Yahoo va-t-il être celui qui parviendra à réconcilier maisons de disques et internautes ? Sans surprise au regard des récentes déclarations de son responsable Music, Yahoo propose de télécharger une chanson de Jessica Simpson pour 1,99 $, sans DRM.

« Comme vous le savez, nous avons essayé publiquement depuis longtemps de convaincre les maisons de disques qu’elles devraient vendre des MP3s« , explique Ian C. Rogers sur le blog de Yahoo Music. Il fait référence surtout au coup de massue lancé cette année par Dave Golberg, le responsable de Yahoo Music, qui avait conseillé dans une conférence sur l’industrie musicale de vendre de la musique sans DRM. Pour la première fois, un cadre important de l’industrie du divertissement (Yahoo est le premier portail musical au monde) brisait le tabou et osait proposer l’improposable. « Notre position est simple« , résume Rogers, « les DRM n’ajoutent aucune valeur pour l’artiste, pour le label (qui vendent de la musique sans DRM tous les jours : le Compact Disc), ou pour le consommateur ; les seules personnes pour qui cela ajoute de la valeur sont les entreprises technologiques que ça intéresse d’enfermer les consommateurs dans une plateforme technologique en particulier« .

En clair, Yahoo dit aujourd’hui ce que nous répétons sans nous lasser depuis quatre ans sur Ratiatum et ailleurs. Loin d’ajouter de la valeur, le DRM la détruit et pousse les consommateurs à aller chercher de la musique là où les protections contre l’usage n’existent pas, c’est-à-dire principalement sur les réseaux P2P. Preuve en est, pour une première expérience de vente de musique sans DRM, Yahoo a choisi de fixer le prix de la chanson A Public Affair de Jessica Simpson à 1,99 $. C’est sans doute trop cher, mais cela suppose que la musique avec DRM vaut deux fois moins, ou inversement que la liberté vaut deux fois plus.

Toutefois le prix n’est pas fixé uniquement sur l’absence de DRM. L’internaute peut en effet télécharger une version personnalisée de la chanson, en fonction de son prénom, et cela s’appelle de la valeur ajoutée.

« Les DRM ont un coût« , rappelle Yahoo pour expliquer sa position. « Ca coûte très cher à implanter pour des entreprises comme Yahoo. Nous préfèrerions voir nos ingénieurs créer de meilleurs recommandations personnalisées, des applications de playlisting, des applications communautaires, etc., plutôt que des systèmes de fourniture complexes qui à la fin du compte vous permettent de toute façon de graver un CD et de retirer le DRM« . Une leçon de bon sens.

Il est vrai qu’alors que Freddy Mini était encore à la tête de MusicMe, nous lui avions demandé pourquoi le service « To Go » avait tant de retard (le service qui permet un abonnement avec transferts sur baladeur). Il nous affirmait alors qu’il s’agissait essentiellement de complications techniques pour paramétrer les très nombreuses règles que nécessitent les DRM de Microsoft et le reporting auprès des majors. Ce service, qui était annoncé pour février 2006, n’est toujours pas apparu sur le marché français. S’il apparaît à la rentrée, cela fera près d’un an de perdu simplement à cause des DRM…

Yahoo n’oublie pas non plus d’avertir les majors sur le danger qui les guette. La plateforme eMusic est l’une des plus populaires aux Etats-Unis, et elle vend uniquement de la musique sans DRM au format MP3. Les majors Sony BMG, Universal, Warnet et EMI se buttent sur leurs positions de principe et refusent de livrer leurs catalogues à eMusic… qui devient quand même de plus en plus populaires et permet aux labels indépendants de profiter de cet avantage stratégique. Jusqu’à ce qu’enfin les leaders de l’industrie comprenne que le DRM porte davantage de problèmes que de solutions.

Entre décembre et mars 2006, eMusic est passé selon NPD Group de 6 % à 12 % de parts de marché aux Etats-Unis, tandis que iTunes et ses DRM perdait sept points en passant de 68 % à 61 %.

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