Le ministre de la justice américain a fait part de ses inquiétudes sur les projets de Google et d'Apple en matière de chiffrement, lors d'une conférence dédiée à la pédocriminalité. Ses remarques rejoignent celles du directeur du FBI, qui estime que les sociétés privées doivent être en mesure de coopérer avec les forces de l'ordre.

Depuis que Google et Apple ont embrassé la cause du chiffrement, le mécontentement des autorités américaines est palpable. En effet, ces dernières n'apprécient pas les initiatives des deux géants du web sur le plan de la sécurité (le premier a annoncé l'arrivée du chiffrement par défaut sur Android L, tandis que le second affirme qu'il ne peut plus accéder au contenu d'un terminal sous iOS 8).

La première salve de critiques a eu lieu la semaine dernière, avec les propos de quelques cadres du département de la justice et d'un ancien responsable juridique du FBI. Celle-ci a ensuite été suivie par la prise de position du directeur du FBI lui-même, qui estime que les forces de l'ordre doivent pouvoir compter sur la coopération des sociétés privées, surtout si la justice donne son accord.

Cette fois, c'est Eric Holder qui est monté au créneau. Bien que sur le départ, le procureur général des États-Unis (équivalent au ministre de la justice en France) a profité de sa participation à la conférence Global Alliance contre la maltraitance des enfants (Biannual Global Alliance Conference Against Child Sexual Abuse Online) pour critiquer, sans les nommer, Apple et Google.

L'inquiétude d'Eric Holder

"Nous espérons que les entreprises du secteur technologique seront prêtes à travailler avec nous pour faire en sorte que les forces de l'ordre conservent leur capacité, avec l'autorisation de la justice, d'obtenir légalement des informations dans le cadre d'une enquête, qu'il s'agisse de l'enlèvement d'un enfant ou d'un prédateur sexuel par exemple", a-t-il déclaré dans son discours.

"Il est tout à fait possible de permettre aux forces de l'ordre de faire leur travail tout en protégeant adéquatement la vie privée. Lorsqu'un enfant est en danger, les autorités doivent être en mesure de prendre toutes les mesures disponibles légalement pour le retrouver et le protéger le plus vite possible et arrêter ceux qui l'ont maltraité", a poursuivi le procureur général.

"Les récentes avancées technologiques ont le potentiel d'enhardir grandement les criminels, leur offrant de nouvelles méthodes pour éviter d'être détectés. […] Beaucoup profitent du chiffrement et des techniques d'anonymisation pour dissimuler leurs affaires et masquer leur position géographique", a-t-il continué, estimant que ces délinquants trouvent toujours de nouvelles façons pour piéger des mineurs.

Le chiffrement se généralise : qui en est à l'origine ?

Mais le fait qu'Apple et Google renforcent la confidentialité des données stockées sur les terminaux fonctionnant sous Android et iOS ne signifie pas qu'elles ne peuvent en aucun cas être obtenues par les forces de l'ordre. Outre-Atlantique, des dispositions législatives existent pour permettre aux autorités d'y accéder, quitte à emprunter des voies alternatives. Par exemple, via le cloud.

La critique d'Eric Holder à l'égard d'Apple et de Google ne doit toutefois pas faire perdre de vue les raisons qui ont poussé ces deux sociétés, et plus généralement l'ensemble des géants du web américains, à opter pour le chiffrement.

C'est parce que certains services gouvernementaux comme la NSA sont allés particulièrement loin dans l'espionnage et la surveillance des usagers au nom de la lutte anti-terroriste que ces firmes ont progressivement adapté leur politique en matière de confidentialité (en témoigne la récente étude l'EFF sur le sujet) et pris des dispositions techniques nouvelles.

( photo : CC BY-SA Quinnanya )

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