Ce mercredi, plusieurs géants du web et les principaux opérateurs français ont rencontré le ministre de l'intérieur pour évoquer la lutte contre la propagande terroriste. Une réunion qui a satisfait le gouvernement, bien que ses interlocuteurs aient été considérés à tort comme les dirigeants d'Internet. Et pour cause : ces derniers n'existent pas.

Nous ne les connaissions pas du tout, nous ne savions même pas qu'ils existaient, mais visiblement le gouvernement les a rencontrés. Qui ? Les dirigeants d'Internet, bien sûr ! C'est en tout cas ce que l'on comprend en lisant l'actualité récente du gouvernement, avec la publication d'un bref compte-rendu intitulé « Lutte contre la propagande terroriste : le Gouvernement mobilise les dirigeants d'internet ».

Selon l'exécutif, étaient présents à la réunion des représentants de plusieurs grands groupes américains (Google, Facebook, Microsoft, Apple et Twitter) mais aussi des responsables des principaux fournisseurs d'accès à Internet (dont les membres de l'association des fournisseurs d'accès et de services Internet comme Orange, Bouygues Telecom, SFR).

Survenue ce mercredi, cette rencontre était le prolongement d'un déplacement du ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve aux États-Unis en février pour y rencontrer les grandes plateformes qui dominent le marché du numérique. Ce premier rendez-vous, déclenché peu après les attentats de janvier, visait à discuter des mesures à prendre pour détecter et contrer la propagande terroriste.

Évidemment, vous l'aurez compris, les sociétés américaines qui sont manifestement considérées comme les dirigeants d'Internet par le gouvernement n'ont aucune autorité légitime sur le réseau. Leur seul "mérite" est d'avoir réussi à devenir de gigantesques silos contenant des quantités inouïes de données personnelles, pour le plus grand bonheur des services de renseignement.

ICANN, IAB, IETF, ISOC, W3C…

Faut-il le rappeler, Internet n'a pas de dirigeant. Ce n'est ni un État, ni une entreprise, ni une association, mais un réseau décentralisé qui est en fait composé de milliers – de millions – d'autres réseaux à travers le monde. C'est ce que rappelle la société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet (ICANN) dans une infographie explicative (.pdf).

La gouvernance d'Internet "relève d'un réseau pluripartite décentralisé et international de groupes autonomes interconnectés provenant de la société civile, le secteur privé, les gouvernements, les communautés académiques et scientifiques ainsi que des organisations nationales et internationales". Son mode de fonctionnement et le rôle de la coopération ne sont pas sans rappeler un système adhocratique.

Quoiqu'il en soit, si le gouvernement avait vraiment voulu rencontrer des organisations ayant une autorité dans la structuration d'Internet, ce n'est pas en direction des "GAFA" qu'il fallait se tourner, mais plutôt vers l'ICANN, le forum sur la gouvernance d'Internet (IGF), l'Internet Engineering Task Force (IETF), l'Internet Research Task Force (IRTF), l'Internet Society (ISOC), les registres Internet régionaux, l'ISO 3166 MA, le W3C ou encore l'Internet Architecture Board (IAB), les forums de rencontre des opérateurs ainsi que les agences intergouvernementales. Mais c'est moins facile. Et moins vendeur.

( photo : CC BY-SA Flazingo Photos )

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