Le téléchargement légal nuit à la création artistique

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 27 Juillet 2006 à 11h21 - posté dans High-Tech

Depuis Napster, internautes et maisons de disques s'affrontent pour savoir si oui ou non le P2P a un impact négatif sur les ventes de CD en magasin. Mais c'est peut-être paradoxalement le téléchargement légal payant qui heurte le plus l'économie du disque...

Le New York Daily News pointe cette semaine le trouble auquel font face les maisons de disques lorsqu'elles doivent déterminer la meilleure stratégie à adopter pour la diffusion de leur musique en ligne. Avec le modèle iTunes, les albums ont commencé à être vendus en pièces détachées à 0,99 euros la chanson, et le concept a sans doute heurter les ventes des albums.

Le journal prend ainsi l'exemple de Daniel Powter, dont le titre Bad Day a servi de générique de fin à l'émission American Idol (qui sert de modèle en France à La Nouvelle Star). Dans un shéma classique d'école de commerce, une telle promo aurait dû propulser les ventes de l'album de Powter. Pourtant le CD n'arrive qu'à la 94ème place des albums les plus vendus aux Etats-Unis, alors que le single est numéro un sur les plate-formes de musique en ligne. L'effet levier du titre est totalement inexistant et c'est le modèle iTunes qui est accusé d'en être responsable.

Dès lors, plusieurs conclusions peuvent être tirées.

Tout d'abord certains labels choisissent de ne plus vendre les singles sur Internet avant la sortie de l'album, pour ne pas risquer de canibaliser les ventes. Mais c'est aller contre le sens de l'Histoire et favoriser le téléchargement non rémunéré du titre sur les réseaux P2P. Mauvaise solution.

Une première solution positive serait de baisser le prix des albums sur les plate-formes pour que leur achat devienne plus attractif et spontané. Mais les maisons de disques ne semblent pas préparées à cette idée qui les condamne à baisser leurs marges, et les artistes s'y opposent car l'assiette de leurs royalties baisserait en conséquence.

Une troisième solution, difficile à admettre pour une maison de disques habituée au contrôle total, serait d'offrir (oui, offrir !) le single sans DRM pour une diffusion virale la plus libre possible et de laisser le porte-feuilles des amateurs rempli pour qu'ils puissent s'offrir l'album. Paradoxalement, le P2P est plus bénéfique pour les ventes des petits artistes que le téléchargement légal car il permet de découvrir sans frais des artistes et de consacrer son budget à ceux qui séduisent le plus.

Enfin la solution est aussi artistique. Il n'est plus possible aujourd'hui de produire des albums où seul le titre phare bouclé en radio est de qualité. Aujourd'hui le bouche-à-oreilles est redoutablement rapide pour détruire la réputation d'un album, et les systèmes de pré-écoute n'ont jamais été aussi accessibles que sur Internet. Travailler dur et proposer le produit le plus abouti pour les consommateurs est le lot de toute industrie concurrentielle. Si la culture est une industrie, elle ne peut faire exception sur ce point.
 
 
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Commentaires à propos de Le téléchargement légal nuit à la création artistique
 
myki
Le 27 Juillet 2006 à 11h31
Combien de fois j'ai pu raler après avoir acheter un album parce que dessus il y avait les 2 chansons qui ont marché sur les ondes, pour me rendre compte par la suite que seules ces 2 là valaient la peine...
bobi14
Le 27 Juillet 2006 à 11h41
'myki', le 01/01/1970 - 01:00

Combien de fois j'ai pu raler après avoir acheter un album parce que dessus il y avait les 2 chansons qui ont marché sur les ondes, pour me rendre compte par la suite que seules ces 2 là valaient la peine...



T'as tout à fait raison c'est pour ça que je n'achète jamais d'album car payer plus de 20€ pour seleument 2 chansons de biens sur l'album c'est pas super.
Je préfère encore largement acheter les singles des chansons que j'aime mais pas tout l'album.

