD juste pour montrer ton soutien ? Si tu n'aimes pas particulièrement les CDs, ne t'embêtes pas. Les revendeurs comme Best Buy ou Amazon mettent les prix si hauts que leur part est souvent 8 fois plus grande que ce que les artistes touchent. En plus, la plupart des CDs sont fait dans un plastique non recyclable qui laisse une sale empreinte sur l'environnement. Si t'aimes les CDs, achètes les d'un label (dans notre cas, alphabasic.com). Une fois les coûts de fabrication dégagés, nos artistes reçoivent habituellement plus de 90 % de l'argent qui sort de ton portefeuille. De plus, tous nos produits physiques sont faits en matière 100 % recyclable. Tu veux montrer ton soutien ? Viens ici et parcours notre catalogue de téléchargements sans DRM et sans perte de qualité. C'est déjà fait ? Alors libre à toi de donner ce que tu veux à ton artiste favori. Tout lui reviendra. Tu peux même donner juste un penny pour le remercier. Si t'aimes vraiment The Flashbulb - Soundtrack To A Vacant Lite et que tu veux montrer ton soutien sans que ça aille à ces rapaces de revendeurs et distributeurs, alors clique sur le bouton en bas. Si tu nous envoies ton adresse e-mail, Alphabasic peut t'envoyer occasionnellement divers goodies (surplus de stock, stickers, et même des CDs rares) en remerciement et encouragement pour ton soutien. Merci d'avoir lu. Qui sait si mon petit business plan fonctionnera pour lancer de nouvelles sorties ? Même un échec serait toujours mieux que ce minable système de label/distributeur/revendeur que les musiciens se coltinent depuis 50 ans. Nous espérons que tu prendras autant de plaisir à écouter la musique que nous en avons eu à la sortir. Si tu prévois de partager cette sortie, merci d'y inclure ce fichier [NDLR : le .NFO lié à l'album et dans lequel est écrit le texte]. L'unique raison, c'est qu'il nous permet de montrer à l'auditeur où il peut soutenir ses artistes favoris !" Tout est dit. Au final, les labels "équitables", labels "communautaires" et autres farces dernièrement émergées du net ne sont que des tentatives de se placer là où tout le monde cherche un chaînon manquant. Peut être l'un d'entre eux réussira à percer, sait-on jamais, mais il semble que ce ne soient là que des avatars devant leur naissance au seul contexte transitionnel actuel. La véritable innovation ne semble pourtant pas s'esquisser chez ces prophètes qui prétendent avoir tout compris de la toile. Elle se trouve chez ces labels ou ces groupes qui ont le courage de faire table rase sur le passé et de repartir sur des bases complètement neuves. Alors, on pourra toujours questionner autant qu'on veut la viabilité économique du modèle proposé par Alphabasic. Il n'empêche que Benn Jordan a compris une chose essentielle. On ne rétablit par un contrat de confiance bafoué en jetant un autre type de poudre aux yeux de l'auditeur. On commence par être honnête avec lui, proposer quelque chose de qualité, passer un nouveau type de marché, et avoir la modestie d'accepter son éventuel échec. Ne soyons pas trop naïfs. L'avenir de la musique ne sera sûrement pas conduit par des gens comme lui. Souhaitons tout de même que son opération soit un succès car elle le mérite amplement. Sur le même sujet
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Commentaires à propos de Si tu veux soutenir l'artiste, n'achète pas son disque...
pleindeuss
Le 07 Février 2008 à 10h13
et vous rat, ne pouvez vous pas, usant de votre sphere médiatique (qui commence a bien s'étendre) mettre au point un label musique équitable ???
