Twitter a bloqué samedi depuis la Turquie l'accès à deux comptes Twitter qui réunissaient près d'un million de followers. Le premier ministre Erdogan les accusait de violer sa vie privée en étant à l'origine de la publication d'enregistrements clandestins dont le contenu a fait scandale.

La Turquie de Recep Tayyip Erdogan assouplit la méthode, mais pas la censure. Alors que le gouvernement turc a été contraint au début du mois par la justice de lever le blocage total de Twitter, les autorités ont mis en oeuvre leur projet de bloquer certains comptes en particulier, avec la collaboration active du réseau social.

Ainsi selon l'agence Reuters, depuis samedi "deux comptes Twitter anonymes utilisés pour publier des conversations enregistrées secrètement, impliquant la famille et des associés du premier ministre de Turquie et des haut fonctionnaires du gouvernement dans un scandale de corruption", sont bloqués en Turquie. Ensemble, ils réunissaient près d'un million de followers.

Il s'agit des comptes @HARAMZADELER333 et @BASCALAN, qui sont toujours accessibles en France et dans le reste du monde, mais qui ne peuvent plus être lus dans leur pays principal de destination. Le premier avait réuni plus de 536 000 abonnés, contre 431 000 pour le second. Les deux comptes Twitter qui ont fait trembler le régime turc n'ont plus rien publier depuis le 29 mars pour @BASCALAN, et depuis le 6 avril pour @HARAMZADELER333.

Ce n'est pas la première fois que Twitter bloque des contenus ou des comptes dans un pays en particulier. La "géocensure" a été introduite dans le réseau social au tout début de l'année 2012, dans le souci affiché de respecter les lois nationales dans le cadre de son développement commercial. A l'époque, Twitter avait notamment pris l'exemple de la France et de ses lois interdisant la promotion de contenus nazis. Depuis, le service a été amené à plusieurs reprises à censurer des contenus en France, pour rendre moins visible l'antisémitisme ou l'homophobie, ce qui a été salué comme un exemple à suivre par Manuel Valls.

Un blocage sur décision judiciaire

Souhaitant anticiper les critiques sur sa politique turque, Twitter a publié samedi un message dans lequel il rappelle que "notre politique de Retenu de Contenus par Pays implique que nous agissons après une procédure régulière, par exemple après une ordonnance judiciaire" :

"Nous ne retenons pas de contenus à la simple demande d'un fonctionnaire d'un gouvernement, et nous pouvons faire appel d'une ordonnance judiciaire si elle menace la liberté d'expression" :

"Twitter n'a pas fourni et ne fournira pas d'informations sur les utilisateurs aux autorités turques sans processus juridique valide" :

En l'espèce, la décision de bloquer les comptes Twitter a été prise après que la Cour constitutionnelle turque a donné raison à Erdogan, en estimant qu'ils étaient coupables de violation de sa vie privée, par la diffusion des enregistrements. Le droit à la vie privée a primé sur le droit à l'information des citoyens turcs, qui ont découvert des actes présumés de corruption grâce à la communication des enregistrements.

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