Deux ans après les révélations de Snowden, les Américains ont-ils changé leurs pratiques pour échapper un tant soit peu à la surveillance de masse ? Selon une enquête du Pew Research Center, c'est le cas d'un petit tiers. Mais l'efficacité réelle des mesures prises pour renforcer sa confidentialité reste à déterminer.

Deux ans après les révélations de Snowden sur les opérations de surveillance orchestrées par la NSA, les réactions outrées continuent d'affluer pour dénoncer la dérive vers une société panoptique. Mais au-delà des critiques sévères adressées aux agences de renseignement, le grand public a-t-il changé ses habitudes pour se protéger de l'espionnage de masse ?

C'est cette question que le centre de recherche américain Pew Research Center a voulu aborder, dans une étude consacrée aux mesures prises par les Américains pour préserver leur vie privée. Publiée en début de semaine, elle révèle que les révélations d'Edward Snowden ont poussé 30 % des Américains à prendre au moins une mesure pour se protéger des regards indiscrets du gouvernement.

DES ÉVOLUTIONS SUR LA VIE PRIVÉE…

Parmi les principaux enseignements que l'on peut relever, l'enquête montre que 17 % des sondés ont modifié les réglages de confidentialité sur les réseaux sociaux, tandis que 15 % indiquent passer moins de temps sur les sites communautaires. Concernant les applications sur les terminaux, 15 % disent en éviter certaines et 13 % expliquent qu'ils ont parfois opté pour la désinstallation pure et simple.

L'étude souligne également que certains Américains (14 %) cherchent à privilégier autant que possible les conversations de vive voix, plutôt que de passer par le téléphone ou les outils en ligne. Lorsqu'ils conversent sur la toile, 13 % des sondés s'efforcent de ne pas employer certaines expressions connotées et pouvant faire l'objet d'une surveillance attentive des agences de renseignement.

…MAIS QUI DEMEURENT LIMITÉES

Selon le Pew Research Center, on apprend que 25 % des Américains utilisent désormais des mots de passe plus complexes. Mais l'enquête montre aussi qu'il n'y a pas véritablement de changement de paradigme. Cela s'explique notamment par la méconnaissance du public, qui ignore l'existence d'outils qui fournissent une protection plus importante que ceux utilisés habituellement.

Ainsi, une majorité des sondés n'a pas adopté ou n'a pas connaissance des moteurs de recherche ne gardant aucun historique, des outils de chiffrement comme (PGP), des modules complémentaires pour navigateur (Blur, Privacy Badger), des serveurs proxys pour masquer la localisation de sa connexion Internet ou encore des logiciels d'anonymisation comme TOR.

VERRE A MOITIÉ PLEIN OU A MOITIÉ VIDE ?

Deux lectures peuvent être faites de l'enquête menée par Pew Research Center. L'on peut se féliciter que les révélations de Snowden ont a priori eu un impact sur près d'un Américain sur trois, ce qui est inespéré. Cela n'a pas mis fin aux opérations de la NSA, mais une partie très importante de la population a commencé à adopter de nouvelles pratiques pour se protéger.

À l'inverse, il reste encore une part très importante de la population qui reste indifférente ou inconsciente à la surveillance de masse (plus de deux Américains sur trois). En outre, l'ont peut aussi s'interroger sur l'efficacité des mesures mises en œuvre par le petit tiers d'Américains "éclairés". Par exemple, est-ce que le renforcement du mot de passe de Facebook est vraiment pertinent ?

De votre côté, avez-vous modifié vos habitudes depuis les révélations de Snowden ? Si oui, qu'avez-vous fait en particulier ?

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