Webradios : un tarif obsolète pour le diffuseur-payeur

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 04 Octobre 2006 à 10h38 - posté dans High-Tech

Après des années de tolérance faute d'une loi parfaitement claire et de visibilité suffisante du marché, les maisons de disques ont finalement adopté un tarif qui annonce une rarification des webradios en France. Pour tenter néanmoins de sauver le principe du diffuseur-payeur, quelques souplesses sont à l'étude. Mais ne faut-il pas revoir l'ensemble du modèle économique des webradios ?

Alors que la licence globale était rejetée après un débat houleux, la loi DADVSI n'a pas souhaité même étendre aux webradios le régime de rémunération équitable qui existe pourtant pour les mêmes radios dans le monde analogique hertzien. Ces dernières, en effet, n'ont pas à demander l'autorisation aux producteurs pour diffuser leurs chansons, puisqu'ils doivent simplement s'acquiter d'une rémunération dite "équitable" auprès de la SPRE (pour les artistes interprètes et producteurs) et de la Sacem (pour les auteurs et compositeurs). Les webradios, en revanche, sont soumises au droit exclusif le plus pur et ne bénéficient d'aucune licence d'office. Chaque diffuseur de musique sur Internet doit obtenir l'accord expresse des maisons de disques et des auteurs et compositeurs de musique.

Après des années de bataille, le tarif est finalement fixé. Un accord avec la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP, qui représente les majors) et la Société civile des producteurs de phonogrammes (SPPF, les "indépendants"), prévoit un minimum syndical de 3 000 euros par an à la SCPP, et de 1 500 euros par an à la SPPF. Sommes déjà lourdes auxquelles s'ajoutent des rémunérations variables basées par exemple sur le chiffre d'affaires généré ou sur le nombre de canaux de diffusion mis en place par la webradio. Puis viennent les rémunérations pour les auteurs-compositeurs d'un côté, et pour les interprètes de l'autre.

01Net précise que dans sa grande bonté, la SCPP devrait proposer une tarification spéciale inférieure à 75 euros par mois (soit 900 euros par an) pour les petites webradios qui n'ont que quelques centaines d'auditeurs au plus, et qui donc probablement ne gagne nul argent par la diffusion promotionnelle des titres des maisons de diques. Rien n'est décidé en revanche à la SPPF, dont les titres sont justement plus souvent diffusés sur les petites radios indépendantes.

Mais ces petites retouches tarifaires et l'usine à gaz mise en place nous rappelle que le principe de faire payer les diffuseurs est très artificiel et qu'il aurait été bon d'y songer lors des débats sur DADVSI. Le principe du diffuseur-payeur ne gagnerait-il à être substitué par le principe de l'auditeur-payeur ?

Auditeur-payeur : l'inévitable débat sur la licence globale

On ne cessera probablement jamais de revenir encore et toujours sur le débat autour de la licence globale. Mais c'est que malgré ses perfections, la licence globale répond à de nombreuses interrogations et apporte une réponse aux réalités de la diffusion de la musique sur Internet.

"Après les webradios, la prochaine étape va concerner les podcasts et les droits associés à leur diffusion", prévient déjà 01Net dans son article. Les producteurs veulent donc conclure des accords marchands avec chacun des diffuseurs de webradios et de podcasts musicaux. Mais c'est ne pas se rendre compte que le diffuseur a changé de nature. Hier, l'exploitation du spectre hertzien pour diffuser des chansons sur les ondes FM limitait par nature les diffuseurs à un nombre très restreint, et imposait par incidence leur caractère commercial. Il ne pouvait y avoir qu'un très petit nombre de médias, condamnées pour survivre à séduire le plus grand nombre, et ce fut l'ère des mass media.

Aujourd'hui les mass media n'ont plus de raison technique pour exister. Cela prendra des années mais beaucoup s'accordent à penser qu'il y aura grâce à Internet une explosion du nombre de médias, et surtout que la professionnalisation du diffuseur est en voie de disparition. Le public amateur devient lui-même diffuseur. Il choisit les chansons qu'il aime et les diffuse sur son blog, sur son réseau P2P ou son logiciel de messagerie instantanée, pour un coût proche de zéro et avec un auditoire au volume extrêmement réduit. Il fait lui-même ses propres podcasts. Ceux-là ne paieront pas pour diffuser de la musique, même 75 euros par mois. Le rêve des maisons de disques, conscientes de ce phénomène, est d'obliger les internautes à passer par des services payants pour acheter des licences des musiques qu'ils souhaitent diffuser. Mais il s'agit encore uniquement d'un rêve, et un rêve dont aucun signe aujourd'hui ne montre qu'il pourrait devenir réalité. La musique s'est exclue du monde marchand en pénétrant dans un monde décentralisé et dématérialisé.

