Retraité mais premier actionnaire de Microsoft à titre privé, Steve Ballmer estime que "le capitalisme" (ou plutôt le libéralisme) doit être le seul arbitre du succès ou non des logiciels libres et du partage de connaissance.

Pour sa première sortie publique depuis qu'il a quitté le poste de PDG de Microsoft au profit de Satya Nadella, Steve Ballmer s'est rendu au mois de mars dernier à Oxford Union pour répondre aux questions du public, en particulier sur sa vision stratégique. Les vidéos tirées de la conférence viennent d'être publiées par l'organisation fondée en 1823 en marge de l'Université d'Oxford. Parmi les sujets traités figure la place de l'open-source dans la société (voir la vidéo en fin d'article).

Steve Ballmer, qui est devenu la semaine dernière le premier actionnaire privé de Microsoft devant Bill Gates, a assumé une vision darwinienne du logiciel libre et, plus largement, de tout le mouvement du libre partage des créations immatérielles, dit de "connaissances ouvertes" (ou Open Knowledge). "L'ouverture peut signifier beaucoup de choses différences. Ma croyance personnelle, c'est que le capitalisme va régler tout ça", a-t-il expliqué, en précisant qu'il y a "des choses qui vont changer et n'auront plus de modèle économique payant". 

Il a ainsi pris l'exemple de Wikipedia que Microsoft a subi de plein fouet. En 1993, alors que l'encyclopédie papier Britannica créée en 1768 régnait (Universalis en France), la firme de Redmond a créé la première encyclopédie multimédia largement commercialisée, sur CD et DVD, Encarta. "Nous sommes devenus la première entreprise d'encyclopédies au monde !", se souvient avec humour Steve Baller. Mais Microsoft a dû l'arrêter dès 2009, huit ans seulement après l'arrivée de Wikipedia qui a révolutionné le partage des connaissances dans le monde entier et totalement ringardisé Encarta.

"L'open-source est le modèle économique qui l'a remporté pour les encyclopédies", constate Ballmer, qui n'y voit qu'une forme d'utile fatalité. "C'est bon. C'est que c'est comme ça que le monde veut que ça soit". 

Windows, trop ouvert aux yeux de Steve Ballmer

Puis Steve Ballmer est revenu vers le sujet central des logiciels libres. "Quand quelqu'un construit un logiciel ou un matériel, à quel point devrait-il être ouvert pour son extensibilité, pour les applications tiers ? C'est une question de capitalisme". 

"Nous étions très ouvert avec Windows", a ainsi illustré Ballmer, parlant au passé. "Apple était moins ouvert. Ils vont bien, nous allons tous bien. Google est un peu plus ouvert que ci et un peu moins ouvert que ça. Ils vont bien. Dans un certain sens, il y a une forme de concurrence basée sur le choix d'ouverture que vous faites".

"A mon avis nous avons rendu Windows trop ouvert, et donc vous aviez trop de ce que les gens appellent des crapwares. Il y avait trop de façons de détourner le système. Mais du point de vue du développement des logiciels, les gens préfèrent la façon dont c'était pour l'extensibilité".

"Je n'ai pas de religion, pro-ouverture ou contre l'ouverture. Je suis pour que l'on laisse le marché décider et devenir l'ultime arbitre, plutôt que d'avoir un point de vue plus philosophique".

Dans ses dernières années de gestion de Microsoft, Steve Ballmer a apporté quelques inflexions au rapport très tendu de la firme de Redmond avec les communautés open-source. Entre autres exemples, son service de cloud Windows Azure permet d'installer Linux, et Microsoft a rejoint l'initiative Open Compute Project lancée par Facebook pour optimiser les serveurs grâce à l'open hardware. Mais le plus symbolique restent le mea culpa de Microsoft vis à vis de Linux, fait en 2011, au moment du 20ème anniversaire du système open-source concurrent de Windows. La firme avait alors dit son intention d'ouvrir une nouvelle ère, où Windows et Linux ne seraient plus en concurrence, mais en symbiose. Nous en sommes toutefois encore loin.

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