Les menottes aux poignets de l’administrateur du site OiNK.cd resteront sans doute comme l’une des images fortes lorsque l’on voudra illustrer bientôt la folie qui a emparé l’industrie du disque dans les années 2000. Ou comment la police, les maisons de disques et la BBC s’étaient alors concertés pour faire passer l’arrestation du Britannique de 24 ans pour le démantellement d’un véritable gang de malfaiteurs.

Depuis, nous avons vu à quel point la communauté OiNK n’avait rien du groupuscule de pirates organisé qu’avait cherché à décrire la Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique (IFPI). « Ca n’était pas une affaire d’amis en train de partager de la musique pour le plaisir« , avait déclaré à la presse Jemery Banks, le responsable anti-piratage de l’IFPI. En fait, si, ça n’était vraiment que cela, à grande échelle.

Dans une interview au New York Magazine, le leader de Nine Inch Nails Trent Reznor raconte qu’il était lui-même utilisateur de OiNK. « J’admettrai que j’avais un compte là bas et que je le fréquentais assez souvent« , dit-il. « En fin de compte, ce qui faisait de OiNK un endroit super c’est que c’était vraiment le plus grand magasin du monde. Quasiment tout ce que vous pouviez chercher, c’était là, et c’était au format que vous vouliez. Si OiNK avait coûté quoi que ce soit, j’aurais certainement payé, mais il n’y a pas d’équivalent de cela dans le domaine commercial en ce moment« , ajoute Reznor, qui dit ne pas se sentir à l’aise avec iTunes. « Je ne crois pas que leur produit soit si bien que ça : des DRM, un bit rate bas, etc.« .

Reznor fait même l’apologie des pre-releases diffusées sur OiNK. « Si votre groupe préféré dans le monde a un disque qui a été diffusé avant sa sortie, est-ce que vous l’écoutez ou est-ce que vous ne l’écoutez pas ? Les gens sur ces forums, ils sont reconnaissants envers la personne qui l’a uploadé, c’est un héro. Ils ne le volent pas parce qu’ils vont en tirer de l’argent, ils le volent parce qu’ils adorent le groupe. Je ne dis pas que OiNK est morallement acceptable, mais ce que je sais c’est qu’il remplissait un vide dans ce que les gens demandaient ».

Trent Reznor a quitté récemment le circuit des majors en protestant ouvertement contre le comportement des maisons de disques et avec l’intention de diffuser lui-même son prochain album par Internet. Il produit également le nouveau disque de Saul Williams (le « Grand Corps Malade » américain), qui sera disponible en ligne gratuitement ou contre un versement volontaire sur le site officiel de l’artiste dès ce jeudi 1er novembre. Mais parmi les artistes qui sont encore sous contrats dans des maisons de disques, combien sont comme Trent Reznor et trainaient sur OiNK pour découvrir de la musique ?

La relève de OiNK est déjà assurée

Comme toujours lorsque l’industrie du disque parvient à fermer un robinet, d’autres fuites explosent. Deux sites, What.cd (créé le jour de la fermeture de OiNK) et Waffles.fm promettent de prendre la relève sur le même modèle d’accès restreint sur invitation. Ce dernier est opéré par les administrateurs de The Pirate Bay, qui misent sur un départ en douceur de 200 invitations avant de monter progressivement.

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