La SACD réagit aux propos de Nicolas Sarkozy concernant la suppression de publicité sur les chaînes publiques. Elle estime que, de la façon dont le président présentait la réforme, la production audiovisuelle française s'en retrouverait largement perdante.

Il était évident, quand nous rapportions la nouvelle, que les déclarations de Nicolas Sarkozy concernant la suppression des publicités sur les chaînes publiques n’allaient pas tomber dans l’oreille d’un sourd. Aujourd’hui, c’est la SACD qui réagit. La société d’auteurs représente, dans le cadre de l’audiovisuel, les réalisateurs et les scénaristes français. Courbettes oblige, l’organisme se dit réjoui « de la volonté du Président de la République d’inscrire les auteurs, la création et la culture au coeur du développement de France Télévisions et de renforcer la singularité du service public ».

Mais quant aux modalités de mise en œuvre, elle « reste dubitative ». En effet, la SACD estime que la suppression des publicités créerait un manque à gagner de 830 millions d’euros par an. Elle se demande donc bien comment la taxe prévue pourrait compenser un tel trou – à moins que le président ne voit dans le terme « infinitésimale » bien plus que nous lui accorderions d’emblée.

Dès lors, la SACD redoute, à juste titre, que « cette suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques ne conduise à une évaporation des ressources qui irriguent aujourd’hui le champ audiovisuel et qui participent au financement de la création. » Ce n’est pas tellement la fuite des revenus publicitaires vers TF1 ou Canal + que la SACD montre du doigt. Après tout, ces deux chaînes contribuent largement à financer la production cinématographique française. C’est plutôt vers « les nouveaux acteurs de la TNT et de l’Internet », dont elle estime que « la contribution à la création audiovisuelle et cinématographique est marginale, faible, voire nulle. »

Aussi, l’organisme en profite pour critiquer le recul du gouvernement, lorsqu’il s’agissait d’augmenter l’investissement des diffuseurs dans les œuvres audiovisuelles. Il estime qu’il serait « déplacé et choquant que certains groupes audiovisuels privés continuent à réclamer une diminution de leurs obligations en faveur de la création tout en bénéficiant d’une nouvelle rente publicitaire. » Il faut bien avouer que l’idée de Nicolas Sarkozy n’a que peu de cohérence avec ce dernier projet, et la SACD aurait préféré que les deux soient pensés ensemble.

Ce que réclame donc l’organisme, c’est d’abord de mettre en place une « commission de réflexion large, diversifiée et pluraliste » afin de penser la réforme sous tous ses aspects. La SACD semble tout aussi surprise que nous, de voir le président sortir des propos issus d’une discussion qu’il semble avoir mené avec pour seul interlocuteur son pommeau de douche un dimanche matin.

Quant à la vision de la réforme, il la verrait bien plus dans le modèle allemand ou britannique que dans ce système de taxes, à savoir, « une augmentation conséquente de la redevance audiovisuelle. » Ici, les réalisateurs trouveraient largement leur compte car ils seraient sûrs d’en profiter plus ou moins directement. Rappelons que la redevance audiovisuelle sert en parti à financer la production cinématographique dans le cadre des subventions accordées par le CNC.

Puis il faut bien reconnaître qu’une augmentation de la redevance – aussi critiquable soit-elle – paraît déjà bien plus logique que de vouloir faire payer Internet ou la téléphonie mobile avec derrière l’idée qu’il serait plus facile de taxer quelque chose dont tout le monde dispose.

Mais le consommateur ne s’estimera-t-il pas lésé par une augmentation de la redevance ? Car cela reviendrait un peu à le faire payer pour ne plus avoir de publicité ; certains approuveraient, d’autres non. Dans tous les cas, cette histoire aura son lot de gagnants et de perdants.

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