Aujourd'hui, nous faisons le tour des réactions concernant le projet de loi de Nicolas Sarkozy consistant à supprimer les publicités des chaînes publiques. Industriels, consommateurs, ayants droit, et France Télévison du côté des perdants. Chaînes privées du côté des gagnants.

Industriels

Encore une taxe de plus !

Comme on pouvait s’y attendre, le Simavelec (Syndicat des Industries de Matériels Audiovisuels Electroniques) a vivement réagi contre le projet de gouvernement visant à taxer téléviseurs, ordinateurs, et téléphones mobiles pour financer la suppression de la publicité sur l’audiovisuel public. « Cette taxe semble tout à fait inéquitable parce qu’on va faire payer les consommateurs pour des chaînes qu’ils pourraient ne pas regarder » a déclaré un porte-parole de l’organisation. Cela « ferait un empilement qui commence à faire lourd. » Et pour cause, les téléviseurs sont déjà assujettis à la TVA, la redevance TV, l’écotaxe, et la copie privée pour celles qui comporteront un disque dur.

« Cette taxe nous semble aussi complètement contradictoire par rapport à ce qu’on nous demande de faire par ailleurs » ajoute-t-il. « de faire en sorte que la mutation vers le numérique soit le plus rapide possible, avec la fin de la diffusion analogique prévue en 2011 : en rajoutant une taxe, on augmente les prix et on ralentit mécaniquement les choses. » Le Simavelec note aussi le risque de voir les consommateurs acheter à l’étranger ou sur Internet des téléviseurs non taxés.

Même écho chez le SFIB (Syndicat de l’industrie des technologies de l’information). Le syndicat réunissant les industriels de l’informatique « s’émeut vivement » du projet, qui concerne aussi les ordinateurs et téléphones mobiles. « La France est en retard sur ses concurrents européens en termes de connexions internet et d’équipement en PC » commente l’organisation ; l’équipement de nouveaux foyers « ne peut qu’être très négativement impacté par une éventuelle taxation des PC. »

Consommateurs

Qu’est-ce qu’on y gagne ?

Côté consommateur, c’est l’UFC-Que Choisir qui monte au créneau. « S’il s’agit de créer une nouvelle taxe, qui va s’ajouter à la redevance, sans donner de nouveaux droits dans l’univers numérique, comme la liberté de copie ou d’échange, alors c’est un jeu de dupe » a déclaré l’association. C’est que nous soulignons dans nos cinq propositions pour l’audiovisuel numérique public. Cette taxation ne doit pas se contenter de piocher dans la poche du consommateur. Elle doit aussi se voir accompagnée de mesures qui lui profiteront, notamment en faisant de France Télévision un véritable service numérique.

Création

Une baisse des financements

Chez les ayants droit, on s’inquiète. La SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) craint que cette mesure « ne conduise à une évaporation des ressources qui irriguent aujourd’hui le champ audiovisuel et qui participent au financement de la création. » L’APC (Association des producteurs), qui considère les chaînes publiques comme les « pierres angulaires du financement et de l’exposition au public du cinéma français », doute des solutions envisagées par le gouverment. Il réclame « des moyens accrus » pour les chaînes publiques. Et l’UGS (Unions Guilde des Scénaristes) redoute la mise en place « d’un financement provisoire et précaire » entraînant « la diminution puis la disparition de la création et de la diversité française. »

Politiques

Le cadeau de Nicolas Sarkozy à Martin Bouygues

Dans l’opposition, on n’a pas tardé non plus à faire s’entendre. Comme nous le notions à l’occasion de la présentation du projet, Laurent Fabius dénonçait à mots couverts le copinage entre Nicolas Sarkozy et Martin Bouygues. Le propriétaire de TF1 serait en effet le premier à bénéficier de cette mesure, par une migration des annonceurs des chaînes publiques vers les privées. François Bayrou lui aussi, s’étonnait du « cadeau » fait « aux télévisions privées. » Il appréhendait l’augmentation de la redevance et la création de taxes nouvelles, avant même que se fasse connaître son extension au matériel audiovisuel. Les faits lui ont finalement donné raison.

France Télévision

Attention, suppression d’emplois à l’horizon

Et chez les intéressés ? Car ce seront après tout les premiers à subir les conséquences de cette mesure. « Je serai naturellement très vigilant sur l’impact de cette décision en matière d’organisation de notre entreprise » expliquait Patrick de Carolis, patron de France Télévisions. « En particulier pour les collaborateurs de notre régie publicitaire, dont la pérennité de l’avenir professionnel au sein de notre groupe sera ma première préoccupation. » Evidemment, la division publicitaire de la chaîne ne risque pas de faire long feu. Néanmoins, Patrick de Carolis semblait satisfait que le gouvernement donne enfin une ligne de conduite à la chaîne. « A plusieurs reprises, depuis deux ans, j’ai demandé à notre actionnaire une clarification de notre mode de financement » explique-t-il. « Cette clarification est aujourd’hui faite. Elle valide notre stratégie éditoriale. Elle va permettre de renforcer encore l’identité du service public. » Il ne se gêne pas en revanche pour dénoncer le cadeau fait aux chaînes privées. « Ne croyez pas que le pouvoir souhaite nous brimer, il souhaite simplement favoriser nos concurrents, et c’est cela qui nous pénalise. »

Chaînes privées

Une mesure tout à fait juste

On ne s’étonnera pas de voir les seules chaînes privées se réjouir de cette mesure. Martin Bouygues, propriétaire de TF1, s’est jusque là fait discret. Mais Nicolas Tavernost, PDG de M6, ne s’est pas privé pour afficher sa satisfaction. « Je ne vois pas en quoi c’est critiquable » pose-t-il en avocat du diable. « Partout où la télévision en général se porte mieux, c’est dans les pays où il y a le moins de publicité sur la télévision », à savoir au Royaume-Uni et en Allemagne. « Là où il y a des crises à répétition, c’est la RAI (chaîne publique italtienne) et l’Espagne, où il n’y a pas de limitation de publicité sur la télévision publique. »

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