L'administrateur du site pirate français The Pirate Island a été arrêté mercredi par la police judiciaire de Strasbourg, et est toujours en garde à vue. Numerama révèle les détails de l'affaire.

Le site de liens The Pirate Island n'existe plus. "L'aventure TPI s'arrête là. En effet, j'ai aujourd'hui été interpellé par la DIPJ de Strasbourg suite à la plainte de la SACEM, de l'ALPA et suite à une dénonciation", explique lui-même l'administrateur sur le site internet bien connu des amateurs de films ou albums à pirater. "Pour conclure, sachez que le site ferme définitivement ses portes et qu'aucune "suite" ne sera donnée à TPI. Attention donc aux arnaques si vous êtes contactés pour une soit disante "copie" ou "suite" à TPI.  Merci. Nightbird".

Selon nos informations, qui corroborent celles de Zataz, l'homme de 28 ans a effectivement été arrêté mercredi matin à Strasbourg, et a été placé immédiatement en garde à vue pour 48 heures. Il pourrait être libéré ce jeudi soir, et mis en examen sur décision du juge d'instruction.

Anecdote croustillante : c'est un site de liens BitTorrent français concurrent, créé par un ancien collaborateur de The Pirate Island, et victime depuis plusieurs semaines d'attaques DDOS à répétitions, qui aurait décidé de se venger et de livrer anonymement des informations aux enquêteurs pour accélérer leurs investigations.

La plainte pénale avait été déposée il y a un an par la Sacem, qui a été rejointe dans son action par l'Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle (ALPA). Selon des éléments de l'enquête dont nous avons eu connaissance, l'administrateur de Pirate Island était aussi l'ancien administrateur des anciens sites Reload Paradise et Play The Net, qui ont tous les deux fermé leurs portes pour des raisons essentiellement commerciales. 

Le schéma était systématiquement le même et pouvait s'assimiler à une forme d'escroquerie. Le jeune homme d'affaires créait un site de liens BitTorrent avec des règles strictes de ratios à respecter entre upload et téléchargement, et proposait aux membres de payer quelques euros pour "acheter du ratio" qui permettait de télécharger davantage sans attendre d'avoir partagé suffisamment.

L'administrateur payait alors des fournisseurs de contenus piratés pour avoir des contenus exclusifs à proposer sur son site, ce qui encourageait toujours davantage de membres à "acheter du ratio". Puis, lorsqu'au bout de deux ou trois ans, les membres actifs des sites de liens BitTorrent avaient tous acheté leur ratio, le site pirate était fermé pour rouvrir un peu plus tard sous un autre nom, les compteurs de ratios remis à zéro.

En cinq à six années, le Strasbourgeois aurait ainsi réuni 400 000 euros de chiffre d'affaires à travers ses différents sites successifs, qui ne vivaient que des "dons" et autres achats de ratios. Environ 200 000 euros auraient été prélevés personnellement par l'administrateur.

La somme est importante, mais elle paraît tout de même faible au regard de la notoriété des sites concernés. The Pirate Island comptait plus de 50.000 adhérents. Il confirme que les études de l'Hadopi sur les revenus du piratage ne sont que fantasme et manipulation. Le piratage est effectivement pour beaucoup un business, que nous avons parfois dénoncé avec force, mais ce business n'est pas aussi florissant que beaucoup l'imaginent. 

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