au niveau de l'agriculture bio par exemple, ceux qui veulent s'en sortir se regroupent en coopératives et partagent ainsi les frais : le label AB coute plus de 1000 euros/an en plus de tous les frais annexes a une agriculture responsable. c'est clairement du racket. en se regroupant en coop, les producteurs font appliquer le logo sur la coop et non sur les individus qui la compose, d'ou une économie non négligeable puisque ils ne payent que 1000 euros pour l'ensemble des producteurs. je pense qu'on peut tout à fait appliquer un modèle similaire a la musique (ou pour mon cas au jeu video ou a la creation numérique ou les conditions de travail sont souvent exécrables). déjà avec un syndicat unifié et puissant pour faire plier les majors et en 2 avec des coopératives d'artistes indé. et ainsi booster jamendo ou faire plus classiquement, une plateforme sous la forme d'un tracker torrent + une extension type oink avec un système de dons/goodies pour le mécénat pour squeezer l'étape major. ensuite, l'achat d'une presse a cd par ces coop ne devrait pas trop poser de pb quand on voit que les vampas ont la leur. pourquoi ne pas vous associer avec un ponte de l'internet type google ? une distro linux (je pense a ubuntu entre autre). imaginez un instant un système libre + hardware compatible (pc ubuntu) avec accès direct à un jamendostore intégré nativement dans l'os à coté des googles appz (sur la page igoogle ou dans gmail) une solution 100% free et opensourcable basée sur la coopération et l'alternatif formée d'indépendants et de mécènes. si on compare mac + istore (cher, système verrouillé et injuste) ou win + livemarketplace (cher, pourri, verrouillé, injuste) et enfin ubuntu + jamendo (gratuit/sponsorisé/altruiste, totale liberté, équitable, ouvert) ben je crois que y'a pas photo...enfin pour ma part ![]() ![]() laskov
Le 07 Février 2008 à 10h25
Ce qui serait bien c'est de faire un Label ratatium mais pour la musiques communautaire en gros la musique que font les petit gars dans leur cave sans faire chié le monde et dont souvent les major pille les catalogues et en les attaquants en justices si ils osent la ramené en disant que c'est eux les auteurs (à l'image de cette anglaise dont la musique à été volé par un major et dont elle à perdu le procès contre le major en question car celui-ci avait plus d'argent pour acheté des avocats)
![]() Le 07 Février 2008 à 11h12
'laskov', le 01/01/1970 - 01:00 Ce qui serait bien c'est de faire un Label ratatium mais pour la musiques communautaire en gros la musique que font les petit gars dans leur cave sans faire chié le monde et dont souvent les major pille les catalogues et en les attaquants en justices si ils osent la ramené en disant que c'est eux les auteurs (à l'image de cette anglaise dont la musique à été volé par un major et dont elle à perdu le procès contre le major en question car celui-ci avait plus d'argent pour acheté des avocats)un truc comme l'AIMSA en gros ? ![]() Philgri
Le 07 Février 2008 à 11h17
Tout d'abord, il est trop tôt et trop tard pour une action concertée !
Trop tôt, car les acteurs majeurs de la discorde sont toujours présents et se feront un plaisir de récupérer toutes initiatives concluantes. Trop tard, car les artistes ont mis beaucoup trop de temps à comprendre les enjeux. Cepandant le discourt est en train de changer. Le A+B commence à faire son œuvre. Les Artistes sous contrats savent qu'ils n'ont pas d'autre choix que de reprendre l'initiative. Ceux qui ont misé sur le réseau ont quelques longueurs d'avance. Ce n'est hélas pas suffisant. Alors, pour rassurer Artistes, publics avertis et autres passionnés et pour avoir baigné dans ce sujet depuis plus de 20 ans, sachez tous, que les solutions existent ! Elles seront effectives lorsque le modèle actuel (édition-production-distribution-gestion des droits) reconnaîtra son échec et disparaîtra pour laisser libres ces nouvelles pratiques. En attendant, la C.C. est une première issue qui ne laisse aucune chance au modèle actuel. Adhérez en masse, et le ménage se fera plus vite. Comprenez aussi que la culture, qui n'est qu'une expression collective, s'en retrouve profondément bouleversée. L'Art c'est allé de l'avant, et si certains modèles anciens perdurent, ils ne restent qu'une école d'apprentissage. Le star-system comme nous le connaissons est bel et bien périmé et n'a rien à voir avec L'Art! Si vous appréciez vos classiques et que vous souhaitez en faire profiter vos enfants, alors votre seul combat doit-être le P2P, car c'est la seule technique qui, par la redondance, peut préserver notre mémoire collective. Aujourd'hui hélas, tout est fait pour éradiquer et récupérer cette technique de diffusion. La mémoire collective, c'est notre histoire commune. Elle n’appartient à personne donc à tout le monde, elle n'a aucun prix et contribue à notre développement. Si cette réflexion vous semble logique, aujourd'hui, sachez, qu'il n'y a pas très longtemps encore elle était incomprise! Heureusement, vous êtes de plus en plus nombreux à l'accepter et à la divulguer. Merci. ![]() Le 07 Février 2008 à 11h39
'hft0', le 01/01/1970 - 01:00 un truc comme l'AIMSA en gros ?T'es encore dans ta période konkon twa on dirait, ou bien c'est juste pour faire comme les copains de retour sur le fofo ![]() Le 07 Février 2008 à 11h52
'Gued1duweb', le 01/01/1970 - 01:00 'hft0', le 01/01/1970 - 01:00 un truc comme l'AIMSA en gros ?T'es encore dans ta période konkon twa on dirait, ou bien c'est juste pour faire comme les copains de retour sur le fofo euh L'AIMSA sans ce gogole pourrait être un bon concept ... mais bon ... il est là ![]() Philgri
Le 07 Février 2008 à 16h31
Encore de nouvelles victimes, encore une nouvelle pétition, et n'oubliez pas, les politiques n'aiment pas le réseau!