Or s'il n'est plus possible de faire payer le diffuseur, qui doit payer pour rémunérer les créateurs ? Les plus extrémistes diront que personne ne doit les payer puisque l'art se crée pour l'art, mais les plus raisonnables en viendront sans doute à la conclusion qu'il faut renverser la vapeur et faire de l'auditeur le payeur. Soit directement, c'était le principe de la rémunération perçue par le fournisseur d'accès à internet. Soit indirectement, par l'extension de l'assiette de la rémunération pour copie privée à l'ensemble des biens dont la vente est réalisée grâce aux contenus non rémunérés.

La FNAC, en difficulté sur la vente de développement photo et de disques, ne disait-elle pas très récemment qu'elle se rattrapait aujourd'hui largement par la vente d'appareils photo numérique et de baladeurs MP3 ? L'argent qui allait aux créateurs n'a pas disparu, il faut simplement aller le chercher là où il s'est déplacé.
 
 
11
Commentaires à propos de Webradios : un tarif obsolète pour le diffuseur-payeur
 
SIDI
Le 04 Octobre 2006 à 11h16
moui à condition d'être vraimment consommateur.....
HirOshiMa
Le 04 Octobre 2006 à 12h36
"Or s'il n'est plus possible de faire payer le diffuseur, qui doit payer pour rémunérer les créateurs ?"

Personne. Les ventes de disques suffisent. Je ne vois pas pourquoi on ferait payer des diffuseurs alors qui font de la pub aux artistes qu'ils diffusent. Et oui, passer une musique, c'est en faire la pub.
Ça serait plutôt aux webradios de demander aux maisons de disques combien sont-elles prêtes à verser pour mettre en avant leurs artistes.
Coca-cola payent bien les carrefour et Cie pour mettre en avant leurs boissons dans les rayons.

Les maisons de disques ont fait de la musique un produit industriel. Jouons donc leur jeu : combien tu payes pour que je mettes ton produit en valeur ?
myki
Le 04 Octobre 2006 à 12h49
'Kad, le 01/01/1970 - 01:00
L'argent qui allait aux créateurs n'a pas disparu, il faut simplement aller le chercher là où il s'est déplacé.
Superbe conclusion !
TheTAZ
Le 04 Octobre 2006 à 13h24
'HirOshiMa', le 01/01/1970 - 01:00

Les maisons de disques ont fait de la musique un produit industriel. Jouons donc leur jeu : combien tu payes pour que je mettes ton produit en valeur ?



+1
Zorx
Le 04 Octobre 2006 à 14h55
Cela concerne les webradio francaises ou toutes?

a mon sens il existera toujours des webradio mais elles ne seront plus francaise , ces fameux "protecteurs des artistes" vont recevoir le retour de baton encore une fois, puisque s il n y a plus de webradio en france, la musique qu il cherche tant a diffuser va se rarefier encore un peu plus....

D autant plus que ce n est pas comme ca qu il risque de concurrencer des sites comme yahoo music ou l on trouve les clip et donc la chanson en acces libre et qui font office de webradio quand on ecoute le clip sans le regarder, enfin c est encore une question d argent de ces soit disant intermediaire protecteur de l artiste bien qu ils protegent (les intermediaires) leurs seules interets (financier)
darthbob
Le 04 Octobre 2006 à 22h02
:Hein: les producteurs et gestionnaires de droits français n'ont pas encore compris...

a force de faire payer l'auditeur (CD, DVD, TV, radios...) pour les productions françaises hors de prix, il va aller chercher ailleurs ce qu'on lui propose (cad les sociétés américaines google, MS ou yahoo)

et après on accusera les méchants pirates de réclamer des baisses de prix

mais ce sera trop tard, les frenchies auront disparu du marché
Jack_054
Le 04 Octobre 2006 à 22h04
Mon coiffeur est un pirate : il diffuse illégalement Europe 1 dans son salon gniarc gniarc :D
Pitistef
Le 05 Octobre 2006 à 09h03
'Jack_054', le 01/01/1970 - 01:00

