La maison-mère de Numericable, Altice, ne ferme pas la porte à une acquisition de Bouygues Telecom, qui serait alors sa troisième prise sur le marché français, après SFR et Virgin Mobile. Mais une telle opération, si elle se concrétise, se heurterait à de nombreux obstacles.

Après SFR et Virgin Mobile, la maison-mère de Numericable va-t-elle jeter son dévolu sur Bouygues Telecom ? À en croire les déclarations faites cette semaine par le directeur général d'Altice, Dexter Goei lors d'une conférence organisée par la banque d'affaires Morgan Stanley, la multinationale luxembourgeoise serait disposée à effectuer une troisième opération d'envergure sur le marché français.

"À l'heure actuelle, nous sommes en train d'intégrer SFR, mais si nous recevons un appel de Bouygues vendredi, alors pourquoi pas ? Il y a un grand potentiel de synergie" entre les deux groupes, d'après lui. Mais le groupe est-il en mesure de concrétiser cette nouvelle ambition, au regard de ses récentes acquisitions dans l'Hexagone et ses projets à l'étranger ?

Doutes sur le sérieux de la proposition

En effet, les exigences de Vivendi ont contraint Numericable à développer une nouvelle offre pour acheter SFR. Au total, plus de 17 milliards d'euros sont en jeu, dont 13,5 milliards en cash. En parallèle, le câblo-opérateur a récupéré Virgin Mobile en totalité. Enfin, à l'étranger, Altice est à la manoeuvre pour tenter d'acquérir Portugal Telecom : une offre à 7 milliards d'euros a été avancée.

D'ailleurs, l'opération visant SFR n'est financée que par de la dette, dont le montant s'élève autour de 20 milliards d'euros. C'est considérable, même si le câblo-opérateur assure que ce n'est pas forcément exceptionnel dans le monde du câble et promet que le désendettement "sera très rapide". Par une hausse des prix de certaines offres ?

Des obstacles financiers et réglementaires

À supposer que Altice ait des vues sur Bouygues Telecom, un autre obstacle se dressera sur sa route : du fait de la concentration dans le secteur des télécommunications, l'autorité de la concurrence – qui est déjà favorable à une réduction du nombre d'opérateurs en France – et l'autorité de régulation des communications électroniques et des postes seront nécessairement impliquées.

Dans le cas de SFR, Altice a déjà dû se plier à des exigences importantes édictées par l'autorité de la concurrence, à savoir l'ouverture du réseau câblé au bénéfice de la concurrence (ce qui risque de nuire au déploiement de la fibre optique). L'on peut supposer que l'institution, qui émettait déjà des doutes sérieux sur la légalité de l'achat de SFR, se montre encore plus strict avec Bouygues.

Bouygues et son avenir autonome

À supposer que Bouygues Telecom finisse par être racheté par Altice, la situation ne serait en tout cas pas dénuée d'ironie. En effet, Bouygues Telecom a essayé d'acquérir SFR en vue de fusionner avec lui. La proposition n'a pas connu de suite, du faire de l'offre supérieure d'Altice. Mais ce dernier pourrait finalement les fusionner si Bouygues devient effectivement sa filiale.

Rien n'indique néanmoins que ce dernier souhaite de finir dans les bras de la maison-mère de Numericable. À l'issue d'un comité central d’entreprise qui s'est tenu cet été, la direction a en tout cas affirmé  vouloir se préparer un avenir "autonome".

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