Sinon la solution (3) de laisser se distribuer une chanson en peer2peer pour insiter à acheter l'album ne fonctionnera pas car qu'est-ce qui garantie que les gens ne téléchargeront pas l'album au lieu de l'acheter???
Combien de personnes se sont déjà dit: Ah oui j'aime bien ce chanteur et si je téléchargais son album pour voir s'il est bien???
 
Le 27 Juillet 2006 à 11h49
'bobi14', le 01/01/1970 - 01:00

Combien de personnes se sont déjà dit: Ah oui j'aime bien ce chanteur et si je téléchargais son album pour voir s'il est bien???

moi. Mais c'est tres rare qu'il soit bien :jap: dans son entierté ... et me donner l'envie de claquer 20€
neo2004pf
Le 27 Juillet 2006 à 12h33
L'intérêt immodéré pour le fric nuit gravement à la santé mentale.
Oungawak
Le 27 Juillet 2006 à 12h52
'Kad, le 01/01/1970 - 01:00

Tout d'abord certains labels [...]

Une première solution positive serait [...]

Une troisième solution, [...]

Y a comme une coquille là. :D
ferjo
Le 27 Juillet 2006 à 12h54
iLS SAVE PAS OU DONNER DE TETE, Lamantable.
myki
Le 27 Juillet 2006 à 14h00
Ajoutez à cela toutes les musiques "kleenex", vous savez, celles que vous écoutez tout l'été et que vous ne réécouterez sans doute jamais... et bien les albums dans lesquels sont issus ces musiques ne sont jamais de bonne qualité !

On préfèrera alors se pencher vers les compil mais les prix sont encore très cher.
Bref, on tourne en rond et pendant ce temps là, le p2p est là...

En ce qui concernes les systèmes de préecoute, je ne sais pas pour vous mais moi je suis rarement capable de dire si je vais aimer une chanson dés la première écoute !
Donc exit pour moi toutes les bornes d'écoute ! je me sers plutot du bouche à oreille ou je me fait preter les albums (ou j'emprunte à ma bibliothèque) (ou je télécharge...).
Niluge_Kiwi
Le 28 Juillet 2006 à 03h32
Une première solution [...]
Une troisième solution,


Bon peut être qu'il fallait compter la 1ere solution non nommée explicitement, mais ds ce cas il eu fallu renommer "Une première solution positive", en 'Une deuxième solution, positive,".

Concernant la news :
En effet on aurait pu y penser depuis longtemps, phénomène tout à fait logique et prévisible!
Backflip
Le 28 Juillet 2006 à 09h33
'bobi14', le 01/01/1970 - 01:00

qu'est-ce qui garantie que les gens ne téléchargeront pas l'album au lieu de l'acheter???


Quand t'aime bien l'album tu l'achètes car c'est autre chose d'avoir une jacket, des graphismes et tout... C'est vraiment autre chose.

Ce cas là m'est arrivé pour plusieurs albums : La BO de PI, La BO de Requiem for a Dream etc...
Cahuèt
Le 28 Juillet 2006 à 14h20
en tout cas ça ne nuit pas à la Sacem, qui , comme pour enfoncer le coup et se foutre de notre gueule publie ses résultats en hausse au lendemain de la décision du cc :

La SACEM a perçu 757,4 millions d'euros en 2005
Par Marc Rees, rédaction de PC INpact

Agrandir la photo La SACEM vient de publier les premiers éléments de son bilan pour l’année 2005. Le cadre est en constante modification, avec le développement des offres légales et multiplication des canaux pour écouter de la musique, le thème de la rémunération pour copie privée remis en cause par certains acteurs, l’explosion du marché des sonneries de téléphone, de la VoD, etc.


Pour la seule année 2005, les perceptions de la Sacem ont augmenté de 4,2%, à 757,4M€. Dans ce contexte, le téléchargement de sonneries pour les téléphones mobiles parvient à se hisser au seuil des 5 M€. Un fait notable alors que la perception pour le téléchargement légal sur Internet atteint difficilement les 700 000 €. Les sonneries rapportent ainsi plus que les titres « classiques » vendus sur les plateformes. Ce sont les médias audiovisuels (télévisions et radios) qui restent la première source de revenus de la Sacem.


