Rien ne va plus pour EMI. La maison de disques britannique, troisième du marché mondial et poids lourd de l'industrie musicale, a lancé un avertissement sur ses résultats annuels et perd ses deux têtes dirigeantes et prévoit un plan de restructuration.

Le PDG Alain Levy et le vice-président David Munns ont été, comme le veut la formule, remerciés de leurs bons et loyaux services à la tête de EMI Music. Eric Nicoli, le président de EMI Group depuis juillet 1999, prendra également les fonctions de Directeur général d’EMI Group, et supervisera les activités d’EMI Music en attendant de probables nouvelles nomination. Ce coup de balai à la direction de la maison de disques est la conséquence de résultats financiers particulièrement mauvais.

« La performance d’EMI Music au second semestre est à ce jour, en termes de chiffre d’affaires et de résultats, en deçà des attentes », a indiqué le groupe dans un communiqué. EMI lance un avertissement sur ses résultats et prévoit une baisse de 6 à 10 % de ses revenus d’activité musicale pour l’exercice 2006-2007. En conséquence, le titre en bourse décroche de près de 7 % depuis ce vendredi matin.

Pour se récupérer, EMI Group annonce vouloir économiser 110 millions de livres par an, soit 164,7 millions d’euros, notamment par un plan massif de restructuration et donc des licenciements. Mais au delà de ces solutions froidement mathématiques, le groupe a-t-il les ressources et l’envie de redresser une société qui subit de plein fouet la transition technologique et un secteur des loisirs de plus en plus concurrentiel ?

Une chance pour un nouveau départ ou le début d’une fin

Actuellement chez EMI, une grande partie du personnel encadrant doute de son avenir. D’abord des discussions de fusion avec Warner Music ont échoué, en partie suite à la sanction du tribunal d’instance des communautés européennes contre la fusion entre Sony et BMG, et en partie à cause d’une valorisation très difficile des deux maisons de disques. Ensuite, le fonds Permira qui avait tenté une acquisition de EMI Music s’est heurté à un mur lorsque le Conseil d’administration a rejeté l’offre émise. Peut-être Alain Levy et David Munns payent-ils aussi leur égo et le fait d’avoir manqué une occasion rêvée. Car selon certaines sources, les employés d’EMI n’attendent plus que cela : être enfin racheté.

Mais EMI a tout de même la possibilité de rebondir. Comme le montraient les résultats du premier semestre, le groupe a pris du retard sur le numérique. Mais c’est peut-être pour EMI le moment idéal pour enfin prendre le risque d’innover, et de laisser ses trois concurrents internationaux (Universal, Sony-BMG et Warner) rester les seuls à vendre de la musique avec DRM. Le britannique ne peut-il pas être cette major mystère dont l’on dit ci et là qu’elle pourrait dans les semaines à venir lancer une offre à base de fichiers MP3 non verrouillés ? Celle qui se dit être (non sans humour sans doute) la « plus grande maison de disques indépendante du monde » a déjà fait un petit pas dans cette direction en officialisant l’abandon des sytèmes de protection anti-copie sur ses CD. Surtout, elle a été la première à vendre un album au format MP3 sans DRM avec le disque Thinking About You de Norah Jones, vendu sans protection par Yahoo Music.

Pour EMI, l’année 2007 est une chance à saisir pour prendre un nouveau départ et saisir à pleines mains les chances du numériques. Il lui faut exploiter les outils qu’elle possède déjà comme le très bon TuneGlue, et mettre en valeur ses talents. Sur ce dernier point, la seule ombre au tableau est dénommée Barney Wragg. Après cinq années passées au service d’Universal Music, Wragg a été débauché par EMI en août 2006 pour piloter les orentiations numériques du groupe. Or Barney Wragg est un grand amateur des DRM et fut un des hommes clés de l’initiative SDMI dans les années 1990.

De l’influence de Barney Wragg ou de l’évolution de ses convictions dépendent sans doute en partie l’avenir de EMI. En attendant, le plan d’économie annoncé peut faire craindre le pire sur les risques artistiques que prendront les divisions nationales. En France, EMI France met en avant sa culture du risque et la valorisation des artistes pour se différencier d’Universal Music. Saura-t-elle éviter de tomber dans la Crazy Frog Academy ?

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