Le procès qui oppose la RIAA à Jammie Thomas tourne à son net désavantage. Les résumés qui en sont faits donnent le sentiment d'un plaidoyer, du côté des ayants droits, bien mieux mené que la défense "bâclée" de la présumée P2Piste .

La suite de l’affaire Capitol Records contre Jammie Thomas. Pour rappeler brièvement les faits, la présumée P2Piste faisait parti de ces 20.000 internautes poursuivis par la RIAA pour avoir téléchargé des morceaux sur le peer-to-peer. Si l’association qui défend l’intérêt des majors a toujours cherché à régler ses procès à l’amiable, celui de Jammie Thomas est le premier à avoir franchi les portes du tribunal.

Une défense battue en brèche

Il existait bien peu d’élements pour la RIAA de prouver la culpabilité de Thomas : une simple adresse IP, aucun fichier compromettant sur le disque dur. Et pourtant, le procès semble tourner à son avantage, la faute à un avocat de la défense qui semble bien moins maîtriser l’art du barreau que celui des ayants droit.

Cette deuxième journée s’ouvrait donc sur le plaidoyer de Brian Toder, l’avocat de Jammie Thomas. Appelant l’expert technique de la RIAA à la barre, il réussi à lui faire avouer qu’une « adresse IP n’identifie pas un individu ». Il suggère alors que celle de Thomas aurait pu être usurpée pour se servir de Kazaa. Un bon point, mais Richard Gabriel, pour le compte des ayants droit, contre-attaque aussi sec : « Croyez-vous que c’est le cas dans cette affaire ? » L’expert répond non. Toder bataille ferme, évoque toutes les possibilités : hacks, spoofs, etc. mais l’expert ne cesse de répondre par la négative. Dernière possibilité, le piratage de la connexion Wi-Fi. Le témoin ne manque pas alors de signaler que l’accusé ne possédait pas de connexion sans fil. Malaise. Il aurait peut être été judicieux pour l’avocat de se renseigner auprès de sa cliente avant d’évoquer une telle possibilité.

Une contre-attaque fulgurante

C’est au tour de Jammie Thomas de venir témoigner. Rappelez-vous cette bourde commise hier par Gabriel, qui avait fait déclarer à Jennifer Pariser, juriste chez Sony BMG, qu’effectuer une simple copie d’un CD était du vol. Et bien l’avocat a trouvé le bon moyen de la retourner à son avantage. « Avez-vous déjà gravé un CD, pour vous même ou pour donner à des amis, demande-t-il à l’accusée.
– Oui.
Aviez-vous la permission des ayants droit pour le faire ?
– Non. »

Bien sûr, tout le monde grave des CDs sans pour autant s’en inquieter mais ce genre de démonstration risque de faire mouche chez les 3 jurés qui ne sont pas familiarisés à l’informatique. Oui, l’accusée possède déjà un comportement déviant par le simple fait de graver ses disques. Et concernant le doute qui subsiste encore sur le lien entre Jammie Thomas et le pseudonyme utilisé sur Kazaa « tereastarr », Gabriel ne manquera pas de souligner le fait que l’accusée, de son propre aveu, possède des albums des artistes téléchargés et a déjà vu certains d’entre eux en concert.

L’avocat appelle ensuite à la barre Cary Sherman, président de la RIAA, avant d’essuyer le refus du juge estimant son témoignage non valable. Richard Gabriel ne lâche pas prise et on atteint le sommet de la farce lorsqu’il tente d’expliquer qu’il est important que les gens comprennent pourquoi la RIAA poursuit des personnes comme Thomas dans des procès coûteux : « Les procès comme celui-ci ne sont pas faits pour gagner de l’argent » proteste t-il. « C’est pour faire parler… Nous sommes très sérieux avec ça même si le préjudice subi est infime ».

Et du côté de la défense ? On dirait bien que Brian Toder ait joué toutes ses cartes. Il est d’ailleurs très regrettable qu’il n’ait pas pris la peine d’appeler un expert sur la question du peer-to-peer histoire de relativiser les propos tenus par Jennifer Pariser. Mais rien n’est fait, pas même un témoin dans sa poche.

On devrait connaître l‘issue du procès demain mais vu sa tournure, il reste bien peu de chances à Jammie Thomas de l’emporter sur la RIAA. Les armes sont inégales, c’est – presque – la fin du mythe.

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