Samedi, face aux professionnels de la culture, François Bayrou a dénoncé la loi DADVSI mais habilement ménagé toute l'industrie culturelle sans trahir la confiance des internautes. Un numéro d'équilibriste qui risque d'être très difficile à tenir dans la longueur...

L’UDF de François Bayrou organisait samedi au Sénat un colloque consacré à la culture, auquel étaient invités les professionnels du secteur. Fidèle à sa posture, il a d’abord commencé par dénoncer « les innombrables pressions exercées sur ceux qui avaient accepté de participer à ce colloque, et dont certains nous ont dit qu’ils n’avaient pu résister à ces amicales pressions ». « Je trouve stupide qu’un pays comme le nôtre en soit ainsi à ces attitudes sectaires », a dénoncé le candidat du centre. qui propose de « sortir du sectarisme pour entrer dans la tolérance, dans la capacité à s’écouter, à se parler, et j’espère à travailler ensemble ». Préambule entendu, François Bayrou s’est ensuite attaché avec la plus grande prudence à ne pas heurter les sensibilités des uns ou des autres.

A propos des droits d’auteur (un sujet « brûlant » pour une question « importante et difficile »), le leader de l’UDF a d’abord rappelé sa conviction : « Internet est une révolution aussi importante que celle qui intervint voici cinq siècles quand Gutenberg inventa l’imprimerie – qui a entraîné la Réforme, les guerres de religion, un bouleversement de civilisation ». Louant cet « univers nouveau » où « l’information devient active », « sans limite de temps ou de lieu », où « le partage gratuit joue un très grand rôle », Bayrou a souligné l’exemple de Wikipedia, où « en cinq ans, par contributions volontaires, on a bâtit la plus importante encyclopédie de l’histoire ».

« Que tout ne soit pas marchand, c’est la logique quotidienne d’une grande partie de l’internet. Ce modèle rencontre frontalement la question des droits d’auteur, de la rémunération des créateurs », rappelle le candidat aux élections présidentielles. Flâtant son auditoire, il utilise alors une formule très contestée mais maintes fois employée pour justifier la loi DADVSI : « s’il n’y a pas de rémunération et protection des droits, il n’y a plus de création ! ». Le postulat annonçait la couleur de ce qui allait suivre, d’une impeccable diplomatie où chaque mot est pesé pour ne vexer personne et ne laisser transmettre aucune réforme qui ne serait souhaitée par les uns ou par les autres :

« Mon intuition, c’est que deux secteurs vont vivre en même temps : celui des droits protégés sous forme d’achats en ligne, moins chers qu’aujourd’hui ; un secteur dédié au partage gratuit, comprenant les œuvres libres de droit et celle que leurs créateurs et interprètes auront mis à disposition. Et peut-être des contributions, volontaires ou obligatoires, pourront intervenir, comme on l’a fait avec la taxe sur la copie privée – 60 Millions d’euros, qui permet à des spectacles vivants d’être organisés. On n’a pas trouvé le modèle définitif. J’ai vu ce qu’Apple dit sur le sujet, il y a des évolutions très importantes.

En un paragraphe, François Bayrou défend le modèle payant, le modèle gratuit, les licences libres, l’accès au domaine public, un financement indirect de type licence globale (optionnelle ou non, il ne faut pas trancher), et même le retrait des DRM dont il ne critique cependant pas tout à fait l’emploi. Prenez ce que vous voulez, c’est gratuit.

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