EMI évite sagement d'être racheté par son concurrent américain Warner Music Group. La major britannique a accepté aujourd'hui une offre qui valorise EMI à 3,6 milliards d'euros, formulée par le fonds d'investissement Terra Firma. Pour quelle stratégie artistique à l'avenir ?

Se faire racheter par un fonds d’investissement est sans doute ce qui pouvait arriver de mieux à EMI… La major britannique était en effet convoitée depuis de très nombreux mois par sa rivale américaine, Warner Music Group, qui s’était vu rejeter une offre à 3,1 milliards d’euros au mois de mars dernier. Même si l’opération aurait pu permettre aux deux « petites majors » de se hisser au niveau des grandes Universal Music et Sony BMG, la philosophie des deux labels était sans doute trop opposée pour permettre une fusion pacifique et constructive. Les oppositions s’étaient d’ailleurs manifestées récemment par le souhait formulé par EMI d’arrêter les DRM, quelques jours seulement après que le patron de Warner Music Group ait indiqué qu’il n’était pour lui pas question d’abandonner les verrous numériques sur ses œuvres.

Terra Firma, qui a profité d’une mise aux enchères avec l’ouverture de ses livres comptables par EMI, a proposé au groupe britannique 365 pence par action. L’offre, qui a été acceptée par EMI, valorise le label à 2,4 milliards de livres, soit environ 3,6 milliards d’euros. Mais le rachat coûtera en fait beaucoup plus au fonds d’investissement, qui reprend les dettes d’EMI Group à son compte. L’opération coûtera donc au total 3,2 milliards de livres (4,8 milliards d’euros) à Terra Firma.

John Gildersleeve, président de EMI, a indiqué avoir reçu plusieurs propositions mais avoir préféré celle de Terra Firma, qui va injecter du cash directement, sans difficultés règlementaires. Selon les rumeurs, Warner Music Group aurait lui-même réhaussé son offre jusqu’à 4,3 milliards de dollars, mais les incertitudes sur le feu vert des autorités européennes (remis en question dans la fusion Sony BMG) faisait sans doute peser de trop gros risques d’échecs.

Gui Hands, qui dirige le fonds Terra Firma, a assuré que son objectif était « de construire sur l’actuelle position d’EMI une des plus grandes entreprises musicales du monde et d’accélérer le développement de sa stratégie numérique et en ligne pour exploiter pleinement cette opportunité de croissance de long terme ». La nouvelle est excellente pour les actionnaires d’EMI (le titre terminant en hausse de 9,3 % à 271 pence), mais il faudra du temps avant de voir l’impact de l’investissement sur la politique artistique d’EMI. Si la major parvenait jusqu’à présent à garder un esprit de développement de nouveaux talents, avec des prises de risques importantes, le fait d’être racheté par un fonds d’investissement ne va-t-il pas la contraindre à marcher davantage sur le terrain très commercial occupé par Universal Music ?

C’est sans doute malheureusement la voie la plus simple pour renouer avec le profit, et celle qui sera dictée par l’investisseur qui voudra un retour sur investissement. Il hérite d’une société en très mauvaise santé. EMI a publié ses résultats annuels également aujourd’hui, et ils sont peu encourageants. Le groupe perd 263,6 millions de livres sur l’année fiscale (arrêtée le 31 mars 2007) contre un gain de 118,1 millions l’an dernier, et perd 15,8 % de chiffre d’affaires à 1,751 milliards de livres. Avec une croissance relativement faible (46,5 %) au regard de sa jeunesse, le numérique ne parvient pas à combler l’érosion de l’entreprise, et compte encore pour moins de 10 % du chiffre d’affaires total du groupe, avec 9,4 % des revenus d’EMI. Il n’est pas dit que l’abandon tardif des DRM suffise à dynamiser suffisamment ce marché.

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