Nous ne manquerons pas à la tradition en vous souhaitant en ce 31 décembre 2002 nos meilleurs voeux pour l'année 2003. Pour faire court mais juste, nous vous la souhaitons comme vous vous la souhaitez. En outre, ce 31 décembre est également l'occasion de faire le point sur l'année 2002 et d'avancer quelques prévisions sur l'année 2003...

Depuis la naissance du P2P en 1998 avec Napster, jamais année n’aura été si riche en la matière. Si ce premier a fini dépouillé aux enchères, bien d’autres réseaux ont su prendre la relève et se révéler tout aussi brillants. Si l’on met de côté eDonkey qui mériterait des développements entiers pour lui tout seul, 2002 aura marqué le nouvel ordre du P2P : décentralisation.

Endeuillé par la mort clinique d’Audiogalaxy, 2002 aura en effet vu émerger de nouveaux réseaux qui ont su tirer les leçons des échecs passés. C’est ainsi que Jed McCaleb a laissé de côté sa communauté pour se consacrer au développement d’une version sans serveur d’eDonkey, dévoilée dans nos colonnes le 3 mai 2002. Gnutella, l’un des premiers réseau décentralisé, a connu en 2002 bien des évolutions avec notamment le développement de supernodes (mini-serveurs locaux), du multisourcing, des metadata, et autres liens de téléchargements. Autant d’inovations réalisées en partie sous l’impulsion d’un nouveau venu, Shareaza, qui décidera finalement en fin d’année de se lancer dans l’aventure d’un Gnutella 2. Rappelons pour clore l’épisode Gnutella sur une note triste la mémoire de Gene Kan, spécialiste et grand pédagogue du réseau, qui nous a quitté trop tôt un certain 9 juillet 2002…

Mais 2002 c’est aussi le développement du haut-débit dans les foyers, sans lequel le P2P ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. C’est par conséquent l’inquiétude grandissante des majors de l’industrie du divertissement, alliés dans une guerre sans fin contre ce qu’ils appellent encore le piratage, et instigateurs de versions légales et payantes de systèmes concurrents. C’est la multiplication des procédures et condamnations judiciaires, mais également l’apparition de premières victoires pour le P2P avec le gain d’un procès néerlandais pour KaZaA en début d’année, ou plus indirectement et récemment du procès ElcomSoft mettant en jeu le DMCA.

Enfin, 2002 a vu l’apparition d’un nouveau site dans le monde du P2P francophone, un site qui n’existe que grâce à vous et à tous ceux qui en donnent la matière et la raison d’exister. Ratiatum est né le 18 avril 2002.

Que peut-on attendre de 2003 ?

Mais trève de 2002, passons en 2003 et tentons de prédire ce qui peut s’y passer dans le monde merveilleux du P2P.

2002 a été l’année de la naissance de nombreux réseaux P2P. 2003 sera l’année de leur développement, ou de leur disparition. Parmi les réseaux en tête de course qui pourraient bien gagner un public nombreux en cette nouvelle année, nous citerons File Spree qui bien que tardant à se doter des quelques dernières fonctions qui en assureront le succès, devrait vite se faire connaître.
Mais de façon plus certaine, il en est un dont vous entendrez beaucoup parler dans le monde des P2P musicaux : Blubster. Avec un réseau très rapide et une interface simple d’emploi, il ne pourra pas rester bien longtemps aussi confidentiel.
De même, Shareaza et son Gnutella 2 promettent de faire parler d’eux comme jamais. A la vitesse où s’est développé ce logiciel, on ne peut qu’avoir une grande confiance dans son développement à venir.

Plus énigmatiques sont les devenirs d’Overnet et eDonkey. Si pour ce dernier l’arrivée d’eMule a été un souffle salvateur, on ne peut que s’interroger sur la capacité de Jed McCaleb à fédérer une communauté aussi forte autour de son nouveau réseau Overnet. Le démarrage est très difficile, ce qui n’est pas bon signe pour un logiciel qui disposait pourtant d’une telle rampe de lancement… S’agira t-il du flop 2003 ? Nous ne le souhaitons pas, mais nous le craignons fort.

Et que dire de KaZaA ? Son avenir est plus que jamais incertain. Le réseau Fast Track sur lequel il s’appuye est actuellement entre les mains de la justice américaine. Peut-être subira t-il en 2003 le même sort qu’Audiogalaxy en 2002, et que Napster en 2001.

Toujours dans la série des interrogations, quelle place parviendront à gagner en 2003 les réseaux dits « anonymes » tels que FreeNet ou DP2PFTP ? Certains y voient une direction essentielle du P2P, d’autres une simple utopie de révolutionaires de la nouvelle ère. Bien malin est celui qui peut prédire leur développement pour les mois qui viennent.

Sur un terrain plus stratégique, 2003 sera l’année d’une bataille. Celle des hash-links, ces liens qui permettent en un clic de souris de télécharger un fichier sur un réseau P2P. eDonkey avait lancé la technologie il y a deux ans, reprise par File Spree et depuis par de nombreux clients P2P. KaZaA et WinMX disposent des leurs grâce à des addons non officiels, et iMesh s’est lancé au galop dans la course avec son système FireLoad. Shareaza compte également beaucoup sur ces liens pour s’imposer auprès des spécialistes.
Celui qui imposera son standard sur les sites Internet gagnera une popularité qu’il est encore difficile de mesurer à l’heure actuelle…

Mais toute cette folie P2P pourrait bien être arrêtée nette dans son envol, au niveau des fournisseurs d’accès à Internet. En France, les accès hauts-débits sont pour l’instant illimités, mais il n’est pas garanti que les choses restent en état en 2003. Dans de nombreux autres pays y compris européens, les quotas de bande passante ont fait leur apparition, limitant d’autant l’utilisation des logiciels de P2P et donc les sources disponibles sur les réseaux.
Il n’est également pas inconcevable de penser que la solution à la rémunération des créateurs d’œuvres piratées se fasse à la source, au niveau de ces mêmes FAI. On assisterait alors sans doute à une division de l’offre, entre des abonnements classiques non taxés mais bridés, et des abonnements spécialement dédiés au P2P, non bridés mais taxés à la manière des supports vierges et autres droits SACEM. Il serait cependant surprenant qu’une telle avancée soit prise dès 2003…

En bref et pour conclure un article qui pourrait s’étaler dans de biens plus amples développements, 2003 sera sans doute une année riche, plus d’un point de vue stratégique que technique, mais au moins aussi passionnante que l’année que nous quittons aujourd’hui. Rien ne commence, rien ne s’arrête, tout continue…

Bonne et heureuse année 2003.

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