Mon coiffeur est un pirate : il diffuse illégalement Europe 1 dans son salon gniarc gniarc :D


Alors sois un bon citoyen et dénonce le à la sacem.
Après tout ce vautour exploite le travail des artistes pour faire une plus-value à son commerce.
D'ailleurs je suis persuadé que la différence de chiffre d'affaire entre musique/pas musique justifie largement la somme exorbitante qui lui sera demandé en compensation....Mdr

Au fait, petite réflexion en passant, avec les technologies actuelles et la relative accessibilité du grand public au matériel de musique, les musicos méritent ils encore leur statut de personnes exceptionnelles. En effet, il est pas difficile de se rendre compte que le talent n'a plus forcément grand chose à voir avec le succès (genre Ilona, c'est tres sympa comme musique...mais croyez vous que si on la remplaçait par une autre gamine, ou même par une voie virtuelle, cela changerait quelque chose à son succès?). Dès lors qu'est-ce qui justifie que leur profession bénéficie d'un statut spécial?
Qu'est-ce qui justifie les aides apportées à la filière musicale (crédit d'impôt cette année) et les taxes prélevés pour elles? Pouquoi le petit boulanger ne peut-il prétendre à une taxe similaire sur les paquets de farine (qui sont certainement responsable d'une perte de leur chiffre d'affaire) ou même, plus réaliste, sur les baguettes pré cuites vendues en supermarché?

J'aimerais honnêtement sur quels critères objectifs on estime la valeur d'un travail (parce que moi perso je me suis tapé plusieurs années d'étude pour toucher un salaire honorable qui me permette de vivre tout juste confortablement).
Axis
Le 05 Octobre 2006 à 14h23
'Pitistef', le 01/01/1970 - 01:00
Qu'est-ce qui justifie les aides apportées à la filière musicale (crédit d'impôt cette année) et les taxes prélevés pour elles?

La musique n'est pas un bien ni un service comme les autres. Il s'agit d'une production culturelle, c'est pourquoi elle bénéficie de certaines aides.

On pourrait, sans être sérieux, se demander si la musique des majors ne serait pas un bien de consommation (après tout, on évoque bien l'industrie culturelle n'est-ce pas...), mais il y a de nombreux artistes chez les labels indépendants et, sur le web, de plus en plus d'artistes dans la musique libre par exemple. Comme on ne va pas différencier la musique provenant des majors de celle des autres sources, faute de critère valable, la musique dans son ensemble doit rester un produit culturel.

Après, on peut penser que si les labels indépendants ont intérêt à être aidés financièrement, les majors aux gros moyens peuvent s'en passer, mais bon, là c'est un point plus particulier.
 
Le 06 Octobre 2006 à 12h15
Une news pour vous ratiatum

http://tf1.lci.fr/infos/high-tech/0,,33383...amnations-.html

Vous avez déjà du voir mais on sait jamais ça vient de

http://news.google.f...?ned=fr&topic=n

@+
Elisheva
Le 07 Octobre 2006 à 16h07
'HirOshiMa', le 01/01/1970 - 01:00
Je ne vois pas pourquoi on ferait payer des diffuseurs alors qui font de la pub aux artistes qu'ils diffusent. Et oui, passer une musique, c'est en faire la pub.

+1 :bienvu:

Seul bémol, les majors considèrent sans doute que, parce que l'on peut enregistrer, il y a risque ( :mdr:) qu'on prenne nos petites cassettes et qu'on n'achète jamais le produit officiel. :D


C'est bien ce même argument qu'ils invoquent pour condamner le P2P, alors que lui aussi a cette fonction de publicité gratuite. Surtout pour les concerts, car on "pirate" pas une place: pour y aller, il faut payer.

Et comme une radio est plus facile à attaquer qu'un réseau de partage décentralisé, ils ne se gêneront. Même si cela va (une fois de plus :rolleyes: ) se retourner contre eux. Que ne ferait-on pas pour se faire de l'argent. :redcard:
 
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