Ben pourquoi?... http://www.culture-m...show=1#comments ![]() ![]() Achille
Le 07 Février 2008 à 19h44
En plus, la plupart des CDs sont fait dans un plastique non recyclable qui laisse une sale empreinte sur l'environnement. A vrai dire non, un cd est composé à 90% de polycarbonate recyclable. Simplement, ça coûte au final plus cher de recycler que d'incinérer. Il y a très peu d'usines qui recyclent les cds et dvds en Europe. A ma connaissance il n'y en a aucune en France. ![]() ![]() DeadSkin
Le 08 Février 2008 à 13h09
Mais qu'est ce que vous racontez ? Ratiatum se lancer dans une nouvelle bataille ? Et qu'est ce qu'ils sont censés y connaître dans le monde de l'édition musicale ?
De toutes façons les nouveaux projets sont déjà lancés... Regardez un site comme Last.fm par exemple... avec leurs nouveaux accords ils permettent d'écouter de la musique gratuitement et en toute légalité... leur système se développe d'une telle façon qu'il permettra à l'artiste d'être rémunéré proportionnellement à son taux d'écoute grâce aux bénéfices issus de la publicité (de simples google ads très discrètes, qu'est ce que ça serait s'ils se mettaient aux bandeaux ?!). Ca devient quasiment de la licence globale. Personnellement je crois plus en l'avenir de ce type de sites, de nouveaux modèles radicalement différents de l'univers labels/revendeurs et qui répondent autant aux demandes des artistes qu'à celles des auditeurs ! ![]() ![]() Cédric L.
Le 08 Février 2008 à 13h37
'DeadSkin', le 01/01/1970 - 01:00 Mais qu'est ce que vous racontez ? Ratiatum se lancer dans une nouvelle bataille ? Et qu'est ce qu'ils sont censés y connaître dans le monde de l'édition musicale ? De toutes façons les nouveaux projets sont déjà lancés... Regardez un site comme Last.fm par exemple... avec leurs nouveaux accords ils permettent d'écouter de la musique gratuitement et en toute légalité... leur système se développe d'une telle façon qu'il permettra à l'artiste d'être rémunéré proportionnellement à son taux d'écoute grâce aux bénéfices issus de la publicité (de simples google ads très discrètes, qu'est ce que ça serait s'ils se mettaient aux bandeaux ?!). Ca devient quasiment de la licence globale. Personnellement je crois plus en l'avenir de ce type de sites, de nouveaux modèles radicalement différents de l'univers labels/revendeurs et qui répondent autant aux demandes des artistes qu'à celles des auditeurs ! Ah bah oui, parce qu'il est bien connu que Last.fm produit ses artistes, les envoie en studio et les rémunère à hauteur de 90 %. On parle pas de la même chose. Ici, il est question de production. De choisir entre la maison de disque traditionnelle, le label équitable, communautaire, l'auto-production, etc. Toi, tu parles du moyen de la diffuser. ![]() MOnsieur MO
Le 08 Février 2008 à 18h31
Bonjour,
Nous nous permettons de vous écrire un petit mail concernant l'article : "Si tu veux soutenir l'artiste n'achète pas son disque". Le titre est volontairement accrocheur et pourtant, il ne nous parait pas correspondre à ce qui est défendu dans l'article. Peut être que : "Si tu veux soutenir l'artiste, ne l'achète pas sur Itunes" aurai été plus fidèle à ce que defend Benn Jordan. En effet, acheter l'album permet de soutenir l'artiste, encore faut il effectivement l'acheter au bon endroit, et encore faut il qu'il existe un mode de distribution proposé par le label autre que Itune. Quoi qu'il en soit, nous nous permettons d'attirer votre attention sur cd1d.com Ce site à été créé en 2004 à l'initiative de 7 labels indépendants francais : Aïllissam, Crash Disques, Facto Records, Foutadawa, Irfan, Jarring Effects, Vicious Circle. Il permet à ces labels, et les nombreux autres qui les ont rejoint depuis, de proposer leur catalogue en VPC et depuis peu en téléchargement payant (mp3/flac) Cette fédération de label ne fait pas de profit. Le but est d'offrir un lien direct entre le producteur et le public. Par exemple, pour un album vendu 12.55 euros HT dans la distribution classique, 2.06e vont au magasin, 4.20e au distributeur et 6.29e au label / artiste. Avec CD1D.COM, la plateforme touche 1.88e et le label et artiste le reste, soit 10.66. Ainsi 4 ans après sa création, cd1d propose environ 50 labels et 600 références. Nous vous invitons à decouvrir ce site et ce qu'il propose. Voici un mode de distribution alternatif né de la volonté de label indépendants de se fédérer et de mettre en place, eux même, un début de solution pour sortir du gouffre financer que peut représenter la distribution classique pour les petits label, qui comme Benn Jordan, n'ont pas forcement les capacités de lutter contre les usines à gaz de la musique mode Itunes. Cordialement Le collectif cd1d.com ![]() mpop
Le 12 Février 2008 à 12h04
Moi je verrais bien une petite interview «Retour d'expérience» de Monsieur MO (Jarring Effects) sur l'initiative CD1D.com.
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