Pour autant, l'apparition des premières plates-formes de téléchargement légal de musique en ligne est vue comme « l'émergence d'un véritable marché ». Selon une étude de marché indépendante, le nombre de fichiers musicaux téléchargés par les internautes français a plus que doublé en 2005. Bien qu'en plein essor, ces ventes restent encore faibles, compte tenu de l'importance du P2P.


52 millions d’euros de rémunération pour copie privée

En matière de rémunération pour copie privée, les perceptions en provenance de Sorecop (enregistrements sonores) et Copie France (enregistrements vidéo) s’élèvent à 52 millions d’euros. Soit une hausse considérée comme faible, de 1,2% par rapport à 2004. La cause ? La baisse de l'utilisation du disque CD vierge comme support d'enregistrement musical, au profit des lecteurs à mémoire intégrée (mémoire flash et baladeurs à disques durs). Dans le secteur vidéo, la perception pour copie privée sur DVD enregistrable supplée définitivement la vieille VHS et parvient ainsi à combler la baisse de la perception audio.


Supprimer la rémunération pour copie privée ?

Alors que l’ère est celle du contrôle d’usage de la copie, la SACEM rappelle « qu’elle n'est pas hostile aux DRMs dès lors que ceux-ci permettent d’assurer une reconnaissance efficace et exacte des oeuvres et de leur exploitation. Mais les mesures techniques n’ont en aucun cas pour effet automatique de contrôler ou supprimer la copie privée dans un avenir prévisible ». Conclusion ? Ces mesures « ne sauraient donc justifier la disparition des systèmes de rémunération des auteurs à ce titre ».


Afin de marier le couple DRM/rémunération pour copie privée, elle souligne dans le cadre d’un débat avec la Commission européenne que la copie privée demeure une exception au droit exclusif légalement prévue. Qu’ensuite, les MTP ne sont pas appliquées partout, de même que leur fiabilité autant que leur efficacité restent aléatoires. Enfin, « les sources de copie privée sont innombrables et restent disponibles pendant des décennies. Il existe des milliards de supports (CD, DVD, fichiers numériques...) sur lesquels il n’y a pas de mesures techniques, des services en ligne qui permettent la copie privée, une diffusion d’oeuvres à la radio et à la télévision, etc. » Bref, tout cela milite pour le maintien de cette rémunération, DADSVSI ou pas.


Une suppression sans effet

Au-delà, la Sacem avance que supprimer la rémunération de la copie privée serait sans effet économique : pas d’effets discriminants sur le développement du marché des ordinateurs, des supports vierges ou des baladeurs sur les divers marchés européens, pas d’entrave au développement de la musique en ligne, contrairement à l'existence des logiciels P2P. Un monde parfaitement neutre, en somme, mais qui est cependant contesté par les industriels du marché de l'électronique.


Mais il y a mieux : ces ponctions concilient selon la Sacem les intérêts des auteurs (droit à rémunération) et ceux des consommateurs (faculté à faire des copies à usage privé). Enfin, « il apparaît tout à fait normal que la vente de supports de reproduction, qui n’existerait pas à un niveau comparable sans la copie privée des oeuvres, donne lieu à une rémunération des Auteurs ». En clair, puisque le prix des supports baisse en raison du jeu de l’offre et de la demande et de la copie autorisée, il est normal que les ayants droit se partagent les effets bénéfiques de ce marché.






Moralité : « La protection efficace du droit d’auteur implique donc le maintien de la rémunération pour copie privée, ce qui n’empêche évidemment pas d’adapter son montant en fonction des pratiques de copie constatées sur le marché, ce qui est déjà le cas en France ».


Au total, la Sacem aura réparti sur l’année 608,4 M€, chiffre auquel s’ajoutent les sommes consacrées à l'action culturelle et provenant des 25 % de la rémunération pour copie privée (18,7 M€).
 
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