Arnaud Montebourg fait pression sur les banques et veut mettre en branle les institutions de contrôle de la concurrence pour que la vente de SFR à Numericable n'aboutisse pas, et que le marché de la téléphonie mobile soit bien de nouveau réduit à trois opérateurs.

Après son passage remarqué sur Europe 1 vendredi matin, où il a révélé que Vivendi choisirait de vendre SFR à Numericable plutôt qu'à Bouygues Telecom, le ministre du redressement productif était vendredi soir sur France 2, pour commenter l'officialisation de la vente de SFR à Numericable. Mais le ministre n'a pas voulu se montrer résigné par l'ouverture des négociations exclusives entre Vivendi et la maison-mère de Numericable, Altice.

Bien au contraire. Fidèle à sa stratégie de communication, le ministre se montre combatif et veut (faire ?) croire que les dés ne sont pas jetés même si dans la tradition des affaires, l'ouverture de négociations exclusives n'est plus qu'une étape formelle avant la vente définitive. Alors que Numericable n'a pas pris la peine d'user du conditionnel pour se réjouir du rachat en cours de SFR ("Ensemble, nous créerons un champion national et européen du Très Haut Débit fixe et mobile"), Arnaud Montebourg a voulu faire savoir son intention d'user de tous les moyens de pression pour faire capoter les ultimes négociations.

"Il faut faire attention", a-t-il prévenu en regardant du côté des huit banques qui prêteront les fonds nécessaires à l'acquisition de SFR. "Je ne suis pas certain — il y a trois semaines de discussion, que les banques aient envie de s'exposer. Je crois que ce n'est pas terminé".

"Les banques n'ont peut-être pas envie de s'exposer outre-mesure. D'abord parce qu'il y a un certain nombre de recours qui vont certainement s'exercer de la part de concurrents de SFR, et il y a des questions qui vont être posées aux autorités de la concurrence européennes et françaises, donc le débat continue", a menacé Arnaud Montebourg. 

Défendre "les intérêts de la Nation"

Comme nous l'avions rappelé au moment des manoeuvres de Bouygues, le Gouvernement pèse sur les décisions de l'Autorité de la concurrence par l'intermédiaire d'un commissaire issu de Bercy, qui fait part des observations de l'Etat dans l'examen des dossiers. La parole d'Arnaud Montebourg devrait donc trouver écho dans l'Autorité lorsque le dossier sera examiné. Cependant les arguments juridiques seront moins faciles à étayer que si Bouygues Telecom avait racheté SFR. Le président de l'Autorité de la concurrence avait dit redouter un retour à trois opérateurs, or le choix de Numericable permet finalement de rester sur un marché de la téléphonie mobile à quatre opérateurs.

De même, Arnaud Montebourg prétend s'investir dans ce dossier pour défendre "les intérêts de la nation, car nous souhaitons qu'il n'y ait pas de casse sociale". Or même selon une note interne de Bercy, c'est bien dans le scénario d'une fusion avec Bouygues que la casse sociale aurait été la plus importante, puisque les métiers de téléphonie mobile y sont identiques. Mais lorsque Numericable finira par licencier, ce qui arrivera malgré les promesses, Arnaud Montebourg aura beau jeu de rappeler qu'il avait défendu vigoureusement une autre option.

En réalité le seul véritable souci du Gouvernement est celui exprimé en marge par le ministre du redressement productif. "Nous souhaitons qu'il y ait des investissements", a-t-il fait remarquer. "Cela coûte 30 milliards d'euros d'investir en fibre pour équiper la quasi totalité des Français, et ces 30 milliards, nous voulons que ce soient les opérateurs qui payent, et non pas les opérateurs en levant des impôts".

Mais les Français les paieront indirectement par le prix de leur abonnement à Internet ou à la téléphonie mobile. C'est bien pour limiter les effets de la concurrence sur les prix et ainsi permettre de retrouver les marges suffisantes pour libérer ces 30 milliards d'euros qu'Arnaud Montebourg veut limiter le marché à trois opérateurs. Pour la fibre, et pour les futures licences 5G que l'Etat veut pouvoir mettre aux enchères au prix le plus élevé possible. 

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